Avancée majeure dans le développement d’une « filière batteries » au Québec, afin de profiter de l’essor du marché des véhicules électriques.

Mis à jour le 4 mars
Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

Le géant chimique allemand BASF confirme le choix du parc industriel et portuaire de Bécancour pour sa prochaine usine de fabrication et de recyclage de matériaux de batteries pour l’industrie des véhicules de transport électrifiés.

Dans une communication financière diffusée vendredi, la direction de BASF indique avoir signé une « entente pour sécuriser un terrain à Bécancour, Québec, Canada, pour son futur site de fabrication et de recyclage de matériaux d’usage cathodique [pièces de batteries] dans le cadre de son engagement à soutenir les producteurs nord-américains dans leur transition vers la mobilité électrique ».

Selon BASF, le site retenu à Bécancour pourra accueillir une usine d’une capacité pouvant atteindre les 100 000 tonnes par an de matériaux de cathodes de batteries. Encore en planification technique et financière, l’usine est prévue pour une mise en production dans trois ans, soit en 2025.

PHOTO FOURNIE PAR LA SOCIÉTÉ DU PARC INDUSTRIEL ET PORTUAIRE DE BÉCANCOUR

Parc industriel et portuaire de Bécancour, propriété du gouvernement provincial

« Avec les nouveaux investissements dans les véhicules électriques et les infrastructures de soutien qui sont fréquemment annoncés en Amérique du Nord, nous sommes ravis de poursuivre notre propre investissement dans la région », indique Peter Schuhmacher, président de la division Catalysts de BASF, dans un communiqué.

« Cette acquisition de terrain [à Bécancour] est une condition préalable et nécessaire pour faire progresser notre stratégie visant à accroître notre présence dans des régions clés afin de mieux servir les opérations de nos clients avec un approvisionnement local durable et fiable. Nous sommes impatients de soutenir la transition vers l’“e-mobilité” aux États-Unis, au Canada, au Mexique et au-delà. »

Le Québec « très attrayant »

Appelé à commenter cette décision de BASF, le ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon, a indiqué à La Presse qu’elle « démontre que le Québec devient très attrayant pour les intervenants de la chaîne d’approvisionnement mondiale en matériaux pour la “filière batteries” de l’industrie de véhicules électriques ».

Quant aux prochaines étapes de ce projet industriel d’envergure, le ministre a dit s’attendre à ce que l’« on puisse conclure un accord financier avec BASF d’ici deux à trois mois, et annoncer ensuite les détails de la phase 1 de ce projet. Pour le moment, il est question d’une première phase de quelques centaines de millions de dollars en investissements et de la création d’une centaine d’emplois bien rémunérés ».

Quel type d’accord financier ?

« BASF et nous [lw gouvernement du Québec] sommes d’accord à haut niveau sur le type de soutien financier qu’on pourrait faire, que ce soit avec les coûts d’aménagement de terrain et de services, en tarifs d’électricité ainsi qu’en prêts à conditions avantageuses de la part du Québec et du fédéral », a expliqué M. Fitzgibbon lors d’un entretien avec La Presse.

« Après avoir choisi son site à Bécancour, BASF doit maintenant décider de la séquence en deux ou trois étapes de son projet industriel et dans lequel l’investissement total pourrait dépasser le milliard de dollars. Chose certaine, BASF veut aller assez vite alors que la chaîne d’approvisionnement en batteries [pour véhicules électriques] est de plus en plus serrée au niveau mondial. Aussi, l’industrie des véhicules électriques veut réduire sa dépendance des fournisseurs de batteries situés en Asie. »

« Filière batteries » à Bécancour

Pressentie depuis un certain temps dans la région de Bécancour, l’implantation par BASF d’usine de matériaux de pièces internes de batteries est considérée comme l’un des éléments clés du développement d’une « filière batteries » au Québec dans le marché effervescent de l’électrification des véhicules de transport.

Dans le cadre de sa stratégie de développement d’une telle filière au Québec, le gouvernement Legault avait fait part en octobre dernier de la possibilité d’investissements totaux – privés et publics – de l’ordre de 8 à 10 milliards de dollars sur quelques années.

Par ailleurs, comme l’a révélé La Presse le 10 février dernier, le gouvernement du Québec a récemment avancé 38 millions à la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour (SPIPB) afin d’accélérer la préparation de terrains avec services pour l’accueil de projets industriels liés à la « filière batteries ».

Lisez « Québec prépare le terrain à Bécancour »

Joint par La Presse, le président-directeur général de la SPIPB, Maurice Richard, a confirmé que BASF était en voie d’acquérir un terrain d’une superficie de 1,5 million de mètres carrés, tout en ayant déjà inscrit une option d’achat sur un terrain voisin pour une éventuelle deuxième phase de son implantation industrielle.

Dans son communiqué, la direction de BASF indique que son futur site industriel à Bécancour est « idéalement situé le long du fleuve Saint-Laurent entre Montréal et Québec » et qu’il « offre des conditions favorables à une logistique hautement efficace ».

BASF souligne aussi que sa future usine de matériaux de batteries à Bécancour pourra « miser sur une hydroélectricité compétitive pour réduire davantage l’empreinte carbone de [ses] produits par rapport à la moyenne de l’industrie ».

Avant l’annonce de BASF du choix de Bécancour, les entreprises Nouveau Monde Graphite et Nemaska Lithium, deux transformateurs de matériaux de base pour les batteries au lithium-ion, avaient déjà opté pour le parc industriel et portuaire situé en face de Trois-Rivières.

Par ailleurs, l’entreprise Britishvolt, dont l’antenne canadienne est dirigée par l’ex-premier ministre du Québec Philippe Couillard, a signalé sa préférence de Bécancour pour son projet d’usine de cellules de batteries lithium-ion pour les véhicules électriques.

Enfin, l’entreprise StromVolt, établie en Ontario, mais dirigée par le Québécois Maxime Vidricaire, considère aussi le parc industriel de Bécancour pour son projet d’usine.