Après de longs mois d’un inquiétant silence pour les acteurs de l’industrie aéronautique québécoise – durement frappés par la pandémie et la crise du transport aérien – le gouvernement fédéral vient finalement de leur accorder dans son budget de lundi un soutien financier de 1,75 milliard sur sept ans, destiné principalement à leur transformation technologique et à la transition verte. Un vent d’air frais bien accueilli par une industrie qui en a bien besoin.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Au bout du fil, le ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, est, fidèle à son habitude, volubile.

C’est son ministère, par le Fonds stratégique pour l’innovation, qui sera responsable de participer au financement de projets qui permettront aux grandes entreprises du secteur de l’aéronautique de réaliser leur virage vert, une transformation obligée qui se déploie à l’échelle mondiale.

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie du Canada

« On est déjà en discussion avec plusieurs entreprises du secteur et des projets seront bientôt annoncés. On veut que l’industrie aéronautique québécoise conserve son statut de leader mondial et sa force d’attraction de talents et d’investissement », précise M. Champagne.

Essentiellement, Ottawa mettra des fonds à la disposition des grands donneurs d’ordres de l’aérospatiale tels que Pratt & Whitney, CAE, Bombardier et Bell Helicopter, pour réaliser des projets de transformation afin de rendre leurs produits plus écologiques.

On souhaite également participer aux investissements innovants, comme l’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus de fabrication des produits des grands manufacturiers.

Le ministre n’a pas voulu le confirmer, mais des projets de transformation vers la propulsion hybride et électrique sont déjà en bonne voie d’être annoncés par les entreprises Pratt & Whitney et CAE, ai-je appris.

« On parle de projets importants puisque les fonds que nous allons investir vont l’être conjointement avec le gouvernement du Québec et les entreprises. Les 1,75 milliard de dollars du Fonds stratégique pour l’Innovation vont se transformer en investissement de 5, 6 ou 10 milliards », anticipe François-Philippe Champagne.

Le ministre souhaite que l’industrie aéronautique réalise la même conversion que celle que vit l’industrie automobile avec son virage électrique. Les engagements du Canada et des autres grands pays industrialisés à réduire leur empreinte carbone forcent cette transformation.

Suzanne Benoît, présidente d’Aéro Montréal, la grappe de l’aéronautique montréalaise, abonde dans le même sens. La préoccupation environnementale est devenue un enjeu central depuis plus d’une dizaine d’années pour l’ensemble de l’industrie aéronautique mondiale.

Le virage vers le moteur optimisé à propulsion hybride est bien engagé, tout comme le développement des biocarburants et la transformation prochaine des fuselages et des ailes en une seule composante, souligne la PDG.

Fabricants et fournisseurs

« Nos grands donneurs d’ordres ont des projets de transformation et le soutien financier du gouvernement fédéral arrive à point et est bienvenu », souligne Suzanne Benoit.

L’aide fédérale annoncée dans le budget de Chrystia Freeland ne se limitera pas aux seuls projets transformationnels des grands donneurs d’ordres de l’industrie.

Le gouvernement appuiera aussi leurs fournisseurs, les dizaines de PME de l’aéronautique, qui pourront obtenir du financement à partir d’un fonds de relance de 250 millions constitué par la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly.

Ce programme géré par Développement économique Canada vise à permettre aux PME de hausser leur productivité et d’optimiser leurs activités en numérisant et en automatisant davantage leurs procédés industriels.

« Il faut que les chaînes d’approvisionnement puissent répondre aux nouveaux procédés que vont implanter les donneurs d’ordres. Ils vont réduire leur empreinte carbone, réduire le poids des matériaux, réduire la consommation de carburant. »

Le programme d’aide à la relance de 250 millions sera utile. Il faut que les PME du secteur soient en mesure de participer aux projets des grands constructeurs, qu’ils aient les outils technologiques adéquats afin que l’on reste un chef de file mondial de l’aéronautique. Ce que je leur dis, c’est : pensez rapidement et soyez ambitieux.

François-Philippe Champagne, ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie

Le soutien financier total de 2 milliards que vient d’annoncer le gouvernement fédéral est destiné à l’ensemble de l’industrie aérospatiale canadienne, mais Suzanne Benoît est d’avis que les entreprises québécoises réussiront à obtenir leur juste part des fonds disponibles.

« Le Québec représente 70 % de la zone d’innovation canadienne, c’est ici que se font 70 % de la recherche et du développement dans le secteur de l’aéronautique au pays, on devrait donc obtenir ce pourcentage du Fonds stratégique pour l’innovation.

« Mélanie Joly est la ministre du Développement économique responsable du programme DEC de relance de 250 millions. Elle est de Montréal et connaît les entreprises du secteur. Là aussi, nos PME devraient pouvoir en profiter correctement », évalue avec raison la PDG d’Aéro Montréal.