Les vignerons québécois pourront désormais récupérer la peau de leurs raisins pour en faire de la piquette. Le gouvernement Legault vient d’autoriser la production de cette boisson en modifiant un ancien règlement devenu « désuet », selon la ministre responsable du dossier, Lucie Lecours.

Karyne Duplessis Piché
Karyne Duplessis Piché Collaboration spéciale

En entrevue avec La Presse, la ministre déléguée à l’Économie a confirmé un changement réglementaire très attendu par l’industrie viticole du Québec.

« Depuis les derniers mois, on découvre et on redécouvre les produits des vignerons québécois, relève la ministre Lecours. La piquette leur permettra de développer une nouvelle production. »

Le mot « piquette » a longtemps été associé à du vin de mauvaise qualité. Or, cette boisson a retrouvé ses lettres de noblesse au cours des dernières années. Elle est fabriquée en ajoutant de l’eau sur le marc de raisin, soit la peau des fruits déjà pressés. Le tout est ensuite fermenté et parfois aromatisé pour donner une boisson faible en alcool.

Le nouveau règlement précise d’ailleurs que la piquette doit contenir de 1,5 % à 7 % d’alcool. Contrairement au vin, les ingrédients ajoutés doivent être inscrits sur l’étiquette.

Ça permet de réutiliser une production [le marc de raisin] qui n’était plus utilisée par les producteurs artisanaux. Ça permet de réduire les coûts de production de l’ensemble des produits d’un vigneron.

Lucie Lecours, ministre déléguée à l’Économie

La piquette connaît un fort succès dans les autres régions viticoles du Canada, où sa production est permise. Mais d’autres endroits l’interdisent toujours, notamment le pays du vin, la France.

En plus de permettre aux vignerons québécois de diversifier leur offre, le changement réglementaire permettra de corriger les iniquités, note la ministre Lecours. En effet, la loi permettait déjà à des producteurs industriels d’alcool d’élaborer des boissons à base de vin, mais les vignerons ne pouvaient en faire autant avec leur propre production.

« Il y avait une certaine incohérence », convient la ministre.

Le changement entre en vigueur dès maintenant. Cela veut dire que les vignerons pourront produire de la piquette dès cette année.

L’annonce tombe à point, car la vaste majorité des vignobles québécois viennent de terminer les vendanges. De nombreux vignerons avaient d’ailleurs conservé les peaux dans l’espoir que Québec autoriserait la production de piquette.

La propriétaire du vignoble Fragments, en Outaouais, Hélène Éthier, jubile. Elle militait depuis deux ans pour la légalisation de la piquette. Elle se réjouit que le gouvernement Legault ait agi si rapidement, alors que sa récolte, cette année, est plus petite qu’elle l’espérait.

« On ne se le cachera pas, on a une très belle qualité de raisin cette année, mais avec le gel, on a de la perte sur le plan quantitatif, dit la vigneronne. C’est le fun de savoir qu’on va pouvoir faire de la piquette. C’est un produit de plus que nous pourrons offrir. »

Les Québécois pourront mettre la main sur les premières piquettes au printemps.