Si la pandémie accélère la numérisation du commerce, elle a aussi pour effet de compliquer encore plus la recherche d’employés qualifiés en technologie, une réalité qui frappe durement mdf commerce.

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

Le fournisseur de plateformes de commerce électronique de Longueuil tente de trouver un équilibre entre la gestion des coûts liés aux salaires et la nécessité de demeurer concurrentiel afin de profiter de la demande pour les solutions de commerce en ligne.

Un des effets « inattendus » de la pandémie a été son incidence sur la demande pour les talents en technologie, selon le grand patron de mdf commerce, Luc Filiatreault.

L’incidence de cette demande qualifiée d’« extraordinaire » pour les talents a contribué à une compression des marges. Elles ont fondu de moitié au cours de l’exercice, passant de 13,7 % à 6,8 %.

L’entreprise autrefois connue sous le nom de Mediagrif n’est qu’une des nombreuses entreprises québécoises qui cherchent des programmeurs et des ingénieurs en informatique.

« Il y a une guerre de talents incroyable. On s’arrache les employés », dit Luc Filiatreault en entrevue en marge de la divulgation de la performance de fin d’exercice de l’entreprise qu’il dirige.

« Les gens reçoivent des offres mirobolantes de grosses entreprises américaines. Je ne parle pas de nos concurrents ici. Je parle de banques et de grandes chaînes de magasins. Ils viennent chercher les programmeurs ici parce que les gens peuvent travailler de la maison. Ils se font offrir d’importantes augmentations et n’ont pas besoin de déménager », explique M. Filiatreault.

Si on ne veut pas les perdre, il faut égaler et même bonifier [ces offres], ce qui fait augmenter les coûts de main-d’œuvre de façon importante.

Luc Filiatreault, président et chef de la direction de mdf commerce

Pour l’aider à trouver du personnel qualifié, mdf commerce a récemment lancé des campagnes de recrutement à Sherbrooke, au Lac-Saint-Jean et même jusqu’à Kitchener, en Ontario. « Les gens travaillent de la maison, alors qu’ils soient à Kitchener ou à Laval ne change rien pour nous. »

L’entreprise s’est aussi tournée vers l’étranger et a fait appel ce printemps à une agence en Ukraine pour l’aider à trouver des ingénieurs. Mdf commerce avait déjà un bureau avec une douzaine d’employés à Kiev. Ce nombre est appelé à augmenter à 50 ou 100 personnes. Et les gens en Ukraine travaillent comme s’ils étaient ici, au Québec.

S’il y avait du monde ici, je le prendrais. C’est simplement parce qu’on n’en trouve pas.

Luc Filiatreault

« Ça va nous permettre de recommencer à accélérer la croissance parce qu’on a présentement plus de travail qu’on est capables d’en faire. Les clients sont là. C’est un peu comme si tu veux te faire bâtir un patio en bois : trouver un entrepreneur et du bois ces temps-ci, c’est impossible. »

La clientèle de mdf commerce est en grande partie américaine, européenne et canadienne. « Je ne suis pas certain qu’on génère 10 % de nos revenus au Québec », précise Luc Filiatreault.

Pour l’instant, le PDG n’a pas l’impression de perdre d’occasions parce que les concurrents ont le même défi à relever, dit-il. « On pourrait augmenter encore plus la croissance si on avait assez de monde. On n’est pas payés pour prendre des commandes, mais pour livrer et faire fonctionner des systèmes. »

Transformation numérique

La direction de mdf commerce soutient que la demande pour des programmeurs et des développeurs s’est multipliée de façon « exponentielle », atteignant des niveaux « jamais vus », alors que les entreprises cherchent à accélérer leur transformation numérique et à développer leurs capacités en matière de commerce électronique.

Même si la pandémie commence à s’estomper, la direction croit que les tendances favorisant le commerce en ligne devraient se poursuivre dans un avenir prévisible au fur et à mesure que les entreprises continuent de mettre à jour et de moderniser leurs infrastructures de commerce.

Les revenus de mdf se sont élevés à 22 millions durant les trois premiers mois de l’année. Conséquence directe de la hausse des coûts liés aux salaires, une perte nette de 12 cents par action – deux fois plus importante que prévu – a été générée durant le trimestre. Les analystes s’attendaient à une perte par action de 5 cents.

En réaction aux résultats, l’action de mdf commerce a cédé 5,5 % jeudi, pour clôturer à 10,02 $, à la Bourse de Toronto. Après une année boursière flamboyante l’an passé, le titre a maintenant perdu plus de 40 % de sa valeur depuis son sommet de février.