(Londres) Les producteurs de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et leurs alliés ont décidé jeudi d’augmenter leur production en janvier malgré les craintes liées au variant Omicron, une décision saluée par la Maison-Blanche.

Publié le 2 déc. 2021
Benoît PELEGRIN Agence France-Presse

Le groupe OPEP+ va « ajuster à la hausse la production globale mensuelle de 400 000 barils par jour », comme c’est le cas chaque mois depuis mai 2021, a annoncé le cartel dans un communiqué publié à l’issue d’un sommet tenu par visioconférence.

Washington, qui avait appelé à plusieurs reprises le cartel à desserrer le robinet d’or noir afin de calmer la flambée des prix, s’est « félicité » de cette décision. Le baril de référence outre Atlantique, le WTI, avait atteint fin octobre un record en sept ans.

La porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki a noté au passage « la coordination étroite de ces dernières semaines » avec « l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et d’autres producteurs de l’OPEP+ ».

« Avec la libération coordonnée » d’une partie des réserves stratégiques de pétrole, « nous pensons que cela devrait contribuer à faciliter la reprise économique mondiale », a-t-elle estimé.

Les États-Unis, rejoints par la Chine, l’Inde ou le Japon, avaient annoncé la semaine dernière qu’ils allaient puiser dans leurs propres stocks pour freiner la surchauffe.

« Incertitudes »

Pour Edward Gardner, de Capital Economics, « c’est une des raisons qui a orienté la décision de l’OPEP+ », qui voit d’un mauvais œil ce type d’initiatives peu orthodoxes.

La seule réserve des États-Unis, la plus importante au monde, est dissuasive puisque le pays dispose de 609 millions de barils qui dorment en Louisiane et au Texas.

Les responsables de l’alliance, qui n’ont pas tenu de conférence de presse, se sont abstenus de commenter ce sujet.

Moscou a préféré justifier le choix de la continuité « par le fait que le marché était équilibré et que la demande était en train de se rétablir », selon les propos du vice-Premier russe Alexandre Novak, cité par les agences de presse russes, même s’il a concédé qu’il y avait « beaucoup d’incertitudes » liées à l’influence du variant Omicron.

« Dans une situation très indécise, la meilleure option est de s’en tenir au plan », salue de son côté Ann-Louise Hittle, analyste de Wood Mackenzie, « et c’est exactement ce que l’OPEP+ a fait aujourd’hui ».

Le club de producteurs se réserve par ailleurs le droit de revoir sa décision « en fonction des développements de la pandémie » d’ici à la prochaine réunion, prévue le 4 janvier.

Il laisse chaque jour près de 4 millions de barils sous terre en comparaison avec leurs niveaux dits de référence. Au rythme de hausse actuel, ils retrouveront leur pleine capacité à l’automne 2022.

Les marchés perdent le nord

Les marchés, eux, ont été pris de court.

« Il faut admettre que le choix de l’OPEP+ est quelque peu surprenant compte tenu de l’effondrement des prix » depuis l’apparition d’Omicron, de l’ordre de 15 % depuis jeudi dernier, reprend M. Gardner.

Les cours du brut ont emprunté les montagnes russes jeudi : en hausse en amont de la réunion de l’OPEP+, ils ont fortement chuté à son issue avant de revenir dans le vert.

Les analystes s’attendaient largement à un gel de la production par le club emmené par l’Arabie saoudite et la Russie et ont mis du temps à digérer la nouvelle.

Le nouveau variant de la COVID-19 plane en effet comme une menace sur la demande de brut et avait incité les investisseurs à tabler sur une stratégie plus prudente de la part de l’OPEP+.

Dans la pratique toutefois, « les pays producteurs peinent à faire repartir leurs volumes d’extraction », fait remarquer à l’AFP Benjamin Louvet, analyste chez OFI AM, minimisant ainsi l’annonce du cartel.

« On pourrait donc au final constater dans les semaines à venir que même si le seuil de production a été relevé, il n’est en réalité pas atteint par les pays producteurs », conclut-il.