(Montréal) Les poings liés depuis l’imposition d’une loi spéciale forçant leur retour au travail, il y a un an, les débardeurs du port de Montréal en ont assez : ils veulent que leur employeur s’engage entièrement dans les négociations sur leur prochaine convention collective.

Publié le 1er mai
Mathieu Paquette La Presse Canadienne

Le Syndicat des débardeurs a tenu une conférence de presse dimanche pour dénoncer ce qu’il qualifie de « mauvaise foi » de la part de l’Association des employeurs maritimes à la table des négociations.

Selon le syndicat, l’employeur tente de faire traîner le processus, puisque rien ne le force à trouver une entente rapidement depuis que le gouvernement fédéral a fait adopter une loi spéciale, le 30 avril 2021, pour forcer la reprise des activités au port de Montréal.

« L’employeur, petit train va loin, ses activités fonctionnent jours, soirs, nuits, fins de semaine, et il peut nous tenir comme ça jusqu’en 2023 ou 2024 s’il veut. Nous, on est rendu à dire que ça a assez duré », affirme sans détour le conseiller syndical pour le Syndicat des débardeurs, Michel Murray, lors d’une entrevue avec La Presse Canadienne.

Avant l’imposition de la loi spéciale, les 1125 débardeurs du port de Montréal avaient débrayé une première fois à l’été 2020, puis une seconde fois en avril 2021.

La ministre fédérale du Travail à ce moment, Filomena Tassi, avait fait adopter une loi spéciale forçant le retour au travail. La loi prévoyait aussi la nomination d’un médiateur-arbitre pour régler les questions encore en litige.

Un an plus tard, le syndicat sent que c’est l’employeur qui est toujours en position de force en raison de cette loi. Il reproche notamment à l’Association des employeurs maritimes de ne pas se rendre suffisamment disponible pour des séances de négociations.

Les deux parties estiment qu’il reste environ 10 journées de négociations nécessaires pour compléter le processus requis par la loi spéciale. D’ici le 15 juillet, le syndicat a offert 67 journées de disponibilités au médiateur-arbitre. Or, selon le syndicat, l’employeur n’a fourni que cinq dates en retour.

Contactée par La Presse Canadienne pour valider cette information, l’Association des employeurs maritimes a déclaré qu’elle ne ferait aucun commentaire.

« Ça ne fait aucun sens que d’ici le 15 juillet, l’employeur n’ait que cinq jours de disponibilités pour compléter un processus qui est un processus d’exception. […] L’employeur veut nous envoyer à l’automne pour continuer à perdre du temps et peut-être gagner son point sur la durée de la convention collective », croit M. Murray.

Le syndicat veut d’abord signer un contrat de travail qui s’échelonnera jusqu’à la fin de l’année, afin d’ensuite reprendre les négociations sur la convention collective sur le même pied d’égalité que l’employeur.

« On veut retrouver notre droit à la libre négociation le plus rapidement possible », tranche M. Murray.

La direction absente de la table

En plus de critiquer la disponibilité de l’employeur pendant les négociations, le syndicat lui reproche aussi de ne pas amener ses principaux dirigeants à la table.

« Depuis trois ans, il y a quatre présidents qui se sont succédé à l’Association des employeurs maritimes. Il y en a un seul qui s’est présenté à une table des négociations. Un seul. C’est inimaginable que le président ne se pointe pas à la table », se désole Michel Murray.

Le porte-parole du syndicat va même jusqu’à dire qu’il serait plus efficace pour les débardeurs de négocier directement avec les entreprises maritimes, puisque les personnes devant eux à la table des négociations ne sont pas celles qui prennent les décisions.

« C’est pour ça qu’on dit au ministre (fédéral du Travail, Seamus O’Regan, NDLR) de retourner voir le Code du travail, parce que cette association patronale là, elle est inefficace. »

La dernière convention collective des débardeurs du port de Montréal est échue depuis décembre 2018.

La loi spéciale interdit au syndicat de déclencher une nouvelle grève, à défaut de quoi il se rend passible d’amendes de 100 000 $ par jour d’infraction. L’employeur est aussi contraint de respecter la loi, sous peine des mêmes conséquences.