Le PDG d’Investissement Québec, Guy LeBlanc, se défend d’être en conflit d’intérêts, alors que la société d’État a fait un prêt de 20 millions à un constructeur d’autobus électriques dont il était actionnaire jusqu’en 2019.

Hugo Joncas
Hugo Joncas La Presse

Ce prêt a ensuite été converti contre une participation de 1 % dans l’entreprise, soit des actions d’une valeur de plus de 43 millions, en date du 16 juin.

L’entreprise, la Compagnie Électrique Lion de Saint-Jérôme, a également reçu 100 millions en prêts à remboursement conditionnel (qu’on appelle familièrement prêts « pardonnables ») de Québec et Ottawa, comme annoncé en mars.

Investissement Québec (IQ) a accordé son prêt convertible de 20 millions en septembre 2020. Il a ensuite été converti en actions lors de l’entrée en Bourse de la société en mai 2021, après avoir produit 1,5 million en intérêts, souligne Patrick Gervais, vice-président aux communications de l’entreprise.

Bien qu’il n’ait pas à le faire, pour éviter toute perception de conflit d’intérêts, M. LeBlanc s’exclut de toute discussion concernant des décisions d’investissement visant la Compagnie Électrique Lion.

Isabelle Fontaine, porte-parole d’IQ

La porte-parole Isabelle Fontaine rappelle que son grand patron a vendu ses actions de Lion et quitté le poste d’administrateur qu’il occupait au sein de la société en avril 2019, « soit une semaine avant de prendre ses fonctions de PDG d’IQ ».

Le niveau d’actionnariat que Guy LeBlanc détenait dans Lion est « de nature confidentielle », dit la société d’État. La Presse a toutefois obtenu un document confidentiel de XPND Capital, l’un des principaux actionnaires de l’entreprise lors de son entrée en Bourse, datant du troisième trimestre de 2018. Il indique que Guy LeBlanc détenait alors directement 0,2 % de Lion, et que l’entreprise valait alors 113,5 millions. L’investissement de Guy LeBlanc valait donc environ 227 000 $.

Chez Lion, Patrick Gervais ne voit aucun problème dans le financement d’IQ. « Il y a des programmes d’aide comme pour n’importe quelle autre entreprise, on ne s’en cache pas, dit-il. Ce sont des prêts pour faire avancer l’entreprise, il n’y a aucun conflit d’intérêts pour M. LeBlanc. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Le premier ministre du Québec, François Legault, et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, en mars dernier, lors de l’annonce d’un investissement de 100 millions de dollars pour la construction d’une usine d’assemblage de batteries pour véhicules électriques de la Compagnie Électrique Lion.

« Monopole », dénoncent ses rivaux

Lion se retrouve au centre d’une controverse depuis le 8 juin. La Presse rapportait alors que les concurrents de Lion reprochent au gouvernement de lui offrir sur un plateau d’argent le monopole du marché des autobus scolaires au Québec.

En avril, le gouvernement a décrété l’obligation d’utiliser des autobus électriques pour faire du transport d’élèves. La mesure s’ajoute à un programme de subvention à l’achat de tels véhicules, mais seulement s’ils sont construits au Canada. Seuls les modèles de Lion et un minibus de son concurrent Girardin satisfont à ces critères.

« Le mot “monopole” décrit bien la situation. Il y a une orientation du marché en leur faveur qui est volontaire, dénonce Michel Daneault, vice-président des Autobus Girardin, en entrevue. La part de marché de Lion va passer de 1 % à 80 % ! »

Avec le maire de Drummondville et le patron d’un autre rival de Lion, Autobus Thomas, Michel Daneault a même fait une sortie le 15 juin pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « très grande iniquité ». Il ne veut toutefois pas commenter le prêt que son concurrent a reçu d’IQ. « Je ne pourrai pas commenter cet aspect-là du dossier. »