Les ingénieurs qui travaillent sur des contrats publics dénoncent les écarts de salaire entre le Québec et les autres provinces

Publié le 15 juin
Isabelle Dubé
Isabelle Dubé La Presse

Le salaire alloué par le gouvernement aux ingénieurs et aux techniciens qui travaillent sur des contrats publics n’a pas augmenté depuis 2009. Résultat : le taux horaire facturable d’un ingénieur sénior est 40 % plus faible que ceux observés ailleurs au Canada.

L’Association des firmes de génie-conseil — Québec (AFG), qui publie ce mercredi une étude à ce sujet, réclame des augmentations qui suivent l’inflation.

« C’est l’avenir de l’industrie du génie-conseil québécois qui est en jeu actuellement », affirme au téléphone Bernard Bigras, président-directeur général de l’AFG.

Le taux facturable d’un ingénieur sénior au Québec, qui réalise des contrats dans le secteur public, s’élève à 117 $ l’heure, tandis que celui qui les fait en Colombie-Britannique peut espérer 178 $ l’heure, le taux le plus élevé observé au pays. En Ontario, le taux horaire facturable atteint 163 $, au Manitoba, 169 $, et en Alberta, 170 $.

« On ne demande pas le même taux qu’en Colombie-Britannique, mais on souhaite avoir une rémunération qui est juste, équitable et concurrentielle en tenant compte bien sûr du coût de la vie au Québec, qui n’est pas le même que dans le reste du Canada », soutient Bernard Bigras.

En suivant l’Indice des prix à la consommation, l’indexation est fixée à 24 % par l’Association. Le taux horaire facturable de l’ingénieur sénior passerait à 159 $, soit un taux toujours plus faible que ceux dans les quatre provinces de l’étude.

Salaires fixés par un décret

Au Québec, les taux horaires faturables pour des services d’ingénierie offerts aux 300 organismes publics et ministères sont encadrés par le décret 1235-87, adopté en 1987.

Lorsque les firmes de génie-conseil réalisent un contrat pour une commission scolaire, un centre pour aînés, un hôpital, le ministère des Transports ou la Société québécoise des infrastructures, c’est le décret qui détermine les tarifs à l’aide d’une grille de taux horaires maximums pour les ingénieurs, les techniciens ainsi que le personnel auxiliaire et de soutien. Or, la grille n’a pas changé depuis 12 ans.

Pendant ce temps, les firmes de génie-conseil doivent augmenter les salaires. Donc, on voit les marges bénéficiaires des firmes de génie-conseil qui travaillent sur le territoire du Québec diminuer. Par contre, lorsqu’elles font des projets du secteur privé, les taux demandés par l’industrie sont appliqués.

Bernard Bigras

Le président de l’Association craint qu’il y ait de plus en plus d’ingénieurs québécois qui se retrouvent sur des projets ailleurs au Canada, où la rémunération est « plus juste et équitable ». « Ça n’a pas de bon sens alors qu’on a une pénurie de main-d’œuvre », soutient-il.

Le salaire des techniciens est aussi remis en question alors que les inscriptions sont à la baisse dans les programmes de formation au cégep.

Le taux horaire facturable d’un technicien sénior s’élève à 80 $ l’heure au Québec, alors qu’au Manitoba, il est de 169 $, le taux le plus élevé observé au Canada. En Alberta, il est de 127 $, en Ontario, de 132 $, et en Colombie-Britannique, de 133 $. L’étude a comparé les taux dans quatre provinces avec l’aide de six grandes firmes de génie-conseil québécoises qui travaillent aussi dans le reste du Canada.

Les mêmes enjeux sont présents chez les architectes.

L’Association a rencontré la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, à trois reprises. Lundi soir, elle s’est montrée disposée à discuter du rehaussement des taux horaires facturables pour les services fournis au gouvernement par les ingénieurs, s’est réjouie l’Association, et ce, dès fin juin.

L’étude de l’Association observe que les taux horaires facturables des sociétés d’État, qui ne sont pas soumis au décret, ont été indexés. Chez Hydro-Québec, un ingénieur sénior facture 140 $ l’heure et un technicien sénior, 101 $. Ces taux horaires restent cependant en dessous de la moyenne observée ailleurs au Canada dans le secteur de l’énergie.