(Washington) Le FMI a annoncé mardi une aide économique massive au Soudan, avec un allègement de dette de 50 milliards de dollars, qui consacre la sortie du pays africain de son isolement financier et politique, entamée avec le soutien de Washington après la fin de l’ère Omar El-Béchir.

Delphine TOUITOU Agence France-Presse

« Le montant attendu de l’allègement de la dette […] est de 50 milliards de dollars » sur environ trois ans, a indiqué Carol Baker, cheffe de mission du Fonds monétaire international responsable du Soudan lors d’une conférence téléphonique.

Cela représente quelque 90 % de la dette totale du Soudan.

Le processus d’allègement de la dette est désormais « irrévocable », a expliqué Mme Baker, soulignant que la vitesse à laquelle la dette de 50 milliards serait effacée dépendrait des autorités. « Cela peut être plus court, cela peut plus long », que les trois années, qui sont une moyenne, a-t-elle dit.

Cette annonce est un succès pour le premier ministre soudanais Abdallah Hamdok, arrivé au pouvoir après la chute de l’ancien président Omar el-Béchir, destitué après trente ans d’un règne sans partage, marqué par les conflits armés, une économie exsangue et de lourdes sanctions internationales.

Le gouvernement de M. Hamdok œuvrait depuis deux ans pour rétablir l’économie du pays et réintégrer Khartoum sur la scène internationale.

Carol Baker a souligné qu’en contrepartie de la réduction de la dette, les autorités se sont engagées à mettre en œuvre des réformes pour permettre « une croissance inclusive », réduire la pauvreté ou encore adopter « une bonne gouvernance ».

L’objectif est que le gouvernement gère « efficacement sa dette » et ne replonge pas dans la spirale de l’endettement.

Les autorités devront donc s’assurer de mener notamment une bonne gestion des finances publiques.

Historique

« Aujourd’hui est un jour historique à bien des égards », a poursuivi Carol Baker, alors que le Soudan est devenu le 38e pays à rejoindre les pays pauvres bénéficiant de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) du FMI et de la Banque mondiale.

La directrice générale du FMI Kristalina Georgieva et le président de la Banque mondiale David Malpass ont « félicité le gouvernement et le peuple soudanais pour leur travail acharné et leurs progrès vers cette étape remarquable ».

Dans le cadre de l’initiative PPTE, la dette du Soudan sera allégée de plus de 23 milliards de dollars, un montant exceptionnel, trois fois plus élevé que le précédent montant record.

D’autres initiatives d’allègement de la dette permettront d’effacer quelque 22 milliards supplémentaires.

Le FMI avait au préalable décidé d’effacer 1,4 milliard de dollars d’arriérés du Soudan.

Son conseil d’administration a en outre approuvé une aide de 2,47 milliards de dollars sur trois ans et trois mois.

« C’est un moment historique pour le Soudan et son peuple », a réagi mardi la secrétaire américaine au Trésor Janet Yellen, soulignant le rôle déterminant joué par Washington pour sortir Khartoum de l’isolement.

Les États-Unis ont en effet été un des premiers pays à soutenir la normalisation des relations du pays avec les institutions financières internationales, en accordant fin mars une aide financière au pays de 1,15 milliard de dollars.

Ce montant a permis au Soudan d’effacer ses arriérés envers la Banque mondiale, « sans frais pour les contribuables américains », a insisté mardi la secrétaire au Trésor.

Washington à la manœuvre

En avril, Washington avait organisé une table ronde virtuelle pour convaincre la communauté internationale de se rallier à la cause soudanaise.

Le sous-secrétaire au Trésor américain, Andy Baukol, et l’envoyé spécial américain pour le Soudan, Donald Booth, ainsi que des représentants de plus de 20 pays et du Club de Paris avaient alors pris acte de progrès dans le déploiement de réformes macro-économiques ouvrant la voie à la possibilité d’alléger la dette.

Le mois suivant, la France et l’Allemagne avaient annoncé effacer à leur tour la dette soudanaise.

Avant de quitter la Maison-Blanche, l’ex-président américain Donald Trump avait retiré fin 2020 le Soudan de la liste noire américaine des pays soutenant le terrorisme, synonyme pendant des décennies de sanctions et d’obstacles aux investissements internationaux.

Cette décision avait été prise moins deux mois après que ce pays arabe avait accepté de normaliser ses relations avec Israël.