À l’origine d’une tempête linguistique l’automne dernier, Michael Rousseau a promis des changements « à l’égard du français », mais n’a pas encore donné suite, deux mois plus tard, à l’invitation de l’Office québécois de la langue française (OQLF) à engager Air Canada dans une démarche pour obtenir un certificat de francisation, a appris La Presse.

Publié le 20 janvier
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Destinataire d’une lettre de la présidente-directrice générale de l’institution, Ginette Galarneau, le président et chef de la direction du plus important transporteur aérien au pays a plutôt demandé à deux membres de sa garde rapprochée de répondre à l’Office pour expliquer que l’entreprise renforçait « ses pratiques en matière de langues officielles ». Ces documents ont été obtenus en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels.

La présidente de l’OQLF avait écrit à M. Rousseau dans la foulée de son passage devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) le 3 novembre dernier. En marge d’une allocution prononcée presque exclusivement en anglais, le président d’Air Canada avait suscité un tollé en reconnaissant qu’il avait pu vivre paisiblement au Québec, où il est installé depuis 2007, sans parler français – la langue officielle de la province.

Je vous invite à faire comme de nombreuses entreprises qui ont démontré leur engagement à l’égard du français, ainsi que leur respect des droits linguistiques de la population québécoise et à inscrire Air Canada à l’Office afin que votre entreprise amorce une démarche de francisation.

Extrait de la lettre de Ginette Galarneau envoyée le 12 novembre à Michael Rousseau

Dans sa réponse datée du 18 novembre, le transporteur aérien ne fait aucune mention d’une éventuelle inscription auprès de l’Office. Mercredi, l’OQLF a indiqué qu’« à ce jour », Air Canada n’était pas une entreprise inscrite auprès de l’institution, qui « reste par ailleurs disponible pour l’accompagner dans une démarche de francisation ».

Montréal abrite le siège social d’Air Canada, qui est assujettie à la Loi sur les langues officielles. Critiqué de toutes parts, M. Rousseau s’était excusé et avait promis d’apprendre la langue de Molière. Son apprentissage se poursuit, selon le transporteur aérien.

Une certification de l’OQLF est remise à une entreprise lorsque l’utilisation du français est « généralisée à tous les niveaux de celle-ci ». Des entreprises comme Walmart, Transat A.T., Bombardier, Reitmans et CGI font partie de la liste des sociétés ayant obtenu un certificat.

Pour l’obtenir, une entreprise peut, par exemple, adopter une politique linguistique d’embauche exigeant la connaissance du français et des politiques d’achat visant l’utilisation de la langue de Molière avec les fournisseurs, explique l’Office, sur son site web.

À l’étude

Air Canada avait répondu à l’Office le 18 novembre dernier. La lettre n’est pas signée par M. Rousseau, le destinataire de la missive de Mme Galarneau, mais par la vice-présidente générale des affaires publiques, Arielle Meloul-Wechsler, et la vice-présidente des affaires commerciales, Lucie Guillemette.

Elles soulignent qu’elles ont été chargées par M. Rousseau de « revoir et renforcer [les] pratiques en matière de langues officielles » d’Air Canada.

« L’accompagnement proposé par l’Office sera étudié dans le contexte de cet exercice de révision et au regard de nos obligations en vertu de la Loi sur les langues officielles », écrivent-elles.

Dans leur réponse à l’OQLF, Mmes Melol-Wechsler et Guillemette invitent Mme Galarneau à consulter le Plan d’action linguistique 2020-2023 du transporteur aérien. Selon ce document, environ 50 % des nouveaux employés de « première ligne » d’Air Canada « parlent à la fois le français et l’anglais » depuis 2017.

La « priorité » serait également toujours donnée aux « candidats bilingues », est-il écrit.

Plaintes répétées

L’OQLF a reçu environ 130 plaintes visant M. Rousseau et la compagnie aérienne l’an dernier – le nombre le plus important pour un seul évènement.

« Le dépôt d’un nombre de plaintes aussi élevé à l’Office témoigne d’une insatisfaction de la population québécoise », écrit Mme Galarneau, en évoquant l’allocution du dirigeant d’Air Canada devant la CCMM.

En moyenne, le Commissariat aux langues officielles reçoit annuellement 85 plaintes à l’endroit d’Air Canada pour non-respect des droits des francophones. Plus de 2500 plaintes ont été déposées depuis le passage de M. Rousseau devant la CCMM. Elles sont actuellement à l’étude.

Air Canada a été critiquée à plusieurs reprises au fil du temps en matière linguistique. En 2016, le Commissariat avait rédigé un rapport qui se penchait spécifiquement sur l’entreprise et qui relevait de graves problèmes systémiques de conformité au sein de la compagnie aérienne en matière de respect des langues officielles.