La Caisse de dépôt est prête à larguer la production de pétrole, mais le gaz naturel est là pour longtemps encore, selon son PDG. Charles Émond.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

« Le gaz, c’est la seule option dans bien des cas, alors on conserve cette option-là le temps que l’offre d’énergie renouvelable soit suffisante », explique Charles Émond. Il souligne qu’il faudra du temps, parce que l’énergie renouvelable compte actuellement pour 5 % de l’énergie consommée dans le monde.

La Caisse de dépôt et placement du Québec a rendu public mardi un plan de match plus ambitieux pour lutter contre les changements climatiques qui confirme son intention de sortir de la production de pétrole d’ici 2022 sans faire de compromis sur le rendement de son portefeuille.

La Caisse n’investira pas dans de nouveaux oléoducs, mais elle conservera les positions qu’elle a déjà dans ce type d’infrastructures, comme Colonial Pipeline aux États-Unis. « L’économie en a besoin, a-t-il fait valoir. On ne peut pas les fermer du jour au lendemain et mettre l’économie à terre. »

La Caisse sortira d’une façon « ordonnée » du secteur de la production pétrolière d’ici 2022, qui compte actuellement pour 1 % de son portefeuille d’investissement de quelque 400 milliards, soit 4 milliards de dollars. Les investissements dans les pipelines et les gazoducs, que la Caisse entend conserver, représentent près de 2 % du portefeuille, soit 8 milliards.

Dans sa nouvelle stratégie climatique, la Caisse prévoit utiliser la carotte et le bâton pour atteindre un nouvel objectif, soit rendre son portefeuille carboneutre d’ici 2050. En plus d’accroître ses investissements verts, elle consacrera 10 milliards à aider les entreprises les plus polluantes à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

La Caisse veut augmenter de 36 milliards à 54 milliards les actifs verts dans son portefeuille de 390 milliards d’ici 2025 et de réduire l’intensité carbone de son portefeuille de 60 % d’ici 2030.

Un bon signal

La décision de la Caisse de dépôt de sortir du pétrole a été saluée par la coalition d’organismes qui font des pressions en ce sens depuis des années. « La Caisse a écouté les marchés, la science, et la volonté des Québécois qui ne veulent pas que leur bas de laine alimente la crise climatique », a commenté le collectif Sortons la Caisse du carbone.

Pour Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace Canada et membre de la coalition, la décision de la Caisse de sortir du pétrole est un bon signal, qui mettra de la pression sur les autres investisseurs. « Les marchés sont rendus là », constate-t-il.

L’objectif de la Caisse de réduire l’intensité carbone de son portefeuille de 60 % à l’horizon 2030 ne lui semble toutefois pas assez ambitieux. Teachers, la caisse de retraite des enseignants de l’Ontario à laquelle la Caisse de dépôt est souvent comparée, entend réduire de 67 % l’intensité carbone de son portefeuille, souligne Patrick Bonin.

De même, la décision de la Caisse de conserver et probablement d’accroître ses investissements dans le gaz naturel pour un avenir prévisible est une erreur, selon lui. « La Caisse, selon nous, erre et ne voit pas ce qui nous attend », dit le porte-parole de Greenpeace, en rappelant que même la très conservatrice l’Agence internationale de l’énergie estime qu’il ne faut plus accroître la production d’énergie fossile, pétrole ou gaz pour éviter une catastrophe climatique.

Greenpeace et la Coalition Sortons la Caisse du carbone entendent continuer de faire pression sur la Caisse de dépôt pour qu’elle abandonne les infrastructures comme les pipelines, les autoroutes et les aéroports qui contribuent à l’augmentation de la demande d’hydrocarbures.

Aller plus loin

En plus de travailler à réduire l’empreinte carbone de son portefeuille, la Caisse veut aider les entreprises les plus polluantes, mais encore essentielles à la transition énergétique, à améliorer leur bilan environnemental. Certaines de ces entreprises, comme les alumineries et les cimenteries, sont bien présentes au Québec.

Dix milliards seront investis à cette fin dans les entreprises qui auront pris des engagements vers le « net-zéro ».

« On va aider les entreprises qui sont les premières de classe, qui ont un plan clair, des objectifs précis », a précisé Charles Émond. Les mines, les plastiques, les carburants alternatifs et les engrais sont les secteurs visés.

« L’économie verte est construite avec des matériaux qui nécessitent une décarbonation », souligne la Caisse de dépôt, en donnant l’exemple d’une d’éolienne dont la base est en ciment, la tour en acier, les pales en fibre de verre, qui contient aussi du cuivre et de l’aluminium.

La Caisse de dépôt s’est dotée d’une première politique en matière d’environnement en 2017. Ses objectifs, peut-être parce qu’ils étaient modestes, ont été largement dépassés. « Le monde a changé et la situation se détériore plus rapidement, a noté son PDG. On ne peut plus seulement l’aborder avec les mêmes moyens qu’il y a quelques années. L’urgence d’agir nous pousse à aller plus loin, plus vite. »

Les déposants, les entreprises dans lesquelles la Caisse investit et les communautés devraient bénéficier de la nouvelle approche, selon M. Émond.

La Caisse a déjà lié une partie de la rémunération de ses gestionnaires à l’atteinte d’objectifs climatiques et elle s’engage à faire évaluer ses progrès chaque année par un audit externe.