L’engouement pour les voyages à l’étranger se fait à nouveau sentir. Il ne s’agit toutefois pas de départs immédiats, mais davantage pour des séjours au soleil prévus… à l’hiver 2022, voire à la semaine de relâche, en mars. Pendant ce temps, les agences, qui ne touchent pas de revenus tant que les clients n’ont pas effectué leur voyage et qui appréhendent la fin des programmes d’aide gouvernementale, s’inquiètent pour leur avenir financier.

Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

Bien que le gouvernement fédéral ait annoncé des assouplissements pour les voyageurs doublement vaccinés, les Québécois, qui semblent nombreux à vouloir s’envoler vers l’étranger, ont recommencé à réserver, mais semblent préférer attendre la saison froide avant de boucler leurs valises, observent les spécialistes du voyage. Certaines restrictions toujours en place, comme les tests et la quarantaine obligatoire pour les enfants, en dissuadent encore bon nombre.

Résultat, les agences jointes par La Presse confirment qu’elles sont débordées par les temps qui courent. Elles ne roulent toutefois pas sur l’or pour autant, ont-elles tenu à souligner. D’une part, elles doivent répondre aux demandes des clients qui prévoient déjà leur semaine sous les palmiers pour l’hiver. D’autre part, elles gèrent les dossiers de remboursement de ceux qui ont vu leur voyage annulé en raison de la COVID-19. Le hic, c’est qu’elles fonctionnent déjà à personnel réduit et que la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC) – qui permet de garder des gens à l’emploi – prendra fin en septembre.

« Les agences sont débordées en grosse partie parce qu’il y a un engouement pour les réservations », souligne Moscou Côté, président de l’Association des agents de voyages du Québec (AAVQ). « On a eu en mai-juin des demandes pour 2022. C’est un peu inhabituel. C’est plus tôt que d’habitude. Donc, c’est encourageant. Ça montre que les gens sont prêts à voyager. » Le Mexique, la République dominicaine et Cuba sont les destinations les plus prisées.

Mais quand je fais une réservation pour le mois de janvier, ça veut dire que je n’aurais pas cet argent-là avant le mois de février.

Moscou Côté, président de l’Association des agents de voyages du Québec

La situation inquiète également Fabrice Bozon, vice-président aux opérations de Voyages Bergeron. Si ses clients recommencent à partir en novembre ou en décembre et que la SSUC prend fin en septembre, il craint le pire. « De septembre à novembre, on va faire comment ? se demande-t-il. Ça inquiète toute l’industrie. C’est le dernier bout et s’il n’y a plus de subventions, ça va être catastrophique. »

Sur un total d’une soixantaine d’employés, seule une vingtaine travaillent actuellement chez Voyages Bergeron.

« Si la demande est forte à l’automne, on va devoir investir, faire rentrer du personnel, pour faire des ventes dont on va toucher les revenus plus tard, après 18 mois de fonctionnement à perte. C’est tout un exercice de jonglerie », ajoute pour sa part Justin Bordeleau, copropriétaire et vice-président de Voyages Arc-en-ciel, qui possède trois succursales dans la région de Trois-Rivières.

« C’est difficile pour les agences de réembaucher toute leur main-d’œuvre, ajoute Moscou Côté. Elles ont un problème de cash flow. Il faudrait vraiment que le gouvernement se penche sur une forme d’aide sectorielle. »

Au cabinet de la ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland, on rappelle que la subvention salariale a été prolongée jusqu’au 25 septembre. « Dans le cadre de nos accords avec les compagnies aériennes quant aux remboursements, notre gouvernement a également veillé à ce que les agents de voyage puissent conserver leurs commissions pour les vols qui ont été annulés au cours de la pandémie, et ce, sans qu’il y ait faute de leur part », a indiqué par courriel Katherine Cuplinskas, attachée de presse de la ministre. « Nous continuerons d’être là pour les Canadiens et les petites entreprises, y compris les agents de voyage, qui ont été particulièrement touchés pendant cette période difficile et sans précédent. »

Remboursements

En plus des réservations, les agences doivent gérer les demandes de remboursement. Rappelons que la semaine dernière, le ministre de la Justice et responsable de l’Office de la protection du consommateur, Simon Jolin-Barrette, et la présidente de l’Office de la protection du consommateur (OPC), Marie-Claude Champoux, ont annoncé que des milliers de personnes dont le voyage a été annulé en raison de la pandémie pourraient être dédommagées par le Fonds d’indemnisation des clients des agents de voyages (FICAV).

« Tout le monde veut se faire rembourser pour hier et quand vous avez trois fois moins d’employés, il faut être patient, soutient Fabrice Bozon. C’est énormément de volumes à gérer de remboursement, de refacturation. Les tour-opérateurs tournent avec la moitié moins [d’employés] comme nous. Ce sont des heures et des heures d’attente. »

Justin Bordeleau y voit toutefois un investissement à moyen et à long terme. « Une fois de plus, ce sont des ressources qu’on paie, sans avoir de revenus associés à ça, reconnaît-il. Par contre, c’est une façon de soutenir nos clients et, s’ils sont satisfaits de la façon dont on a géré leur remboursement, je crois que ce sont des clients qui vont revenir. »

Agences de voyages

Nombre de titulaires de permis d’agent de voyages au 1er mars 2020 : 775

Nombre de titulaires de permis en juillet 2021 : 670

Depuis le 1er mars 2020, il y a eu :

  • 34 nouvelles demandes de permis
  • 139 remises ou annulations de permis

Dans le lot, certaines agences ont fusionné. Parfois, l’Office de la protection du consommateur n’est avisé d’une fermeture que lors de la période de renouvellement du permis, qui a lieu tous les deux ans.

Source : Office de la protection du consommateur