Georges St-Pierre n’est pas seulement la vitrine du casino en ligne Bet99, qui inonde le petit écran de messages publicitaires pendant les matchs du Canadien de Montréal. L’ancien champion d’arts martiaux mixtes est aussi « investisseur » dans le site, selon son fondateur Douglas Honegger, ex-star du hockey olympique suisse qui préfère rester discrète.

Hugo Joncas
Hugo Joncas La Presse

Originaire de Montréal, cet homme d’affaires était le seul actionnaire inscrit de la société qui détient Bet99, a révélé La Presse le 24 mai dernier. La société, BQC Consulting GmbH, est suisse, mais Douglas Honegger a signé les documents d’entreprise « à Montréal », selon les registres de ce pays.

Douglas Honegger a refusé toutes nos demandes d’entrevue. Dans une mise en demeure que Bet99 a fait parvenir à La Presse le 18 mai, l’avocat Karim Renno affirme que l’entrepreneur « n’est pas propriétaire du site ».

Une entrevue diffusée en ligne le 29 avril laisse pourtant planer peu de doutes. L’intervieweur, qui rencontre des diplômés de la Herbert Business School de l’Université de Miami comme Douglas Honegger, le présente comme le « fondateur de Bet99, un nouveau site de paris sportifs en ligne installé au Québec ».

Écoutez l’entrevue

L’ancien joueur de la Ligue nationale de hockey suisse raconte à quel point son entente avec l’ancien champion d’arts martiaux mixtes est primordiale pour son plan d’affaires.

« Je savais que je pouvais m’associer à toutes les grandes marques du Québec, en commençant par Georges [St-Pierre] », dit-il.

Selon lui, l’ancien athlète, qui multiplie les apparitions télévisées pendant les matchs de hockey pour Bet99, est « le symbole de la province ».

Les gens lui font confiance, donc j’ai tout de suite su que je devais m’aligner sur lui et le placer sous les projecteurs, si bien qu’il est aujourd’hui investisseur dans l’entreprise.

Douglas Honegger, en entrevue avec l’intervieweur de la Herbert Business School de l’Université de Miami

Il explique comment il utilise la renommée de Georges St-Pierre pour s’emparer du marché du jeu d’argent en ligne local. « Le Québec est mon marché, dit l’ancien olympien de 1992. Certains le fuient ; moi, je m’y précipite. »

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM DE DOUGLAS HONEGGER

Le fondateur de Bet99, l’ancien hockeyeur olympique Douglas Honegger (à droite), pose avec son co-investisseur et porte-parole Georges St-Pierre sur son compte Instagram.

L’agent de Georges St-Pierre, Philippe Lepage, a ignoré nos messages sur sa boîte vocale et par courriel.

Douglas Honegger, dont la carrière suisse s’est brutalement interrompue en 1996 après une grave blessure à un genou, ne fait pas de mystère du modèle d’affaires des casinos en ligne. « Nous faisons de l’argent avec les pertes des joueurs », explique-t-il dans l’entrevue du 29 avril.

Risqué ?

Le Code criminel interdit clairement les jeux d’argent et de hasard et les paris. Un récent jugement de la Cour d’appel du Québec vient de confirmer que les casinos en ligne sont illégaux s’ils ne sont pas exploités ou autorisés par un organisme provincial comme Loto-Québec.

Consultez le jugement de la Cour d’appel du Québec

Comme les deux anciens athlètes refusent nos demandes d’entrevue, impossible de savoir s’ils pensent être à l’abri des poursuites, et pourquoi.

Les documents suisses sur BQC Consulting ont été modifiés le 31 mai, une semaine après les deux premiers articles de La Presse mentionnant Bet99. Un conglomérat anonyme, Hockey Holding AG, vient de remplacer Douglas Honegger comme actionnaire.

Consultez les documents sur BQC Consulting (en allemand)

Karim Renno refuse de dire qui est propriétaire de Hockey Holding. Dans une deuxième mise en demeure envoyée à La Presse le 10 juin, il dit que l’entreprise « n’entends pas répondre » [sic] à nos questions.

Illégal, confirme un jugement récent

Dans sa première missive, l’avocat affirmait qu’« il est tout à fait légal pour les Canadiens de placer des paris auprès d’un casino en ligne qui n’est pas basé au Canada et qui détient une licence valide ».

Par contre, la jurisprudence est claire : exploiter un site privé de casino en ligne est illégal au pays, tel que vient de le confirmer la Cour d’appel.

« Les jeux de hasard et d’argent offerts sur l’internet par le biais de sites opérés par des exploitants privés sont […] interdits au Canada », indique la décision, rendue le 5 mai.

IMAGE TIRÉE DU SITE BET99

Comme la plupart des casinos en ligne, Bet99 contient des salles virtuelles où de vraies croupières prennent les paris en direct pour les joueurs en ligne.

Un rapport produit en 2014 pour le gouvernement du Québec laisse aussi entendre que les exploitants d’un site étranger qui ciblerait des clients ici pourraient avoir affaire à la justice.

« Un tribunal pourrait […] conclure à une infraction au Code criminel contre un opérateur de jeu en ligne étranger si ce dernier dirige clairement son offre vers des joueurs canadiens », souligne le texte du Groupe de travail sur le jeu en ligne.

Par ailleurs, la licence que délivre la Kahnawake Gaming Commission pour Bet99 n’a aucune valeur légale aux yeux de Loto-Québec, seule entité responsable de réglementer le jeu en ligne dans la province.

« Nous voulons que les Québécois sachent que nous sommes le seul site légal et sécuritaire de jeux en ligne, avec des mesures de contrôle », a encore répété Lynne Roiter, alors PDG de Loto-Québec, le 27 avril 2021 devant la Commission des finances publiques du Québec.