La Caisse de dépôt et placement veut réduire son empreinte carbone, ce qui ne l’empêche pas de réinvestir massivement dans Énergir, le principal distributeur de gaz naturel au Québec et au Vermont.

Publié le 19 janvier
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

La Caisse a racheté les parts détenues par deux autres fonds de retraite, British Colombia Investment et le Régime de retraite de l’Université du Québec, dans Trencap, la société qui contrôle Énergir.

La part de la Caisse dans l’entreprise autrefois connue sous le nom de Gaz Métro passe de 64,74 % à 80,9 %. Les 19,1 % restants sont détenus par le Fonds de solidarité, ce qui fait d’Énergir une entreprise à propriété 100 % québécoise.

La valeur de la transaction n’a pas été divulguée. En juin dernier, la Caisse avait allongé 1,14 milliard pour acheter les 38,9 % de parts détenues par Enbridge. La Caisse est actionnaire d’Énergir depuis 2004.

« L’annonce d’aujourd’hui ne change pas nos perspectives sur l’atteinte des objectifs fixés dans le cadre de notre stratégie climatique », a fait savoir la Caisse dans un courriel, en insistant sur le fait qu’Énergir ne produit pas de gaz naturel.

C’est vrai qu’Énergir est un distributeur de gaz naturel, qui n’émet pas lui-même de gaz à effet de serre (GES), explique Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire en énergie de HEC Montréal. Toutefois, la consommation de gaz naturel génère des GES qui doivent être pris en compte.

Cela dit, Pierre-Olivier Pineau estime qu’Énergir est une entreprise qui va continuer de jouer un rôle important au Québec pendant encore longtemps. « C’est complètement illusoire de penser qu’on peut se passer de gaz naturel au Québec et tout miser sur l’électrification », précise-t-il.

Production diversifiée

Énergir est d’abord un distributeur de gaz naturel, mais il s’est diversifié dans la production d’électricité éolienne et solaire. Au Québec, l’entreprise tente de faire une place au gaz naturel renouvelable dans son réseau.

C’est aussi une entreprise très rentable, un monopole réglementé qui jouit d’un taux de rendement autorisé de 8,9 %. En 2021, Énergir a réalisé des revenus de 2,5 milliards et un profit net de 188 millions.

« C’est un bon investissement autant pour nos actionnaires que pour le Québec, parce que c’est une entreprise engagée dans les nouvelles énergies », estime Patrick McQuilken, porte-parole du Fonds de solidarité FTQ, qui a réinvesti dans Énergir pour maintenir sa part à 19,1 %.

La consommation de gaz naturel est restée stable au Québec au cours des dernières années, constate le professeur Pierre-Olivier Pineau, mais cette énergie a un rôle à jouer dans la transition énergétique. « C’est la dernière énergie fossile qu’on va conserver, dit-il. On se tire dans le pied quand on s’offusque de tous les projets de gaz naturel. »