À l’heure des grandes réflexions sur la façon de réinventer les espaces de travail et d’attirer une main-d’œuvre rare, les dirigeants de l’agence de publicité et marketing Tux Creative Co. ont décidé d’ouvrir un café-resto-buvette.

Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

Baptisé Brouillon, il a été aménagé, avec l’aide de l’Atelier Zébulon Perron, au rez-de-chaussée de l’édifice où se situe l’agence. Il est ouvert à tous, employés inclus évidemment, depuis le 18 septembre. « C’est un avantage social pour nos 75 employés qui ont 25 % de rabais sur le menu et la carte des vins, explique Dominic Tremblay, copropriétaire de Brouillon et président de Tux. Cette adresse s’insère dans le parcours expérientiel de nos employés et de nos clients. »

« C’est difficile de recruter pour tout le monde dans cette industrie, ajoute Ludwig Ciupka, copropriétaire de Brouillon et cofondateur et chef de la création de Tux. On a un avantage compétitif. »

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Les employés de l’agence Tux Creative Co. n’ont qu’à emprunter un escalier pour se rendre au café-resto-buvette Brouillon.

Les employés n’ont qu’à emprunter un escalier pour s’y attabler à l’heure du dîner. Ou du petit-déjeuner ou de l’apéro, car les portes sont ouvertes de 8 h à minuit. Au passage de La Presse, mardi midi, trois tables étaient occupées par des employés de Tux. « Ils prennent le temps de jaser, note Dominic Tremblay. On essaie de bâtir un environnement pour eux. C’est dans notre culture. Dans notre milieu, tout le monde peut être pigiste et régler son horaire comme il le souhaite. Il faut donc une raison pour venir au bureau. Le café reflète ce que les gens en création font souvent. On y croise du monde ici, on trouve l’inspiration. C’est là que peut se passer la magie. Alors qu’on travaille beaucoup en Zoom, le milieu de travail devient une place sociale. Pour grandir, apprendre, il faut se voir. Il faut être exposé aux autres. »

« Pas de limites à la création »

L’aménagement des lieux, accessibles par la Plaza Saint-Hubert, a nécessité un investissement de 700 000 $, dans un édifice qui appartient à Dominic Tremblay et Ludwig Ciupka. L’agence occupe 13 000 pi2 sur 2 étages, et le resto, 1000 pi2. « On réinvestit nos profits dans la qualité de vie », illustre Ludwig Ciupka.

« Le milieu des agences ne permet pas une croissance comme pour un Lightspeed », ajoute Dominic Tremblay, qui a aussi lancé il y a quelques mois la fondation Tux Karma pour contribuer à un avenir durable et diversifié. « Comment créer de la pertinence sur le plan entrepreneurial ? Comment avoir un fonds de retraite ? La Plaza Saint-Hubert était en rénovation. On a vu ce que ça pourrait être. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Dominic Tremblay, copropriétaire de Brouillon et président de Tux

Environ 60 % de nos employés vivent dans les quartiers Plateau Mont-Royal et Rosemont. Ils recherchent une certaine qualité de vie et sont ainsi à proximité de leur lieu de travail.

Dominic Tremblay, copropriétaire de Brouillon et président de Tux

En entrevue, les copropriétaires énumèrent toutes les utilisations potentielles de Brouillon. Les futurs employés seront rencontrés dans ce nouveau lieu, tout comme les clients. On puisera désormais à même son menu au lieu de faire affaire avec un traiteur, quand Tux, dont les locaux servent également à la réalisation de messages publicitaires, accueille comédiens et membres des équipes de tournage.

Aux dires de Ludwig Ciupka, de tels projets entrepreneuriaux doivent être collés sur la nature même de l’entreprise. « Cette nouvelle occasion d’affaires s’insère bien dans ce qu’on fait, juge-t-il. On étire la marque sans imposer la marque Tux. Brouillon n’est pas né tant pour maximiser notre investissement dans l’édifice, sinon on aurait aménagé d’autres bureaux, mais pour maximiser l’impact de la marque. Ça entre dans notre culture d’entreprise. On est une entreprise créative. On fait participer nos employés. Notre nouvel espace dit qu’il n’y a pas de limites à la création. »

« La créativité fait partie de l’ADN des agences, donc innover pour offrir un environnement de travail accueillant et attirant va de soi », souligne Dominique Villeneuve, directrice générale de l’A2C (Association des agences de communication créative). « Les solutions varient selon les agences, mais toutes y réfléchissent. Ce n’est que le début, considérant le mode de travail hybride et le souhait d’attirer les meilleurs talents alors que c’est un défi important. »

Atelier Zébulon Perron a posé sa signature dans de nombreux restaurants, bars et hôtels qui attirent l’attention à Montréal. Pour n’en nommer que quelques-uns : le Marcus de l’Hôtel Four Seasons, Le Gentile Pizza Parlour, l’Un Po Di Piu, Le Boulevardier de l’Hôtel Le Germain, la Brasserie Henri de la Maison Birks, l’Ibérica, le Lustucru, le Café Parvis et le Montréal Plaza.

Autrefois connue sous le nom Tuxedo boutique marketing, l’agence Tux Creative Co. est connue notamment pour avoir remporté un Lion d’argent au prestigieux Festival international de la créativité de Cannes, en 2012, grâce à une vidéo faisant la promotion du produit Leg & Body Cover de Dermablend Professional. Visionnée rapidement des millions de fois, la vidéo mettait en vedette le défunt Zombie Boy (Rico Genest) à qui on redonnait une apparence d’avant ses tatouages grâce au produit de Dermablend.