La tâche en rebute plusieurs et avec raison. Dès qu’on s’y aventure, on est happé par des titres vagues pour les non-initiés et des offres de services non standards d’une institution et d’une firme à l’autre. Mode d’emploi anti-maux de tête en huit étapes.

Publié le 3 oct. 2021
Isabelle Dubé
Isabelle Dubé La Presse

1. Définissez vos besoins

Cette étape est primordiale. Déjà, au départ, si vous cherchez un professionnel pour placer vos épargnes à votre place, le planificateur financier n’est pas le professionnel qu’il vous faut. Ce n’est pas son rôle. Il est formé pour réaliser une planification de vos finances personnelles en sept points : les aspects juridiques, vos assurances, vos finances, la fiscalité, vos placements, votre retraite et votre succession. Le planificateur financier regarde avec vous vos objectifs (achat de maison, études des enfants, voyage, retraite, optimisation de votre situation fiscale, préparation de votre succession, etc.) et élabore un plan d’action personnalisé pour les réaliser.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Chantal Lamoureux, PDG de l’Institut québécois de planification financière

« La grande tendance, c’est de s’acheter une résidence secondaire. Mais avez-vous les moyens en fonction de vos objectifs à vous ? Voulez-vous envoyer vos enfants à l’école privée ? Prendre votre retraite à 55 ans ou 75 ans ? Voyager ? C’est tout ça que le planificateur va prendre en considération pour vous aider à avoir le portrait de la situation et à prendre une bonne décision », explique Chantal Lamoureux, PDG de l’Institut québécois de planification financière (IQPF).

« Est-ce que le planificateur financier conseille des placements ? Non, ce n’est pas son rôle, soutient Chantal Lamoureux. S’il a un autre permis qui lui permet de vous vendre des produits et que vous avez besoin de ce service, dans ce cas, il devra bien vous indiquer qu’il change de chapeau. »

2. Trouvez celui avec le bon titre

En s’aventurant sur l’internet à la recherche du meilleur planificateur, on est vite ralenti par tous les différents titres qui créent chez le non-initié une grande confusion. Le chinois apparaît soudain plus simple à maîtriser.

Si le professionnel que vous avez trouvé dit être un « conseiller financier », sauvez-vous, affirme sans détour la PDG de l’IQPF. « Ce n’est pas un titre reconnu par l’AMF. »

Le planificateur financier a tout d’abord fait des études universitaires, pour ensuite suivre une formation à l’IQPF, réussir l’examen et obtenir un permis de l’Autorité des marchés financiers. C’est ce que signifient les lettres « Pl. Fin. » qui suivent son nom.

Certains planificateurs vont avoir aussi un permis de représentant en épargne collective. Ça veut dire qu’ils peuvent vendre des fonds d’investissement. Beaucoup sont aussi conseillers en sécurité financière.

Chantal Lamoureux, PDG de l’Institut québécois de planification financière

« Ils ont un permis pour vendre des produits d’assurance. Ils peuvent vous accompagner là-dedans, mais pas dans leur rôle de planificateur financier. Il faut que les planificateurs financiers vous le disent », insiste Chantal Lamoureux.

Si vous avez repéré un gestionnaire de portefeuille qui porte les titres CFA ou CSI, il peut gérer votre argent à votre place, mais ne fera pas de plan comme le planificateur financier. Le conseiller en placement, de son côté, n’a pas de formation de gestionnaire de portefeuille et ne peut donc pas faire de transaction sans votre accord. Et le banquier personnel ? Il accorde des prêts à des particuliers.

3. Démêlez les offres de services

Est-ce qu’il faut une somme minimale pour accéder à certaines divisions au sein de la même banque ? Qui peut avoir accès à ces services qui semblent plus spécialisés ? En navigant sur les sites des différentes institutions financières et firmes privées, on constate qu’il n’y a aucune règle absolue. Même pour ce qu’on appelle la gestion privée.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Le siège social de Desjardins, à Montréal

Chez Desjardins, le service d’un planificateur financier est offert autant dans les caisses que dans les services spécialisés pour les clients dont la situation est complexe (Service Signature, Valeurs mobilières et Gestion privée), explique le porte-parole Richard Lacasse. Ces trois services ont, par exemple, des fiscalistes et des juristes dans leur équipe. « Il n’y a pas de somme de qualification requise ou minimum. Nous travaillons à comprendre les besoins et offrir ensuite la formule la plus adaptée. »

BMO propose différents services traditionnels de base, dont l’expertise de planificateurs financiers. Pour ce qui est des divisions BMO Nesbitt Burns et BMO Banque privée, les deux entités ont été regroupées en 2019 pour devenir BMO Gestion de patrimoine, qui est destinée aux clients fortunés. « Un client peut avoir des besoins complexes nécessitant des conseils spécialisés d’un expert professionnel, et ce, malgré une somme inférieure à 1 million », explique Mario Rigante, président régional Québec, Gestion de patrimoine.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Les planificateurs financiers dans les succursales de la Banque Nationale prennent des clients qui peuvent avoir jusqu’à 2 millions de dollars, mais dont la situation est simple.

Pour ce qui est de la Banque Nationale, la vision des concepts diffère légèrement. « C’est une question d’affinités, de confiance, de proximité, certains préfèrent simplement un planificateur qui est plus près du travail ou de la maison, ou bien celui qui connaît toute la famille », affirme Éric Bujold, président de Banque Nationale Gestion privée 1859.

Il explique qu’à la Financière Banque Nationale, les professionnels sont comme des franchisés. Ils ont des clients avec des patrimoines qui varient de 100 000 $ à plusieurs millions.

Les planificateurs financiers dans les succursales de la Banque Nationale font le même type de travail, prennent des clients qui peuvent avoir jusqu’à 2 millions, mais dont la situation est simple. « Si quelqu’un n’a qu’un REER de 1 million de dollars, un planificateur peut s’en occuper. Mais s’il a une société de gestion, a besoin de financement, c’est là qu’on va le diriger vers la gestion privée qui s’occupe des besoins complexes. »

4. Déterminez la façon dont vous voulez le payer

Règle générale, le planificateur d’une institution financière sera rémunéré par l’entremise de tous les autres services et frais de gestion que vous payez, tandis que celui d’un cabinet privé sera payé à l’heure en fonction de votre situation et du niveau de complexité. « Si vous avez des biens à l’étranger ou si vous êtes un entrepreneur, ce sera différent d’une personne qui a un salaire stable et un régime de retraite à prestations déterminées », illustre Chantal Lamoureux.

Dans plusieurs institutions financières ou cabinets privés, la règle est simple : plus vous avez de l’argent, plus le pourcentage de frais de gestion diminue.

« Mais en absolu, ça coûte plus cher, indique Éric Bujold. Si on prend 0,5 % de 100 000 $ et 0,5 % de 1 million, ce n’est pas le même montant. »

5. Demandez des références à vos amis

Institution financière, compagnie d’assurance, société de gestion de patrimoine, cabinet privé en planification financière ? Quel endroit choisir ?

De façon générale, je suggère de travailler par recommandation. Demandez aux gens autour de vous s’ils sont satisfaits et s’ils ont établi une belle relation de confiance avec leur planificateur.

Antoine Chaume, planificateur financier chez Lafond+Associés

Sur le site de l’IQPF, un moteur de recherche par région permet de trouver des planificateurs financiers détenant un permis.

6. Vérifiez s’il a un permis

C’est vrai que Vincent Lacroix, PDG de Norbourg, avait tous ses permis, ce qui ne l’a pas empêché de frauder 9200 clients à hauteur de 113,5 millions de dollars. C’est vrai aussi que lorsqu’on fait affaire avec une institution financière, on présume qu’elle embauche des employés avec des permis.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

L’Autorité des marchés financiers est une source fiable d’information.

Sur le site de l’Autorité des marchés financiers (AMF), vous pourrez faire une recherche facile par nom. Vous saurez non seulement si le professionnel a le droit d’exercer comme planificateur financier, mais également s’il a d’autres permis. Par exemple, il pourrait aussi être un « représentant de courtier », ce qui lui permet d’acheter et de vendre une grande quantité de placements pour vous. Il pourrait aussi avoir un permis « assurance de personnes » et vous vendre des assurances.

Cette simple recherche vous fournira plusieurs informations pertinentes au sujet du professionnel à qui vous envisagez de confier toute votre histoire financière.

Consultez le site de l’Autorité des marchés financiers

7. Rassemblez à l’avance vos documents

Si vous êtes du type éparpillé, prenez de l’avance et préparez-vous psychologiquement à chercher. Le jeu en vaut la chandelle, car vous aurez une fois pour toutes une vision à 360 degrés de vos finances personnelles. Que devez-vous retrouver exactement ? Tous vos relevés de placements, votre dernier relevé de participation à la Régie des rentes du Québec, les textes de vos régimes de retraite présents et passés, vos polices d’assurance et votre testament.

8. Vérifiez les atomes crochus

Prenez rendez-vous avec trois planificateurs différents. « Les gens passent en général beaucoup de temps à magasiner une auto, un vélo et des appareils électroniques. Afin de trouver le bon planificateur pour sa situation, il faut assurément investir du temps », rappelle Antoine Chaume.

« De notre côté, l’objectif est de travailler à long terme avec nos clients. C’est donc important de s’assurer dès le départ qu’il y ait un bon fit, sinon ce sera long ensemble pendant 20 ou 30 ans », précise Antoine Chaume.

« Je crois qu’il est sage de rencontrer quelques personnes et de ne pas aller avec le premier venu, affirme Chantal Lamoureux. Quand on veut faire des rénovations dans la maison, on rencontre plusieurs entrepreneurs. C’est la même chose. Vous allez lui confier les plus grands objectifs et rêves de votre vie, alors c’est important de vous sentir en totale confiance avec cette personne-là. »

« Il faut une relation de confiance envers l’institution et envers l’individu qui vous servira. Si vous n’êtes pas compatible avec votre planificateur, vous n’aurez pas le réflexe de vous confier, ajoute Éric Bujold. C’est comme avec un médecin, si vous ne lui dites pas tous vos petits bobos, il pourrait ne pas faire le bon diagnostic. »

Quatre questions à lui poser

On ne choisit pas un planificateur financier au hasard. N’ayez pas peur de vous informer sur ses antécédents.

Quels services ?

Demandez-lui exactement quels seront les services qu’il vous rendra, conseille Chantal Lamoureux, PDG de l’IQPF. « Est-ce que vous serez obligé d’acheter des produits financiers ? Parce que le permis de planification financière n’est pas un permis pour vendre des produits. Si la personne n’a que ce permis-là et veut vous vendre des fonds d’investissement ou un contrat d’assurance, ça doit vous mettre la puce à l’oreille. »

Des exemples de plan ?

Exigez que le planificateur vous montre des exemples de rapport écrit de planification qu’il donne à ses clients. Vous devez y lire les différentes options pour l’objectif qui est fixé, par exemple acheter une maison, et les taux de rendement ou d’emprunt qu’il a utilisés pour ses projections. « S’il dit : "Je vais juste te dire si tu vas avoir assez d’argent pour t’acheter une maison et prendre ta retraite à 50 ans", ça ne fonctionne pas », illustre Chantal Lamoureux.

Quelles sont les limites de son indépendance ?

Testez-le en lui demandant s’il pourra vous recommander de mettre votre première tranche de 5000 $ d’épargne annuelle dans le Fonds de solidarité FTQ ou dans le Fondaction de la CSN, propose Antoine Chaume, planificateur financier chez Lafond+Associés. « Le planificateur doit agir dans l’intérêt de son client, comme lui indiquer qu’il est possible d’aller chercher 1500 $ de crédits d’impôt supplémentaires par année. »

Qui sont ses clients ?

Renseignez-vous au sujet de ses clients. Sont-ils des médecins, des ingénieurs ou des enseignants ? suggère Antoine Chaume. « Si la firme travaille avec des gens ultrafortunés ou dans une niche spécialisée [médecins, informaticiens, ingénieurs] et que vous ne faites pas partie de la clientèle cible, vous n’aurez peut-être pas accès au même niveau de service. En revanche, si vous êtes un couple d’enseignants et que c’est dans son marché cible, il sera heureux de vous donner un service triple A et de vous accompagner comme vous le souhaitez. »