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Publié le 24 janvier
Gilles Couture
Gilles Couture Président du conseil, Développement économique Port-Cartier

Grâce à une entrevue que le ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon, a accordée à André Dubuc et à Julien Arsenault, de La Presse, on comprend que pour soutenir l’industrie forestière, le ministre mise grandement sur les bioraffineries alimentées par des résidus forestiers.

On pouvait lire une déclaration de sa part soulignant qu’il travaillait sur « un projet pour faire du biocarburant qui va utiliser les résidus qui traînent par terre dans les forêts et faire du biocarburant qui va remplacer, par exemple, le charbon ».

De plus, les auteurs soulignent que l’environnement serait favorable à l’investissement privé, aux dires du ministre, déclarant que « l’industrie fait de l’argent grâce au bois d’œuvre. Les entreprises intégrées qui ont des scieries font beaucoup d’argent et sont prêtes à réinvestir ».

Comme représentants du développement économique de Port-Cartier, nous nous réjouissons de cette vision d’avenir du ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec.

La coentreprise Bioénergie AE Côte-Nord (Arbec, Ensyn et Rémabec), récemment créée à Port-Cartier, mène une stratégie qui la place d’ores et déjà au carrefour de ses choix d’affaires et des orientations à prendre en matière de politique publique de soutien à la structuration de la filière biomasse au Québec. Une usine construite au coût de 110 millions est terminée, opérationnelle et en mesure de produire 40 millions de litres de biocarburants de deuxième génération. Elle représente une vitrine technologique non seulement pour Port-Cartier, mais aussi pour le Québec et le Canada.

Cette usine de classe mondiale a cependant subi les contrecoups des mesures protectionnistes des États-Unis, perdant ainsi un contrat d’approvisionnement d’importance.

De plus, la scierie a été dans l’obligation de cesser ses activités en décembre 2020 en raison de l’impossibilité d’écouler ses sous-produits (copeaux, sciures et écorces) attribuable à la fermeture définitive de son principal client pour les copeaux, soit l’usine de papier journal de Baie-Comeau appartenant à Produits forestiers Résolu. Deux coups durs pour Port-Cartier et toute la région de la Côte-Nord. Soulignons toutefois que des discussions sont en cours pour un démarrage. On nous informe de la réouverture imminente de la scierie. Cela serait une très bonne nouvelle pour notre économie.

Ainsi, par ses retombées et ses impacts aussi bien économiques qu’environnementaux, le projet de Bioénergie AE interpelle l’ensemble des intervenants du milieu socioéconomique régional et les autorités gouvernementales responsables des politiques de transition énergétique. Le soutien économique provisoire requis pour en faire une véritable occasion de reconversion du modèle de développement régional reste éminemment modeste à l’échelle des moyens généralement mobilisés pour soutenir le développement industriel. Une relance de ce secteur d’activité s’impose.

Des entreprises de Port-Cartier n’ont donc pas hésité à investir, au cours des dernières années, dans cette avenue de production de biocarburant avec des retombées socioéconomiques d’importance. Elles ont pris la décision de s’inscrire à la fine pointe des développements en ce qui a trait à la transformation de la biomasse forestière et à son intégration dans le paradigme énergétique de sortie des énergies fossiles.

La Côte-Nord, en tant que précurseur, doit devenir le foyer du premier centre industriel de production et d’utilisation de biocarburants d’envergure au Québec.

Elle peut non seulement devenir une région témoin, mais encore et surtout une région entreprenante visant à devenir le centre de gravité du nouveau modèle économique de valorisation de la biomasse.

Elle fait la démonstration du caractère porteur de l’économie biosourcée, et son rayonnement peut largement dépasser les frontières. Un pôle de production de biocarburants pour la Côte-Nord peut, de cette façon, ambitionner de se démarquer à l’échelle mondiale. En observant et en anticipant la croissance importante du marché des biocarburants dans les prochaines années, d’autres usines, semblables à celle de Port-Cartier, pourront être construites dans la province et ainsi permettre la pérennité de plusieurs municipalités forestières du Québec.

Nous serions honorés de recevoir le premier ministre du Québec accompagné de son ministre, M. Fitzgibbon, pour illustrer nos propos en leur faisant découvrir nos installations de classe mondiale à Port-Cartier.