Si les restaurants peuvent rouvrir leur salle à manger à compter de ce lundi, ils pourraient bien se retrouver aux prises avec un manque de personnel.

Mis à jour le 30 janvier
Jacob Serebrin La Presse Canadienne

Des employés disent que l’incertitude qui règne dans le secteur en raison de la pandémie les a incités à regarder ailleurs pour gagner leur vie.

Milovan Danielou a raconté qu’il avait décidé de chercher un nouvel emploi lors de la deuxième fermeture de salles à manger de restaurants dans la province, à l’automne 2020, lorsque son employeur de l’époque, le restaurant de tacos Grumman 78, a définitivement fermé son emplacement principal.

Avec des salles à manger fermées et aucun touriste dans la ville, il y avait peu de travail à faire. « Tout le monde se battait pour trouver même des emplois à temps partiel », raconte-t-il.

M. Danielou fait maintenant de la saisie de données. Son nouveau travail est moins intéressant, mais le salaire de 30 $ de l’heure est meilleur, et il ne craint pas de perdre son emploi si la situation sanitaire s’aggrave.

« Rien ne se compare à un emploi dans un restaurant : l’adrénaline, l’énergie, l’équipe, les gens que l’on rencontre. Rien ne se compare à cela, lance-t-il. Mais cela ne suffit pas pour me faire revenir. Je dois payer un loyer. On doit survivre. »

Les salles à manger des restaurants du Québec ont été fermées à partir du 30 décembre alors que le nombre de cas de COVID-19 dans la province augmentait. Selon les nouvelles règles, les restaurants peuvent ouvrir ce lundi à 50 % de leur capacité, et il y aura des limites au nombre de personnes de différents ménages pouvant partager une table.

Des cuisines à l'hôpital

Liam Thomas, 32 ans, reconnaît qu’il n’aurait jamais choisi de quitter le secteur de la restauration s’il n’avait pas subi l’expérience de deux fermetures.

« On m’a crié dessus pour la millionième fois de ma carrière de cuisinier. Je suis juste sorti et je ne suis jamais revenu, a-t-il raconté en entrevue. Cela a été précipité par les confinements et la conviction que cela pourrait se reproduire. »

M. Thomas, qui a commencé à travailler dans des restaurants à 18 ans, œuvre maintenant comme préposé au transport dans un hôpital de Montréal ; il aide les patients à se rendre aux radiographies et à d’autres rendez-vous au sein de l’établissement.

Bien qu’il ait avoué que la frénésie de la cuisine lui manquait encore parfois, son nouvel emploi est moins stressant, mieux rémunéré et offre plus de vacances.

« Les problèmes que la pandémie a révélés ont toujours été présents pour les travailleurs de la restauration », soutient Kaitlin Doucette, de la Coalition canadienne des travailleurs et travailleuses de la restauration, un groupe qui milite pour de meilleures conditions de travail dans l’industrie. Elle rappelle que les travailleurs n’ont pas depuis longtemps d’assurance maladie et de congés de maladie payés. La nature précaire du travail pouvait entraîner des abus et du harcèlement sexuel.

Selon elle, la décision du gouvernement de fermer à nouveau les salles à manger a été particulièrement pénible pour les employés. Le gouvernement fédéral ne leur a versé que 300 $ par semaine pour les aider.

« Repartir à zéro »

Martin Juneau, propriétaire de Pastaga, un restaurant du quartier de la Petite Italie à Montréal, dit craindre de ne pas trouver assez de personnel pour une réouverture qui, selon lui, est l’équivalent de « repartir à zéro ».

« On a beaucoup d’employés qui sont passés à autre chose, qui ont eu envie de changer de voie. Ils ne sont plus en restauration ou ils n’ont plus envie de travailler avec nous, raconte-t-il. Pour nous, d’essayer de remettre la machine en marche est une espèce de cauchemar. »

Il a été contraint de fermer certaines autres entreprises, dont un restaurant et un caviste, une épicerie du coin et un magasin de crème glacée, au début de la pandémie. Ces entreprises resteront fermées, confirme-t-il. « On est exactement au contraire de prendre de l’expansion. »

Il craint de devoir fermer encore une fois sa salle à manger. « On craint pour l’automne prochain. On craint de ne pas avoir l’énergie nécessaire pour se rendre à l’automne prochain. »

Benoit Dessureault, propriétaire de Chez Delmo, un restaurant du Vieux-Montréal, dit être parvenu à garder ses plus anciens employés en les embauchant pour d’autres activités pendant la fermeture.

M. Dessureault compte profiter de la réouverture pour réorienter son établissement afin de se consacrer aux soupers.

« Les tours de bureaux sont encore vides. On ne peut pas présenter le même modèle d’affaires qu’auparavant », dit-il, ajoutant qu’il espère que les consommateurs seront plus patients et plus compréhensifs.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.