(Montréal) Pour aider les restaurateurs à attirer des employés en cuisine, Québec devrait faciliter le partage des pourboires entre les serveurs et les autres employés, croit Éric Lefebvre, président et chef de la direction de Groupe d’alimentation MTY.

Stéphane Rolland La Presse Canadienne

Pour le moment un employeur ne peut partager les pourboires de ses employés sans leur appui unanime, déplore le dirigeant du franchiseur montréalais, en entrevue avec La Presse Canadienne, en marge de l’assemblée des actionnaires tenue jeudi. « On ne demande pas un partage 50-50, mais on aimerait pouvoir leur en donner un peu pour reconnaître leur contribution à l’expérience client. Ça permettrait de rendre les jobs en cuisine plus intéressantes. »

Cela représenterait aussi une forme de justice pour les employés en cuisine, selon M. Lefebvre. « Comme les serveurs, ils contribuent à l’expérience client, mais ne reçoivent pas de pourboire. Les serveurs sont aussi avantagés, car leur pourboire augmente en même temps que les prix. Ça crée une forme de déséquilibre. »

La semaine dernière, M. Lefebvre affirmait, lors d’une conférence avec les analystes, que MTY, qui est propriétaire de 80 marques, dont Sushi Shop, Thai Express, Tiki-Ming et Valentine, n’aurait pas le choix d’augmenter les prix inscrits à ses menus en raison de la pénurie de main-d’œuvre. En entrevue une semaine plus tard, le dirigeant dit qu’il est difficile de déterminer le nombre de postes à combler, mais il l’estime à « quelques milliers » au Québec seulement.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Éric Lefebvre, président et chef de la direction de Groupe d’alimentation MTY

Que répond-il à ceux qui croient que MTY n’a qu’à augmenter les salaires ? « C’est facile de dire ça, réagit-il. Ce n’est pas MTY qui paie, ce sont nos franchisés. Ils ont une capacité limitée de payer. Un moment donné le client va devoir payer, mais le client, lui aussi, a une capacité limitée de payer. Les marges sont basses dans le secteur de la restauration et le bénéfice est généré grâce au volume de ventes. »

M. Lefebvre n’adhère pas à l’idée que la Prestation canadienne d’urgence (PCU) est responsable des difficultés de MTY à trouver des employés, en décourageant les prestataires de travailler. « Il n’y a pas de preuves de ça, affirme-t-il. Je ne pense pas qu’il faille déshabiller Pierre pour habiller Paul. Il y a des personnes qui profitent de ce programme qui proviennent d’autres secteurs. Ce n’est pas si simple. »

Il espère toutefois qu’Ottawa reconduise la subvention salariale d’urgence sous une autre forme, car certains secteurs comme le tourisme et la restauration en ont encore besoin, selon lui. Cette aide a commencé à diminuer progressivement depuis le 4 juillet. Elle devrait cesser complètement en septembre 2021, à moins que le gouvernement Trudeau ne modifie ses plans.

Foire alimentaire et technologie

L’essor du télétravail soulève des questions sur la pérennité des foires alimentaires situées dans les centres commerciaux et les tours de bureaux. En entrevue, M. Lefebvre dit qu’il s’agit toujours d’un « beau modèle » d’entreprise, même s’il connaît des bouleversements sans précédent.

Si la situation est plus difficile dans les grands centres urbains comme Montréal et Toronto, l’achalandage dans les centres commerciaux en région et en banlieue reprend, précise-t-il. Pour le moment, les gens passent moins de temps en magasin, ce qui a une incidence négative sur les ventes des foires alimentaires. « Est-ce que les anciennes habitudes vont revenir ? Est-ce qu’il va falloir faire des changements ? On ne le sait pas encore. On a quand même des restaurants qui performent bien. Ça reste un modèle qu’on aime. »

Lors de l’assemblée des actionnaires, Groupe MTY a discuté de son intention de faire des investissements technologiques, notamment pour mettre ses sites transactionnels et ses programmes de fidélité au goût du jour. Le lancement de ces initiatives devrait avoir lieu dans les prochains mois, précise M. Lefebvre en entrevue.

La direction a profité de l’occasion pour faire le point sur une année difficile marquée par les mesures sanitaires. Seulement pour la période de trois mois terminée à la fin mai, la société a déploré la perte de 38 000 jours d’activités, soit le nombre de jours de fermeture multipliés par le nombre d’établissements fermés.

Les résultats du deuxième trimestre publiés la semaine dernière semblent toutefois avoir redonné confiance aux investisseurs. Depuis la publication des résultats, l’action s’est appréciée de 27,9 %. Pour la seule séance de jeudi, l’action clôturait en hausse de 1,20 %, ou 0,82 $, à 69,39 $.

Vishal Shreedhar, de la Financière Banque Nationale, compte parmi ceux qui croient que la tendance est plus favorable. Il a récemment bonifié sa recommandation de « performance de secteur » à « surperformance ». « Nous sommes plus optimistes en raison des progrès observés dans l’industrie, des améliorations opérationnelles et de la possibilité d’une acquisition ou de rachat d’actions. »

L’analyste pense que la société sera en mesure d’améliorer ses ventes comparables grâce à l’innovation et à l’analyse de données. « Si MTY réussit à démontrer que ses ventes internes peuvent croître de manière durable, elle pourrait mériter une évaluation plus élevée. »