La pénurie de main-d’œuvre étouffe les milieux de la restauration, des bars et de l’hôtellerie. Dans l’espoir de faire souffler les propriétaires d’établissement et leurs employés, l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ) et l’entreprise Alfred Celliers Intelligents ont mis sur pied une formation technologique gratuite.

Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

Baptisée Les technologies au service de la restauration, elle a pour but d’accélérer le virage numérique de ces industries. « L’ITHQ forme, mais a aussi un rôle de se projeter dans l’avenir », explique Liza Frulla, directrice générale de l’établissement. « Je suis convaincue que la pénurie de main-d’œuvre peut se régler avec la technologie. Il manquait 50 000 personnes avant la pandémie. Le gouvernement a payé pour requalifier les gens ailleurs. Là, on a un problème majeur partout. La technologie, l’intelligence artificielle nous permettront de compenser tout ce qui est répétitif, qui n’a pas de valeur ajoutée. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Liza Frulla, directrice générale de l’ITHQ

Les personnes de partout au Québec souhaitant s’inscrire pourront le faire à compter de ce lundi. La formation en ligne, qui comprend deux modules de 45 heures et 34 heures, commencera en octobre. Les cours seront donnés par des professeurs en gestion de l’ITHQ et des conférenciers invités. « J’ai longtemps travaillé dans le milieu de la restauration et j’aurais aimé avoir un tel programme, car on ne maîtrise pas toutes les technologies », raconte Ian Purtell, responsable du développement du contenu et de la programmation d’Alfred Celliers Intelligents. « C’est un beau perfectionnement tant pour les serveurs que pour les gérants, propriétaires, barmen et cuisiniers. Avoir de telles bases peut aider l’industrie. »

L'avantage des technologies

La mise sur pied de ce programme s’est concrétisée à la suite d’une aide gouvernementale de 3,5 millions accordée le printemps dernier à l’ITHQ pour soutenir le virage numérique des restaurateurs et des hôteliers au Québec. « Il y a un côté réfractaire à la technologie, admet Ian Purtell. C’est important de montrer l’avantage des technologies qui existent. »

Que ce soit pour les réservations, l’inventaire ou la gestion des plaintes, la maîtrise et l’utilisation optimale de certains logiciels peut rendre le travail plus agréable.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Danny St-Pierre, chef et restaurateur

L’un des plus grands problèmes de notre milieu est le manque d’humains.

Danny St-Pierre, restaurateur

« Il manque 100 000 immigrants, il y a bien des départs à la retraite, et 120 000 personnes sont sur la PCRE [Prestation canadienne de la relance économique]. On a besoin de gens et on doit leur donner des défis. La technologie va pouvoir nous aider. Un robot qui prend tes commandes en direct, par exemple, te fait sauver des dizaines de milliers de dollars et tu peux bonifier tes postes. Ton maître d’hôtel peut passer plus de temps à jaser avec un client régulier. Je suis un grand fan de ces solutions pour créer de bonnes conditions de travail. »

« L’employé peut se concentrer sur le client qui passe la porte, ajoute Ian Purtell. On évite toute tâche énergivore. Un restaurateur a de nombreux rôles. Il porte tous les chapeaux, et on lui demande de tout connaître sur le plan technologique. Là, on présente des outils informatiques et technologiques adaptés à ses besoins qui feront souffler son équipe. »

Danny St-Pierre se promet de s’inscrire à la formation « pour rafraîchir [ses] connaissances ». « J’espère que les gens vont embarquer », dit celui qui a dû fermer ses deux comptoirs Danny Pan Pizza récemment, faute de main-d’œuvre. « Il faut évangéliser un milieu où, dans bien des cas, on apprend sur le tas. C’est normal de faire un pas de côté en affaires. L’ITHQ offre une solution concrète. »