(Ottawa) Après avoir réclamé un rappel du Parlement dans les plus brefs délais, les partis de l’opposition pressent maintenant le gouvernement Trudeau de présenter une nouvelle mise à jour économique et financière cet automne.

Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Cette mise à jour est d’autant plus importante qu’elle permettrait de faire le point sur l’état de santé de l’économie canadienne tandis que la quatrième vague déferle sur le pays, selon le Parti conservateur et le Bloc québécois.

Elle permettrait également de préciser l’ampleur du déficit fédéral au moment où les libéraux de Justin Trudeau, qui ont obtenu un deuxième mandat minoritaire d’affilée, ont promis 78 milliards de dollars de nouvelles dépenses au cours des cinq prochaines années, mais seulement 25 milliards de dollars de nouveaux revenus.

L’ancien ministre des Finances Paul Martin a instauré la pratique de faire une mise à jour économique et financière à l’automne au milieu des années 1990. Depuis, cette pratique fait partie des mœurs politiques à Ottawa, et même dans la plupart des provinces. Québec ira d’ailleurs plus loin en novembre en déposant un mini-budget pour s’attaquer à la pénurie de main-d’œuvre et augmenter la production d’électricité, entre autres mesures.

Le premier ministre Justin Trudeau a confirmé cette semaine que Chrystia Freeland allait demeurer à la barre du ministère des Finances dans son prochain cabinet. M. Trudeau compte dévoiler la composition du Conseil des ministres, qui sera de nouveau paritaire, d’ici deux semaines, selon nos informations.

En avril, Mme Freeland avait déposé un budget qui comportait un plan de relance de 100 milliards de dollars sur trois ans et prévoyait un déficit de 154 milliards durant l’exercice financier en cours et d’environ 60 milliards en 2022-2023. Ce budget était le premier déposé par le gouvernement Trudeau en deux ans, la pandémie de COVID-19 ayant chamboulé toutes les projections touchant les dépenses et les revenus l’an dernier.

En conférence de presse, mardi, M. Trudeau a aussi indiqué que les travaux parlementaires reprendraient avant la fin de l’automne, vraisemblablement en novembre. Un discours du Trône présentant les grandes lignes des intentions du gouvernement libéral minoritaire donnera le coup d’envoi à ces travaux.

Au bureau du premier ministre, on a indiqué à La Presse qu’il était encore trop tôt, une dizaine de jours après le scrutin du 20 septembre, pour dire si Mme Freeland présenterait une mise à jour économique cet automne ou si elle consacrerait plutôt ses efforts à la préparation du prochain budget fédéral. Normalement, le budget fédéral est déposé à la Chambre des communes en février ou en mars.

Le député conservateur Alain Rayes estime que le gouvernement Trudeau ne peut se soustraire à cet exercice automnal à la lumière des promesses que les libéraux ont formulées durant la campagne électorale.

« On sait que le premier ministre est plus dépensier que jamais. La saine gestion des finances publiques n’a jamais été une priorité pour lui. Sachant que le gouvernement libéral va faire alliance avec le NPD, je pense qu’il est primordial que la population sache à quoi s’en tenir. Elle a le droit de savoir quelle est la situation financière en ce moment », a affirmé M. Rayes.

Depuis qu’il est au pouvoir, le gouvernement Trudeau a présenté un budget déficitaire frisant les 20 milliards de dollars annuellement durant son premier mandat. Durant son deuxième mandat, le déficit a explosé à cause de la pandémie de COVID-19 et les nombreuses mesures de soutien adoptées pour soutenir les familles, les travailleurs et les entreprises durant la crise sanitaire. Selon le dernier budget fédéral, le déficit devait s’établir à 354 milliards en 2020-2021.

Durant la dernière campagne électorale, le Parti conservateur a été le seul à promettre un retour à l’équilibre budgétaire au plus tard sur un horizon de 10 ans.

Le député du Bloc québécois Gabriel Ste-Marie est tout aussi convaincu de l'opportunité de présenter une mise à jour économique cet automne.

« Une mise à jour économique s’impose. D’abord, c’est un engagement du gouvernement lui-même. Dans le seul budget qu’il a déposé en deux ans, il nous a promis une mise à jour à l’automne, notamment pour imposer une taxation aux géants du web. Il avait indiqué que les détails seraient annoncés cet automne. Donc, ça presse », a affirmé M. Ste-Marie.

Il a soutenu que la ministre Chrystia Freeland devrait profiter de l’occasion pour augmenter les transferts en santé aux provinces, comme le réclament d’ailleurs les premiers ministres provinciaux depuis plusieurs mois. « Nous sommes encore en crise sanitaire. Il faut augmenter le financement de la santé, et au plus vite. Il y a aussi du rattrapage à faire dans le dossier du soutien aux aînés », a-t-il dit.