Pandémie, crise économique, guerres, enjeux sociaux et réchauffement climatique : les incertitudes face à l’avenir sont simultanées, collectives et transfrontalières. Ces insécurités géopolitiques se traduisent inévitablement par une fulgurante inflation qui affecte toutes les sphères de notre société.

Publié le 16 mai
Marie Beaupré, Mariane Gaudreau et Audrey Woods Cofondatrices, Les Mauvaises Herbes

C’est évident, les petites et moyennes entreprises (PME) du Québec ont vécu la pandémie difficilement, parfois même jusqu’à fermer leurs portes, et les prochains mois suscitent tout autant l’inquiétude. Selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), 1 entreprise sur 7 risquerait de fermer en raison de la pandémie, ce qui représenterait 18 000 PME au Québec. Dix. Huit. Mille.

D’ailleurs, cette statistique n’inclut aucune donnée sur l’influence de la crise économique actuelle. Quand on constate que les habitudes de consommation se tournent de nouveau vers les multinationales, il demeure des craintes pour l’avenir de notre santé économique locale.

Au début de la pandémie, les PME se sont réjouies de la mobilisation pour favoriser l’achat local, notamment par des campagnes comme celle du tristement célèbre Panier bleu. Toutefois, cette volonté de promouvoir le locavorisme s’éteint lentement en cette fin de pandémie et ce début de crise économique.

Selon l’enquête NETendances, en 2021, 47 % des achats en ligne des Québécois et Québécoises se feraient sur Amazon, alors que seulement 19 % se feraient sur des sites québécois (comparativement à 25 % en 2020). Où sont les messages du gouvernement pour encourager l’achat local ? Depuis plusieurs mois, il se fait muet sur le sujet et investit même dans son contraire…

Les PME ressentent plus que jamais la fin de la mobilisation, si forte et soutenue il y a à peine quelques mois. L’absence d’encouragement à l’achat local, le portefeuille serré des clients et clientes, l’augmentation des coûts des marchandises et des transports, les salaires devant pallier l’inflation sont toutes des expériences partagées et bien inquiétantes. En réponse à l’inflation, plusieurs consommateurs et consommatrices se tournent vers les multinationales pour acheter à moindre coût et maintenir un semblant de qualité de vie.

L’étau se resserre et positionne les propriétaires de petites et moyennes entreprises dans un casse-tête sans résolution. L’impasse est réelle : les PME doivent soit réduire leur marge de profit en absorbant les hausses de coûts des marchandises, soit augmenter leurs prix et risquer de perdre les clients et clientes dont l’élastique financier est déjà étiré par l’inflation.

La crise que subissent actuellement les PME, c’est aussi celle de devoir concurrencer directement des géants comme Amazon ou Walmart pour qui les frais de manufacture et de transport sont à moindre coût en raison de leur échelle de production moins humaine. Avec la pandémie, les comportements d’achat ont changé pour s’adapter à la nouvelle réalité. La preuve en est l’explosion du commerce électronique. Les ventes en ligne resteront certainement une grande part de l’échiquier dans l’avenir ; les PME méritent une chance égale comme « joueurs ».

Des répertoires inactifs comme le Panier bleu, c’est d’abord et surtout insuffisant. Toujours selon l’enquête NETendances, seulement 14 % des Québécois et Québécoises auraient utilisé le Panier bleu en 2021. Des mesures directes pour soutenir les entreprises et les producteurs et productrices d’ici sont nécessaires et vitales. Des mesures concrètes pour pallier ces enjeux doivent émerger entre le gouvernement et les propriétaires d’entreprise. Les solutions peuvent passer par la réduction de l’impôt, la réduction des frais de transaction des cartes de crédit, l’atténuation des frais de transport par la poste ou encore par des campagnes engagées de sensibilisation sur l’achat local.

C’est le temps ou jamais d’encourager l’achat local pour redynamiser nos communautés afin d’assurer notre développement durable. Les deux dernières années ont certainement été difficiles, mais elles ont également été synonymes de transformation et de résilience pour plusieurs. Elles furent instigatrices d’une transition nécessaire pour notre avenir et celui de notre planète. Elles nous invitent à continuer dans la voie du bien-être collectif. N’oublions pas ces apprentissages et donnons-nous les moyens de les faire perdurer et croître dans le temps pour changer le visage de la consommation et de notre société, pour le mieux.

Favoriser l’industrie locale, c’est une manière de vivre autrement, sur les sols d’ici. Encourager les PME québécoises, c’est un moyen de tisser nos communautés tout en sécurisant notre pérennité et en protégeant l’environnement. L’avenir est local, il suffit d’y investir.

Cosignataires : Marie-Josée Richer et Alon Farber, PRANA Biovegan/Biovégétalien, Jean-Philippe Bergeron, OLA Bamboo inc., Philippe Choinière et Stacey Lecuyer, Oneka, Marie-Ève Lejour, Savonnerie des Diligences, Anthony Poitras, Pure, Marilyne Bouchard, Bkind, Julie M. Dumais, June swimwear inc., Kyle Smith, Mate libre, Camille Forcherio et Joao Crisostomo, Mimi & August, Pierrich Picard, Les boissons fermentées Gutsy inc., Laurence Gaudreau, Pépin-SOJA & CO., Stéphanie Mandréa, Dans le sac

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