« Il n’y a pas beaucoup d’options sur le marché », selon Mobilité électrique Canada

Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

(Ottawa) Postes Canada souhaite accélérer son virage vert. La société d’État veut électrifier son parc de 13 000 véhicules. Mais aucun fabricant n’offre encore au Canada de véhicules électriques pouvant répondre à ses besoins.

La situation est telle que Mobilité électrique Canada estime qu’il faut lancer une nouvelle chaîne de production de véhicules de distribution au pays pour répondre à l’immense demande qui se profile à l’horizon au Canada, voire à l’échelle du continent nord-américain.

Car aux États-Unis, l’administration démocrate a également la ferme intention de mettre les bouchées doubles pour accélérer la transition vers l’électrification des transports. Le président Joe Biden a d’ailleurs signé ce printemps un décret exigeant l’élaboration d’un plan stratégique afin de convertir l’imposant parc automobile du gouvernement américain, qui compte quelque 645 000 véhicules, en véhicules zéro émission. En principe, cela comprend les 200 000 véhicules du U.S. Postal Service, même si la société d’État est gérée de manière indépendante.

Le décret a eu pour effet de mettre en suspens un contrat accordé en février à Oshkosh Defense visant à remplacer le parc vieillissant du U.S. Postal Service. Ce contrat d’achat de 165 000 nouveaux véhicules prévoyait qu’à peine 10 % d’entre eux seraient électriques, au grand dam d’élus démocrates de l’Ohio et de la Californie. Et le fabricant de camions électriques Workhorse Group conteste aussi la validité du contrat de 10 ans accordé à Oshkosh Defense, évalué à 6 milliards US.

À l’heure actuelle, Postes Canada compte seulement 850 véhicules hybrides électriques. Un projet pilote visant à mettre à l’essai des véhicules électriques fabriqués par la société européenne eStar au début des années 2010 à Vancouver est resté sans lendemain.

Mais la pression s’accentue sur la société d’État. « Nos efforts pour réduire notre empreinte environnementale incluent l’essai de véhicules électriques à batterie, de véhicules hybrides électriques et de véhicules à deux moteurs qui utilisent des carburants de remplacement (propane et gaz naturel comprimé). Avec le déploiement de 350 nouveaux véhicules hybrides électriques en 2020, en plus des 500 déployés en 2019, nous faisons des pas dans la bonne direction pour rendre notre parc d’environ 13 000 véhicules plus écologique », a indiqué Philipe Legault, directeur des relations avec les médias chez Postes Canada.

Carboneutralité d’ici 2050

La société d’État doit publier sous peu son plan d’action environnemental qui contiendra les priorités, les objectifs et les cibles en matière d’environnement ainsi que les mesures qui seront prises pour réduire l’empreinte écologique.

À l’instar du gouvernement Trudeau, Postes Canada vise la carboneutralité d’ici 2050. Et un parc de véhicules moins polluants est indispensable pour atteindre cet objectif.

L’an dernier, Postes Canada est devenue membre de Mobilité électrique Canada afin d’accélérer son virage vert. « Postes Canada veut trouver des solutions, explique Daniel Breton, PDG de l’organisation. On travaille ensemble pour voir comment on peut aider Postes Canada et le gouvernement du Canada dans son plan vert. »

« Mais le problème est fort simple. Postes Canada a beau vouloir, en ce moment, dans cette catégorie de véhicules, il n’y a pas grand-chose de disponible, ajoute M. Breton. Il y a des voitures électriques. Il commence à y avoir des camions lourds. Mais entre les deux, il n’y a pas beaucoup d’options sur le marché. Et les constructeurs sont submergés.

« Ford et GM seront capables de construire des camions de livraison. Des compagnies en Europe, en Asie peuvent en fabriquer aussi. Mais tout cela ne se fait pas en 2021. Postes Canada veut bien, mais pour le moment, c’est difficilement disponible. On est vraiment dans les balbutiements de ce segment de véhicules. »

Il faut envisager la production locale de ces véhicules. Mobilité électrique Canada entend proposer cette piste au gouvernement Trudeau et aux fabricants de véhicules. « Comme le veut le proverbe, un problème représente aussi une opportunité, dit M. Breton. Il faut se demander s’il ne faut pas nous relever les manches et en fabriquer nous-mêmes ici. Il y a un marché à exploiter. C’est une occasion en or. »

Accélérer le pas

Durant la dernière campagne électorale, le Nouveau Parti démocratique (NPD) avait annoncé, de concert avec le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, des mesures pour réduire l’empreinte environnementale de Postes Canada, notamment l’électrification de son parc automobile.

Selon le chef adjoint du NPD, Alexandre Boulerice, il est temps que Postes Canada accélère le pas, d’autant que d’autres sociétés d’État sont passées à l’action il y a quelques années, notamment la Deutsche Post, la poste allemande, qui a développé et commencé à construire des camionnettes électriques dès 2016 pour remplacer ses 70 000 véhicules.

« Le plan d’électrification de Postes Canada date de 2011, dit M. Boulerice. On a perdu 10 ans. Si les compagnies comme Lion ne peuvent produire ce véhicule en ce moment, il faut profiter de l’occasion pour investir afin que les chaînes de production soient adaptées aux besoins de taille moyenne pour répondre à ceux de Postes Canada. À lui seul, c’est un carnet de commandes de 12 000 véhicules. On ne parle que de Postes Canada. Mais il y a aussi les Purolator, UPS ou FedEx qui voudront prendre le virage électrique. C’est un bon investissement. »