Pénalisée par sa sous-exposition aux titres technologiques, la Caisse de dépôt a décidé d’augmenter ses participations dans Amazon et Facebook dans l’année où leur valorisation a atteint un sommet.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

La Caisse a dévoilé son volumineux rapport annuel jeudi. Outre le détail de ses résultats financiers – les faits saillants ont été dévoilés en février dernier –, on y trouve des renseignements précis sur la rémunération de la direction, les dépenses d’exploitation, la gestion du risque et la ventilation de ses investissements entreprise par entreprise.

La section détaillée sur les participations de la Caisse dans les sociétés cotées figure dans le document intitulé Renseignements additionnels.

En consultant celui-ci, on se rend compte que la Caisse a presque réduit de moitié sa participation dans Apple en 2020 et qu’elle a taillé son avoir dans Alphabet, maison-mère de Google, de même que dans Microsoft. L’appréciation phénoménale du cours de ces deux actions en 2020 fait néanmoins en sorte que la valeur des participations de la Caisse dans ces deux géants technologiques reste à la hausse sur un an (voir tableau).

Avec un rendement annuel de 7,7 % en 2020, la Caisse a obtenu un résultat inférieur de 1,5 point de pourcentage par rapport à son indice de référence en 2020 en raison d’une surexposition aux centres commerciaux au Canada et d’une sous-pondération dans les titres du GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft).

Son portefeuille marchés boursiers a en effet sous-performé par rapport à son indice de référence, étant « moins exposé aux grands titres technologiques », lit-on dans le rapport annuel. En fait, huit titres technos incluant les GAFAM, Tesla et d’autres ont été responsables de 70 % des gains réalisés par l’indice S&P 500 pour l’ensemble de l’année.

Déjà l’été dernier, la Caisse avait reconnu que sa sous-exposition aux titres technologiques cotés posait problème. En téléconférence en août, le grand patron, Charles Emond, avait indiqué qu’il allait corriger le tir. « La technologie est là pour de bon. Il faut faire de la place à des titres de croissance qui ont bénéficié [de l’élan des marchés boursiers] dans les dernières années », avait-il alors convenu.

Le rapport annuel permet de constater les avancées de l’institution à ce chapitre. Outre la hausse de valeur de ses participations dans quatre des cinq titres du GAFAM, la Caisse a également racheté en 2020 des actions de Tesla (+ 17 736 actions), d’Alibaba (+ 4,7 millions d’actions) et de la canadienne Shopify.

Un document de la Securities and Exchange Commission indique que le plus important investisseur institutionnel du Québec a acheté un bloc de 155 567 actions de Shopify durant les trois derniers mois de 2020, nous avait appris le collègue Richard Dufour en février dernier.

Liquidation d'ExxonMobil

Ce n’est pas d’hier que la Caisse se montre tiède à l’égard des GAFAM, comme La Presse l’avait exposé dans un article en juillet 2019.

Au 31 décembre 2019, la Caisse de dépôt était investie plus lourdement dans la société pétrolière américaine ExxonMobil (782 millions de dollars) que dans Amazon, Apple et Facebook réunies (691 millions).

Ce n’est plus le cas au 31 décembre 2020. Le gestionnaire d’actif a en effet liquidé 78 % de ses actions d’Exxon en cours d’année, une année marqué par la dégringolade des cours des titres pétroliers.

À sa décharge, la Caisse obtient beaucoup de succès dans ses investissements dans des sociétés technologiques à capital fermé. Par exemple, elle était actionnaire de Nuvei et de Lightspeed avant qu’elles ne s’inscrivent en Bourse. La Caisse a d’autres futurs fleurons en portefeuille. Fin mars, c’était au tour de Dialogue, entreprise montréalaise de télémédecine, de faire le saut avec fracas en Bourse.