Après la désertion en début de pandémie, un plus grand nombre de voyageurs sont retournés à l’aéroport international Montréal-Trudeau l’an dernier. Aéroports de Montréal (ADM) voudrait « repartir la machine » en 2022, mais le variant Omicron risque de lui mettre des bâtons dans les roues.

Publié le 3 janvier
Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

Le président-directeur général de l’organisme sans but lucratif, Philippe Rainville, ne s’en cache pas : ce sont les mutations du nouveau coronavirus qui constituent le principal obstacle à la reprise.

« Mais on s’ajuste de plus en plus vite », expliquait-il dans une entrevue avec La Presse avant le resserrement des restrictions sanitaires. On s’habitue à vivre avec. Je ne vois pas autre chose [qui peut freiner la reprise]. »

PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

Philippe Rainville, président-directeur général d’Aéroports de Montréal, exploitant et gestionnaire des aéroports Montréal-Trudeau et Mirabel

Avant l’arrivée du variant Omicron, l’exploitant des aéroports Montréal-Trudeau et Mirabel s’attendait à voir le trafic passager atteindre au moins 50 % des niveaux observés en 2019, quand 20,3 millions de voyageurs avaient été accueillis.

Cette prévision était qualifiée de « prudente » par M. Rainville.

« Si l’on regarde les horaires de vol [des transporteurs] pour l’été qui s’en vient, c’était supérieur à cela, souligne-t-il. On arrive à un chiffre d’au moins 10 [points de pourcentage] supérieur. Mais on a quand même fait une prédiction de 50 %. Pourquoi ? Par prudence, au cas où il arriverait un variant. »

Il faudra toutefois voir si les restrictions sanitaires et les avis déconseillant les voyages non essentiels à l’étranger inciteront les transporteurs aériens à changer leur fusil d’épaule, ce qui aurait une incidence sur ADM.

Reprise progressive

La situation financière d’ADM s’est grandement détériorée depuis le début de la crise sanitaire. Des projets comme la réfection du débarcadère « côté ville » et la construction d’une nouvelle aérogare ont été mis sur la glace.

On ne devrait donc pas s’attendre à d’importants changements à l’intérieur des murs de Montréal-Trudeau. Pour M. Rainville, « repartir la machine » signifie notamment « ramener une main-d’œuvre compétente », une lourde tâche alors que le recrutement est difficile pour tous les employeurs.

« Il a fallu laisser aller 30 % de notre effectif en début de pandémie, rappelle le dirigeant d’ADM. On travaille aussi avec tous nos partenaires, que ça soit les bagagistes jusqu’aux personnes à l’accueil. »

Avec environ 490 employés, ADM souhaite ajouter entre 50 et 100 personnes à son effectif au cours de la prochaine année. Les postes à pourvoir ne sont pas « nécessairement » les mêmes que ceux abolis en août 2020. Déjà, la détérioration du contexte sanitaire a incité l’organisme à repousser « d’au moins » un trimestre les embauches prévues.

Les candidats auront-ils envie de choisir un emploi dans l’un des secteurs les plus ébranlés par la pandémie ?

« C’est une très bonne question, concède M. Rainville. C’est sûr que ça va être difficile. On essaie d’être attrayant, mais l’instabilité de l’industrie, oui, va nous affecter. »

En dehors du début des travaux de la station qui permettra d’accueillir le Réseau express métropolitain (REM), ADM prévoit profiter de la fermeture temporaire d’une piste – pendant que le tunnelier de CDPQ Infra passera en dessous – pour lui offrir une cure de rajeunissement. Il s’agit de la piste située au nord du site aéroportuaire, côté « aviation ».

La facture de ce projet est de « plusieurs dizaines de millions de dollars ».

« On pense qu’en 2023, on sera arrivé au moment où on réussira à payer les intérêts de notre dette, qui est quand même faramineuse », dit M. Rainville.

La dette d’ADM a gonflé à 2,9 milliards. Afin de financer ses activités malgré la crise, ADM avait récolté, en avril dernier, 400 millions par le truchement d’une émission d’obligations.

Faute de travaux de réfection, M. Rainville avait prévenu, en novembre dernier, devant le Cercle canadien de Montréal, qu’un retour hâtif des voyageurs pourrait s’accompagner de mauvaises surprises. Avant l’arrivée du nouveau coronavirus, les infrastructures de Montréal-Trudeau peinaient à répondre à la demande.

Ce retour des voyageurs pourrait prendre plus de temps que prévu avant de se matérialiser. Dans l’intervalle, ADM devra continuer à trouver l’équilibre entre sa marge de manœuvre financière et les ressources nécessaires pour relancer ses activités.

ADM en bref

Activités : gestionnaire et exploitant des aéroports Montréal-Trudeau et Mirabel

PDG : Philippe Rainville

Nombre d’employés : 500

Revenus : 168 millions (au 30 septembre)

Forces

  • Aéroport desservi par des transporteurs internationaux
  • Plateforme de correspondance de compagnies comme Air Canada
  • Ville (Montréal) attrayante pour le tourisme

Faiblesses

  • Situation financière qui s’est détériorée
  • Coûts d’exploitation importants en raison du climat (neige et verglas)
  • Modèle qui limite ses options de financement