Les plus récentes données québécoises sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont préoccupantes. Le Québec affiche une diminution de ses émissions de 2,7 % par rapport à 1990. Alors que la COP26 vient tout juste de se tenir et que la date butoir pour l’atteinte de nos cibles en 2030 se rapproche dangereusement, il faut faire mieux. Car au-delà des cibles et des ambitions, les gestes comptent et les faits sont têtus : la lutte contre les changements climatiques appelle à une plus grande mobilisation du secteur des transports afin de renverser la vapeur et d’obtenir les réductions nécessaires.

Publié le 3 janvier
Martin Imbleau Président-directeur général de l’Administration portuaire de Montréal

Avec plus de 36 518 tonnes de GES, le secteur des transports est responsable à lui seul de 43,3 % des émissions de GES. Si le transport des personnes génère une part importante, notamment les véhicules personnels, le transport des marchandises obtient la part du lion, et il faut agir plus rapidement.

Le transport maritime ne représente que 1,3 % des émissions québécoises. Il est nettement le mode le plus efficient. Un litre de carburant permet de parcourir 358 kilomètres par navire, contre 41 pour le transport routier.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Martin Imblreau, président-directeur général de l’Administration portuaire de Montréal

C’est vraiment bien pour l’industrie que je représente, mais le transport maritime n’agit pas seul. Nos chaînes logistiques sont faites de plusieurs maillons, et il faudra travailler sur plusieurs fronts pour améliorer notre bilan collectif. Qu’il s’agisse d’incitatifs financiers pour électrifier les parcs de véhicules, d’utilisation de nouveaux carburants sobres en carbone produits localement, ou encore d’infrastructures adaptées à la réalité du transport lourd, dont le camionnage et le rail, ces projets sont tous nécessaires.

Le concept du « cocktail transport » s’est imposé pour concevoir une mobilité plus durable. Résultat : le transport collectif et les moyens de transport actif font des progrès. Il est plus que temps d’envisager un « cocktail transport » pour nos marchandises. Le transport de marchandises est souvent occulté ou n’a pas toujours bonne presse.

Le fait est qu’il est nécessaire et essentiel à la vie moderne. Les biens de toutes les régions du Québec, de l’Abitibi comme de l’Estrie, passent par le port de Montréal. Que ce soit dans nos maisons ou dans nos usines, les biens qu’on y trouve proviennent d’un peu partout sur la planète ou y sont acheminés. Les échanges commerciaux internationaux sont à ce point importants qu’un emploi sur six au Canada en dépend. La pandémie a démontré l’importance des achats locaux, mais aussi de chaînes d’approvisionnement résilientes. Le transport des marchandises international et interprovincial est donc là pour de bon. Nous devons nous attarder au développement concret de solutions.

L’industrie maritime mondiale accélère ses initiatives de décarbonation. Nous sommes plus de 200 grandes organisations, dont le Port de Montréal, à avoir ratifié un appel à l’action pour atteindre plus rapidement nos cibles de décarbonation. Et le Québec n’est pas en reste. Avec le Port d’Anvers, deuxième port européen, nous avons entamé le développement d’un premier corridor maritime vert entre l’Europe et l’Amérique.

Des dizaines d’organisations montréalaises s’activent au sein du Partenariat climat Montréal, et c’est sans compter les technologies d’électrification qui sont déjà employées sur nos quais. Et pour les modes qui ne peuvent utiliser un fil ou une batterie pour électrifier leurs usages, l’utilisation de liquides énergétiques verts est nécessaire. Alors que la nouvelle année commence, réduire nos GES doit faire partie de nos résolutions ! Ayons ensemble le même niveau de passion pour le verdissement du transport lourd que pour l’adoption des véhicules électriques.