L’Office d’investissement du Régime de pension du Canada est un des principaux actionnaires de Calpine, le producteur d’énergie américain qui finance le mouvement d’opposition au projet de ligne de transport d’Hydro-Québec vers le Massachusetts.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Un fonds d’investissement canadien qui cherche à torpiller un projet d’énergie verte aux États-Unis, c’est assez particulier, a dénoncé la PDG d’Hydro-Québec, Sophie Brochu, lors de son passage en commission parlementaire la semaine dernière.

Mme Brochu s’est plainte officiellement auprès de la direction de l’Office d’investissement du Régime de pension du Canada, aussi appelé Investissement RPC, dont le siège social est à Toronto. « J’ai commencé à faire des téléphones, a-t-elle dit, et il y a des téléphones qui vont se faire à de gros messieurs aux États-Unis. »

Calpine est un des plus importants bailleurs de Mainers for Local Power, le comité qui a réuni suffisamment de signatures pour forcer un référendum en novembre prochain sur le projet de ligne de transport qui doit traverser cet État pour relier le Massachusetts.

Calpine, NextEra et Vistra Energy « ont payé des gens à 35 $ l’heure pour aller récolter des signatures », a précisé Sophie Brochu.

La PDG d’Hydro-Québec estime que le temps est venu de se défendre plus vigoureusement contre ces entreprises gazières qui mènent une campagne « extraordinairement agressive » contre la société d’État.

Hydro-Québec est une maison qui fait les choses de façon élégante, mais ma patience arrive à la limite.

Sophie Brochu, PDG d’Hydro-Québec

Hydro-Québec est accusée de s’immiscer dans le processus électoral du Maine pour avoir financé avec son partenaire Central Maine Power un comité d’action politique pour promouvoir son projet de ligne de transport. Dans une lettre à La Presse, le sénateur républicain Richard Bennett a affirmé que l’intervention d’une entreprise étrangère est « démocratiquement inacceptable ».

« On nous accuse de nous immiscer dans un processus électoral, mais ce n’est pas un processus électoral. C’est un processus commercial », soutient de son côté Sophie Brochu.

Calpine et les autres grands producteurs d’électricité à partir de gaz naturel voient leur modèle d’affaires fondre et sont prêts à tout pour contrer le projet, estime-t-elle. Ils ne craignent ni l’éolien ni le solaire (qui sont des énergies intermittentes), mais Hydro-Québec arrive avec une offre d’énergie ferme, ce qui change complètement la donne pour eux.

Pas plus facile avec New York

Hydro-Québec a aussi des visées sur le marché de New York, qui veut conclure le même genre de contrat à long terme que le Massachusetts. Même si le Québec et l’État de New York ont une frontière commune, ce ne sera pas plus facile pour autant, prévoit Mme Brochu, parce que les mêmes opposants seront là pour lui mettre des bâtons dans les roues.

Calpine est un producteur d’électricité établi à Houston, au Texas, qui exploite des centrales au gaz naturel en Nouvelle-Angleterre, notamment dans les États de New York, du Massachusetts et au Maine.

Investissement RPC, qui est l’équivalent de la Caisse de dépôt dans le reste du Canada, n’a pas voulu faire de commentaires sur le projet d’Hydro-Québec. L’office d’investissement du Régime de pension du Canada est devenu un des principaux actionnaires de Calpine en 2017 dans le cadre d’une transaction de 5,8 milliards US. Il gère un actif de 475,7 milliards.

La tenue du référendum de novembre et les autres obstacles de nature politique qui pourraient se dresser sur le chemin font que l’échéance de 2023 prévue pour le début des livraisons d’électricité à Boston est incertaine, même si le projet de ligne de transport a obtenu toutes les approbations réglementaires requises.