(San Francisco) Un ancien employé de Twitter a été jugé mardi coupable d’avoir espionné des usagers du réseau social pour le compte de l’Arabie saoudite, qui cherchait à connaître l’identité de personnes critiques du régime et de la famille royale.

Publié le 9 août
Agence France-Presse

Le jury d’un tribunal de San Francisco a décidé qu’Ahmad Abouammo avait bien vendu des informations personnelles sur des utilisateurs anonymes à Riyad, en échange de dizaines de milliers de dollars.

Il risque entre 10 et 20 ans de prison pour avoir agi pour le compte d’un gouvernement étranger et pour blanchiment d’argent, fraude et falsification de documents. Sa peine sera prononcée à une date ultérieure.

« Les preuves ont montré que, pour de l’argent et alors qu’il pensait faire ça à l’abri des regards, le prévenu a vendu son poste (d’employé de Twitter, NDLR) à un proche » de la famille royale saoudienne, a déclaré le procureur fédéral Colin Sampson au jury la semaine dernière, après deux semaines de procès.

Ce verdict intervient après les critiques adressées à Joe Biden et Emmanuel Macron par les défenseurs des droits de la personne pour leur politique diplomatique à l’égard du prince héritier Mohammed ben Salmane, écarté de la scène internationale après l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat d’Arabie saoudite en Turquie en 2018.

De nombreuses ONG accusent régulièrement le dirigeant, surnommé « MBS », et son régime d’espionner, enlever et torturer des dissidents, ce que Riyad dément.

Ahmad Abouammo a été arrêté à Seattle en novembre 2019. Le parquet lui reproche, ainsi qu’à un autre ex-employé de Twitter, Ali Alzabarah, d’avoir été approché par Riyad au tournant de l’année 2015 afin de transmettre des données d’utilisateurs accessibles uniquement en interne (adresse courriel, numéro de téléphone, date de naissance, etc.).

M. Abouammo a quitté Twitter en 2015. Ali Alzabarah, un Saoudien, est parti des États-Unis.

Angela Chuang, l’avocate d’Ahmad Abouammo, a reconnu qu’une opération saoudienne aurait pu, il y a sept ans, avoir été montée dans le but d’obtenir des informations sur des opposants auprès d’employés de Twitter.

Mais selon elle, son client a été jugé en lieu et place de M. Alzabarah. « C’est évident que les accusés que cherchait le gouvernement ne sont pas là », a-t-elle déclaré.

Twitter, sollicité par l’AFP, n’a pas souhaité commenter le verdict.

La plateforme accuse son ancien employé de n’avoir pas respecté les règles de l’entreprise en ne déclarant pas à sa hiérarchie avoir reçu 100 000 dollars et une montre d’une valeur de plus de 40 000 dollars de la part d’un proche de la monarchie saoudienne.

C’était « de l’argent de poche » pour des Saoudiens habitués à l’opulence, a dit aux jurés Mme Chuang.