Des milliards de dollars chaque année.

Marc Tison
Marc Tison La Presse

C’est le coût des dommages que les changements climatiques causeront aux infrastructures du Canada d’ici le milieu du siècle.

Les routes, les voies ferrées, les réseaux électriques et les bâtiments en zones inondables subiront une dégradation accélérée, voire une destruction pure et simple, si des mesures ne sont pas prises pour les rendre plus résilients face aux excès météorologiques.

Ce signal d’alarme est lancé par l’Institut canadien pour des choix climatiques dans son rapport intitulé Submergés : Les coûts des changements climatiques sur l’infrastructure au Canada, le troisième d’une série de quatre à être publiés entre l’automne 2020 et le printemps 2022.

Organisation indépendante, non partisane et financée publiquement, l’Institut mène des recherches sur les enjeux des changements climatiques.

Son analyse a modélisé les répercussions du climat sur trois types d’infrastructures : les résidences et les bâtiments susceptibles d’être inondés, tant sur les côtes qu’à l’intérieur des terres ; les routes, les voies ferrées ; et enfin les réseaux électriques.

S’appuyant sur sept modèles climatiques mondiaux, les chercheurs ont retenu deux trajectoires d’émissions polluantes – modérées et élevées – en fixant des horizons au milieu et à la fin du siècle.

Inondations

Les chercheurs ont recensé 11 millions de résidences et les bâtiments au pays.

Au milieu du siècle, les inondations à l’intérieur des terres pourraient leur causer des dommages de 5,7 milliards de dollars par année selon le scénario d’émissions modérées, ou de 6,7 milliards selon le scénario plus pessimiste. S’y ajoutent de 140 à 160 millions par année pour les dommages en régions côtières.

Ces coûts sont actuellement de 1,3 milliard par an.

« On constate que la plupart des résidences et bâtiments qui sont actuellement vulnérables aux inondations, ou qui le deviendront dans le futur, n’apparaissent sur aucune des cartes publiques que les propriétaires pourraient consulter », a relevé Julien Bourque, associé de recherche à l’Institut, dans une présentation vidéo de l’étude.

Routes et rails

Pour leur part, les voies de circulation seraient touchées principalement par la hausse des températures, l’augmentation des précipitations et les cycles de gel et de dégel.

« Sans mesure d’adaptation, les coûts annuels pour réparer les 2,8 millions de kilomètres de routes au Canada pourraient s’accroître de 1 à 2 milliards d’ici les 30 prochaines années », prévient Julien Bourque.

Le réseau ferroviaire serait surtout touché par une dilatation excessive des rails en été, ce qui entraînerait de coûteux ralentissements ou interruptions de services.

L’impact des retards sur les réseaux ferroviaires et routiers pourrait atteindre plusieurs centaines de millions de dollars par année d’ici le milieu du siècle.

Le réseau électrique

Le réseau électrique serait atteint à la fois par la détérioration accélérée des infrastructures de transport et de distribution, et par la hausse de la demande liée aux besoins croissants de climatisation.

Les dommages, qui s’élèvent déjà à 1,3 milliard de dollars par an, pourraient dépasser 1,8 milliard par année au milieu du siècle, selon le scénario modéré, voire 2,4 milliards dans une hypothèse d’émissions élevées.

« Tout ça peut certainement compliquer grandement la capacité de production d’électricité nécessaire à l’électrification de notre économie », commente Julien Bourque.

Même dans une économie mondiale carboneutre, les coûts continueraient d’augmenter jusqu’au milieu du siècle, pronostique l’Institut.

Des coûts sociaux et économiques

« Les coûts des dommages aux infrastructures pourraient devenir exorbitants, mais les coûts sociaux et économiques totaux pourraient être encore plus élevés », prévient l’organisme.

Les inondations, par exemple, toucheront des zones urbaines densément peuplées, tels Toronto et Vancouver, où l’impact sur la valeur des propriétés pourrait déstabiliser à la baisse tout le marché immobilier, avec un effet domino sur l’ensemble de l’activité économique.

« Les renseignements publics dont disposent la plupart des décideurs, des investisseurs ou même des consommateurs sont insuffisants pour assurer une prise de décision éclairée, ce qui est un obstacle majeur à l’adaptation », dénonce Julien Bourque.

Des solutions

Il existe des solutions. « L’adaptation proactive peut réduire considérablement les répercussions et les coûts des changements climatiques au Canada », informe Julien Bourque.

« Beaucoup de ces mesures d’adaptation ne sont pas très techniques et sont même simples à implanter. Elles requièrent simplement d’anticiper les changements continus de la température et des précipitations dans la conception des infrastructures et dans le choix des matériaux. »

Mais il faut d’abord que les gouvernements et les instances réglementaires donnent le ton. Il est essentiel de mettre à jour les normes et les codes qui les régissent, assène-t-il.

« Les gouvernements devraient élaborer et publier de l’information exacte et utile sur les risques climatiques visant les infrastructures pour aider les communautés, les investisseurs et eux-mêmes, les gouvernements, à améliorer leurs décisions concernant la construction, la gestion, l’adaptation et la résilience des infrastructures. »