Environ cinq ans après le démarrage de la cimenterie McInnis de Port-Daniel, le scénario catastrophe évoqué dans l’industrie, qui dénonçait l’arrivée d’un concurrent soutenu par l’État, ne s’est pas produit. Un exemple : Ciment Québec s’apprête à moderniser une section du complexe de Saint-Basile-de-Portneuf, un projet d’environ 100 millions.

Publié le 15 février
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Des travaux préparatoires sont en cours dans les installations de l’entreprise québécoise afin d’y installer deux nouveaux ateliers de broyage. Une augmentation de la production ne semble pas être planifiée.

Essentiellement, le projet vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre nécessaires pour produire chaque tonne de ciment et éliminer la consommation d’eau dans le procédé. Le groupe québécois, également présent dans le secteur du béton, n’a pas annoncé publiquement son investissement.

« Une bonne partie du projet concerne l’aspect environnemental, mais aussi parce que l’on modernise des machines qui commencent à vieillir », a souligné le président-directeur général de Ciment Québec, Luc Papillon, en entrevue téléphonique avec La Presse.

Le ciment est polluant puisque sa fabrication nécessite des fours puissants, ce qui implique de grandes quantités d’énergie et dégage d’importantes quantités de CO2.

Interrogé, M. Papillon n’a pas voulu s’avancer sur la somme investie, se limitant à évoquer un « investissement substantiel ». Un avis d’ouverture de chantier de construction déposé auprès de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail fait mention d’un coût de 100 millions.

De son côté, Guillaume Vézina, maire de Saint-Basile-de-Portneuf, dans la région de la Capitale-Nationale, a évoqué un projet « au-dessus de 100 millions ».

Pour une petite municipalité de 2700 personnes comme la nôtre, c’est une bonne nouvelle. Ciment Québec, c’est environ le quart de notre assiette de taxation directe.

Guillaume Vézina, maire de Saint-Basile-de-Portneuf

Ciment Québec a retenu les services de la firme d’ingénierie Fives. Le géant français avait annoncé en décembre dernier avoir signé un contrat avec Ciment Québec.

La modernisation que souhaite réaliser l’entreprise québécoise survient au moment où la demande de ciment – principal ingrédient du béton – est vigoureuse, notamment au sud de la frontière, ce qui stimule les exportations québécoises, et où le prix de la tonne métrique poursuit sa progression.

Divers reportages diffusés au printemps dernier avaient rapporté que des producteurs de béton avaient de la difficulté à obtenir du ciment, ce qui avait un impact sur les livraisons.

Des craintes

Ciment Québec faisait partie des acteurs de l’industrie qui dénonçaient l’aide financière de plusieurs centaines de millions de dollars accordée par l’État québécois aux promoteurs du projet de cimenterie à Port-Daniel. Ceux-ci faisaient valoir qu’à l’époque, la situation était « difficile » dans le marché du ciment et qu’une surcapacité pourrait entraîner des fermetures et des pertes d’emplois.

« Au moment où le gouvernement s’est impliqué, les cimenteries au Québec ne fonctionnaient pas au maximum de leur capacité, affirme M. Papillon. La dernière année a été exceptionnellement forte. C’est une industrie très cyclique, on ne s’attend pas à ce que la demande demeure comme elle l’est année après année. »

Marquée par des retards et des dépassements de coûts, la cimenterie gaspésienne – plus important pollueur de la province – est maintenant contrôlée par le conglomérat brésilien Votorantim Cimentos.

En dépit du contexte actuel, M. Papillon maintient que la cimenterie de Port-Daniel a eu un effet néfaste sur les cimentiers québécois. Ciment Québec exporte environ 40 % de sa production aux États-Unis, un marché également convoité par la cimenterie gaspésienne.

Il a fallu ajuster notre grille tarifaire pour garder notre clientèle. Ça fait mal et ça continue à avoir un effet sur la profitabilité par rapport à où l’on devrait être.

Luc Papillon, président-directeur général de Ciment Québec

Aux États-Unis, le prix de la tonne métrique de ciment est passé d’environ 160 $ US à 187 $ US depuis 2017. Selon le portail Statista, qui compile une multitude de données économiques, les États-Unis ont produit environ 90 millions de tonnes métriques de ciment en 2020, alors que la consommation totale dans le marché américain a été de 102 millions de tonnes métriques.

De 2019 à 2020, la valeur des exportations québécoises de ciment a grimpé de 12 %, pour atteindre 176,5 millions, selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

Le cimentier Lafarge Holcim a également songé à un projet de modernisation de ses installations à Saint-Constant, en banlieue sud de Montréal, au cours des dernières années. Selon son inscription au Registre des lobbyistes, l’entreprise souhaitait obtenir un soutien financier pour acquérir de nouveaux équipements, notamment pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Avec la collaboration d’André Dubuc, La Presse

En savoir plus

  • 700
    Ciment Québec compte plus de 700 salariés, selon son président. Environ 160 personnes travaillent à Saint-Basile-de-Portneuf.
    SOURCE : CIMENT QUÉBEC
    1,6
    La cimenterie gaspésienne a coûté au moins 1,6 milliard. On estime à plus de 350 millions les pertes du gouvernement québécois dans ce projet.