Face à la pénurie d’automobiles, les concessionnaires du Québec font preuve de créativité. Ils déploient de nouvelles façons de faire pour répondre aux nombreuses demandes des clients.

Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

Si certains concessionnaires affirment avoir un stock satisfaisant, beaucoup d’autres ont indiqué à La Presse avoir beaucoup moins de véhicules qu’à l’habitude. Chez Viau Ford, à Saint-Rémi, il ne restait que 43 véhicules le 21 juillet, comparativement à 150 ou 200 à pareille date l’an dernier. Chez Bourgeois Chevrolet de Rawdon, qui se décrit comme étant le plus grand vendeur d’automobiles électriques du Canada, il ne restait que sept véhicules invendus en réserve, par comparaison à la centaine habituelle. « Tout ce qui arrive est déjà vendu », a affirmé le directeur général, Hugo Jeanson.

« Comme tout le monde dans l’industrie, on est tributaires des pénuries qui font en sorte qu’on travaille avec un stock beaucoup moins grand qu’en temps normal », a aussi souligné Norman Hébert, président et chef de la direction du Groupe Park Avenue.

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En avril, 91 % des membres de la Corporation des associations de détaillants d’automobiles étaient inquiets des niveaux de stocks de véhicules neufs à court terme, selon un sondage mené par celle-ci.

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Chez Viau Ford, à Saint-Rémi, il ne restait que 43 véhicules le 21 juillet, par comparaison à 150 ou 200 à pareille date l’an dernier.

Tous les concessionnaires ne constatent cependant pas une diminution de leur stock. « Il y a des marques pour lesquelles la situation est, somme toute, très, très acceptable, a spécifié Mathieu Spinelli, président du Groupe Spinelli à Montréal. Certains constructeurs ont réussi à avoir certains fournisseurs ou à développer des réseaux parallèles », a-t-il ajouté.

« Si vous passez devant un grand concessionnaire, moi, je vous dis, s’il n’y a pas 300 véhicules, il n’y en a pas 1 », a aussi lancé à La Presse Robert Poëti, président de la Corporation des concessionnaires automobiles du Québec.

Commandes sur mesure

En ayant moins de véhicules en stock, les concessionnaires se tournent vers les commandes sur mesure, avec des délais de livraison qui vont de quelques mois à plus d’un an. « Ça dépend des modèles, mais pour certains des plus populaires, c’est entre 30 et 60 jours d’attente de plus qu’à la normale », indique Jean-Claude Gravel, propriétaire du Groupe Gravel (qui regroupe sept concessionnaires à Montréal, offrant des marques comme Toyota, Acura, Honda et Cadillac).

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La salle d’exposition du concessionnaire du Groupe Park Avenue, à Brossard. La livraison sur mesure, plus habituelle pour les marques haut de gamme, se fait davantage courante en temps de pénurie.

Pour les véhicules électriques vendus chez Bourgeois Chevrolet, le temps d’attente est d’environ trois mois, alors qu’auparavant, les véhicules en stock suffisaient à la demande. Pour « les autres véhicules, les Corvette, les gros camions, c’est un an, et ça peut aller jusqu’à deux ans pour les Corvette », détaille Hugo Jeanson.

La livraison sur mesure, plus habituelle pour les marques haut de gamme, demande de l’adaptation de certains concessionnaires. « Chez les constructeurs “communs”, on n’avait jamais vraiment besoin de commander les véhicules et d’attendre quatre ou cinq mois, sauf pour certains véhicules d’exception », explique-t-il.

Il croit que ce fonctionnement présente tout de même des avantages.

Ce que j’aime là-dedans, c’est que le client va commander exactement le véhicule qu’il veut, il ne fera pas de compromis [parce que le véhicule est sur place].

Hugo Jeanson, directeur général de Bourgeois Chevrolet

« L’autre chose, c’est que les véhicules ne restent pas en stock pendant un an, donc il n’y a pas de dommages dans la cour, liés au déneigement [par exemple] », ajoute M. Jeanson.

Seul bémol : les promotions mensuelles sur les prix des véhicules sont plus difficiles à prévoir, puisqu’elles s’appliquent lors de la livraison du véhicule, pas de sa commande. « Quand on commande le véhicule qui va arriver dans quatre mois, on connaît le prix du véhicule, mais pas les promotions du constructeur dans quatre mois », précise Hugo Jeanson.

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Le concessionaire du Groupe Gravel, à Verdun

Mettre de l’avant les véhicules d’occasion

Pour s’adapter à la pénurie, certains concessionnaires ont augmenté leur offre de véhicules d’occasion. Chez Viau Ford, à Saint-Rémi, une nouvelle certification de véhicules d’occasion Ford s’applique à des véhicules très récents, avec peu de kilométrage et en excellente condition. « [Cette certification] nous permet de faire mousser ces véhicules-là et de les financer avec des taux d’intérêt de 1,9 % à 3,9 %, alors que normalement ils sont de 5 % à 7 % », explique Pascal Sainte-Marie, propriétaire du concessionnaire.

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Pascal Sainte-Marie, propriétaire de Viau Ford à Saint-Rémi

Le virage vers les véhicules d’occasion a aussi été pris par le Groupe Park Avenue. « Ce qui est intéressant, c’est que le marché de la voiture d’occasion, pour les véhicules plus récents, est également en croissance. Là, on a plus de facilité à avoir du choix, confirme Norman Hébert, président. Nous, on a pris la décision en 2021 d’acheter le plus d’automobiles d’occasion possible, et là, on a des stocks en bonne quantité pour nos clients », ajoute-t-il.

Si certains détaillants croient que le problème va se résorber à l’automne, d’autres pensent qu’il faudra un an avant de revenir à la normale. « La situation s’améliore, selon les informations qu’on reçoit à la semaine de nos différents constructeurs, mais elle est serrée et ça va être une réalité pour 12 autres mois, probablement », soutient Norman Hébert. Rappelons qu’Intel, le géant américain de semi-conducteurs, a annoncé le 22 juillet que la pénurie de composants électroniques pourrait durer jusqu’en 2023.