Les États-Unis au bord de la faillite ? On aurait tort d’en rire parce que ce qui a l’air d’une blague n’en est pas une. C’est une autre manifestation du système politique dysfonctionnel de la première économie au monde.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Ainsi donc, à moins que républicains et démocrates s’entendent dans les prochains jours pour relever le plafond de la dette, le gouvernement américain n’aura plus d’argent en caisse pour faire face à ses obligations et ne pourra pas emprunter non plus pour les acquitter. La date prévue du défaut de paiement devrait tomber vers le 18 octobre.

Les Américains ont joué souvent dans ce mauvais film. Périodiquement, les élus qui forment le gouvernement se heurtent à des barrières imposées pour les obliger à observer une certaine discipline fiscale. Ils doivent faire approuver leur budget de dépenses par le Congrès, à défaut de quoi le gouvernement arrête de fonctionner. C’est ce qu’on appelle le shutdown de l’administration, qui arrête de payer ses employés et ses dépenses courantes. Ça se produit régulièrement.

Le gouvernement américain doit en outre respecter un plafond d’endettement, lui aussi soumis à une entente bipartite. Sans accord, une fois cette limite atteinte, le gouvernement américain doit payer comptant tant que c’est possible, réduire ses dépenses et ensuite déclarer faillite parce qu’il ne peut plus emprunter.

C’est là que les États-Unis sont rendus. Ce n’est pas la première fois. Le plafond de la dette a été maintes fois relevé, ce qui fait souvent l’objet d’âpres débats, mais jamais autant que celui qui a cours actuellement.

À l’époque où elle était vice-présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen avait qualifié de « théâtre » ces crises périodiques au sujet du relèvement du plafond d’endettement.

Maintenant qu’elle est passée de l’autre côté de la clôture, comme secrétaire au Trésor de l’administration Biden, Janet Yellen tient un autre discours et estime qu’une entente est urgente, pour le bien du pays.

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Janet Yellen, secrétaire au Trésor des États-Unis

« Un retard qui remettrait en question la capacité du gouvernement fédéral à respecter toutes ses obligations causerait probablement des dommages irréparables à l’économie américaine et aux marchés financiers mondiaux », a-t-elle averti dans une lettre récente aux élus du Congrès.

Recul du produit intérieur brut (PIB), récession, remontée en flèche du chômage, c’est ce qui guette l’économie américaine advenant un défaut de paiement, selon plusieurs analystes, dont ceux de la firme Moody's1.

Une pièce à mille milliards ?

Le blocage actuel sur le relèvement du plafond de la dette arrive à un bien mauvais moment pour les États-Unis. L’économie se relève de la pandémie, mais la récupération est plus lente qu’escompté. Le clivage politique a déjà retardé les plans de relance du gouvernement démocrate, qui ont besoin d’emprunts pour se déployer.

Ce genre de débat sur la dette est de plus en plus incompréhensible dans le monde moderne, à plus forte raison alors que les gouvernements qui en ont les moyens dépensent sans compter pour contrer les impacts de la pire crise sanitaire de l’histoire récente.

Le niveau d’endettement des États-Unis a augmenté, en chiffres absolus comme en pourcentage du PIB, mais il reste relativement peu élevé par rapport à celui du Japon ou d’autres membres de l’OCDE.

En plus, les États-Unis pourraient, s’ils le voulaient, réduire leur dette en augmentant les taxes et les impôts. Le pays récolte moins de taxes et d’impôts (31 % du PIB) que la moyenne des pays de l’OCDE (37 % du PIB).

Le pays est tellement allergique à toute hausse de taxes et d’impôts que cette avenue est improbable. Une autre solution refait surface : le président a le pouvoir d’ordonner l’émission d’une pièce de monnaie spéciale de 1000 milliards de dollars. S’il le faisait, il pourrait avec cet argent rembourser une partie de la dette et retrouver un pouvoir d’emprunt. Ça paraît loufoque, mais devant l’issue aussi incertaine du débat sur le plafond de la dette, cette possibilité est quand même discutée ces jours-ci.

Même plus élevée que jamais, la dette américaine coûte de moins en moins cher à financer, en partie parce que les titres du gouvernement américain ont la confiance du monde entier et que le dollar US est le pilier du système financier international.

Ces déchirements périodiques sur le plafond de la dette sont devenus un combat idéologique entre républicains et démocrates, et ce clivage mène directement au cul-de-sac.

Les États-Unis en faillite ? Ça n’arrivera pas. Mais chaque crise du genre ébranle davantage la confiance des consommateurs américains et des investisseurs de partout dans le monde. La crédibilité des États-Unis en prend aussi un coup. L’économie américaine souffre de cette incertitude. La performance économique des États-Unis reste enviable, malgré son handicap politique. Qu’est-ce que ce serait comme performance avec un gouvernement efficace !

1. Lisez l’analyse de Moody’s (en anglais)

28 000 milliards US

Plafond actuel de la dette, qui devrait être dépassé à la mi-octobre

78 

Nombre de fois que le plafond de la dette a été augmenté ou suspendu depuis 1960

Source : Agence France-Presse