L’énergie est un secteur en effervescence, qui occupe une place de premier plan dans l’actualité au Québec. On parle beaucoup de transition énergétique, mais dans les faits, rien ne change sur la scène énergétique québécoise depuis 20 ans.

Publié le 28 janvier
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

C’est le constat que fait Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la chaire en énergie de HEC Montréal, après avoir compilé les projets, les engagements et les objectifs énergétiques du Québec pour la période comprise entre 2000 et 2019.

« On en parle beaucoup dans l’actualité, mais dans les faits, il se passe très peu de choses. Il y a une inertie qui accable ce secteur, et il va falloir en sortir si on veut atteindre nos objectifs de 2030 », a résumé jeudi le professeur en présentant son bilan lors d’un webinaire.

Première constatation : la consommation d’énergie, toutes formes confondues, a augmenté de 16 % entre 2000 et 2019. La population du Québec a augmenté dans la même proportion, soit 16 %, pendant la même période.

La consommation a augmenté pour les trois principales formes d’énergie, soit le pétrole (+10 %), le gaz naturel (+7 %) et l’électricité (+28 %).

Des stratégies, peu de résultats

Le Québec s’est doté de deux politiques énergétiques au cours des deux dernières décennies. La stratégie énergétique 2006-2015 misait sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 9,4 millions de tonnes pendant cette période, sur une baisse de 10 % de la consommation de produits pétroliers et sur une nouvelle usine d’éthanol cellulosique pour alimenter la nouvelle filière des biocarburants.

Aucun de ces engagements ne s’est réalisé, relève le professeur. Il n’y a encore aucune usine d’éthanol cellulosique au Québec en 2022. Pire, il y a un recul du côté des biocarburants, parce que la seule usine québécoise de biodiesel, celle de Rothsay, ouverte en 2005, a cessé ses activités en 2021.

Le charbon s’incruste

La seconde politique énergétique couvre la période 2016-2030 ; elle est donc toujours valide. Un de ses objectifs est de réduire la consommation de produits pétroliers de 40 %. C’est mal parti, note Pierre-Olivier Pineau, puisque la consommation de produits pétroliers était en hausse de 3,6 % en 2019.

L’élimination du charbon thermique est un autre engagement contenu dans le document. L’utilisation du charbon thermique a diminué, mais à un rythme qui indique que cet objectif sera atteint avec 30 ans de retard, en 2060.

Le Québec voulait aussi augmenter de 50 % sa production d’énergie renouvelable. Il y a eu des ajouts, mais il faudrait encore ajouter l’équivalent de 16 000 mégawatts, soit quatre fois la production installée du parc éolien actuel pour atteindre cet objectif. Ce qui est irréaliste, selon le titulaire de la chaire en énergie de HEC Montréal.

Émissions de GES en baisse

Les émissions totales de gaz à effet de serre ont baissé pendant les deux dernières décennies au Québec. Mais la baisse de 84 millions de tonnes, ou 3 %, est très modeste. Cette réduction des émissions s’explique aussi par des facteurs extraordinaires comme la fermeture de la raffinerie Shell à Montréal-Est et la disparition de plusieurs usines de pâtes et papiers.

Pour la période 2000-2019, les émissions du secteur des marchandises sont en hausse de 149 %, et celles du transport de passagers, de 28 %, relève le bilan.

Trop de consultations

Comment expliquer le fait que, malgré toutes les politiques et tous les engagements des gouvernements et en dépit des préoccupations croissantes de la population pour l’environnement, le portrait énergétique a si peu changé depuis 20 ans ?

« Ma théorie, c’est que l’on consulte trop, pour produire des stratégies qui ne sont jamais mises en application », estime Pierre-Olivier Pineau.

Il est bien placé pour le dire. « Moi qui ai participé à tout ça, je me demande pourquoi je l’ai fait, sinon pour produire un nouveau document d’une autre couleur et avec un graphisme différent. »

Les gouvernements qui se succèdent souffrent tous de la même faiblesse, selon lui. Ils ont peur de dire aux consommateurs, qui sont aussi leurs électeurs, que la transition énergétique exigera des efforts de leur part et des prix plus élevés de l’énergie.