Le gouvernement Legault n’est pas chaud à l’idée de tenir un Grand Prix de F1 à Montréal à huis clos en pleine pandémie, en juin prochain. Surtout si les gouvernements doivent ajouter 6 millions de plus. Mais il est aussi inquiet à propos de l’avenir à long terme du Grand Prix s’il n’a pas lieu pour la deuxième année de suite en raison de la pandémie.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

« L’inquiétude qu’on a, c’est que si on n’a pas le Grand Prix en 2021, qu’arrive-t-il avec notre entente 2022-2029 ? », a dit le premier ministre du Québec, François Legault, mardi en point de presse.

Les gouvernements ont pourtant une entente avec la F1 pour présenter la course à Montréal jusqu’en 2029. L’an dernier, la course n’avait pas été présentée en raison de la pandémie. En vertu de cette entente, Ottawa, Québec et Montréal paient 18,7 millions par an aux propriétaires de la F1 (Liberty Media) pour avoir le droit de présenter la course. Cette année, si le Grand Prix se déroule à huis clos, la F1 demande 6 millions de plus pour couvrir les dépenses d’organisation du promoteur local, le Groupe de course Octane, qui ne pourra pas compter sur ses revenus habituels sur le site (billets, boissons, nourriture). La F1 avait donné jusqu’à lundi dernier aux gouvernements pour prendre une décision, sinon la course pourrait se tenir cette année en Turquie.

Je vous avoue que si ça ne remettait pas en question les années suivantes, je ne vois pas pourquoi on a besoin de ça [le Grand Prix] cette année.

François Legault, premier ministre du Québec

«On [la F1] nous dit que parce qu’il n’y a pas de spectateurs, il faudrait une compensation financière du gouvernement alors qu’on a déjà beaucoup donné, poursuivi le premier ministre. Parce que n’oublions pas que le Grand Prix est l’évènement qui a à peu près le plus de vraies retombées économiques, parce que c’est de l’argent de l’étranger qui est dépensé au Québec. On s’assure toujours que l’aide donnée est inférieure aux vraies retombées économiques pour le Québec. C’est tout ça qui est discuté. Il n’y a pas encore de conclusion. »

Dans une année normale où des spectateurs assistent au Grand Prix du Canada, l’évènement génère des retombées fiscales de 8,1 millions pour Ottawa et Québec, et des retombées économiques de 42,4 millions de dollars au Québec, selon la méthode de calcul utilisée par le ministère du Tourisme du Québec. Environ 52 % des touristes qui viennent pour le Grand Prix sont de l’extérieur du Québec. Ces chiffres sont ceux de l’édition 2015 du Grand Prix (ils n’ont pas été mis à jour publiquement depuis).

La réponse d’Ottawa attendue sur la quarantaine

La F1 attend aussi une réponse de la part d’Ottawa et de Québec en ce qui a trait aux mesures sanitaires. Québec a donné une première réponse mardi midi : la Santé publique estime qu’il est possible de tenir le Grand Prix à huis clos. « Il y a moyen de le tenir en termes de santé publique avec des mesures et des protocoles bien avisés », a dit le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, en point de presse.

L’enjeu sanitaire le plus épineux, celui de la période de quarantaine des 1600 personnes qui arriveraient de l’étranger pour le Grand Prix (pilotes, personnel des équipes et de la F1), n’est toutefois pas réglé. Ce sont les autorités sanitaires fédérales qui prendraient cette décision.

La F1 demande une quarantaine réduite avec un concept de bulle, puisqu’il y a une course à Bakou, en Azerbaïdjan, le 6 juin, soit sept jours avant le Grand Prix du Canada (du 11 au 13 juin). Les autorités sanitaires québécoises discutent actuellement avec les autorités sanitaires fédérales à ce sujet.

En raison des risques sanitaires, l’opposition libérale à Québec doute qu’il soit sage de tenir le Grand Prix à Montréal. « Ce serait un énorme problème que de déplacer 2000 personnes, ça enverrait un message assez particulier à la population, a dit la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade. Cela dit, on va laisser les autorités [sanitaires] répondre, mais elles vont devoir répondre à beaucoup de questions si on décide d’aller dans cette voie. » Mme Anglade estime « qu’il y a moyen [pour les gouvernements] de gérer ça pour que la F1 reste » à Montréal à long terme.

Québec solidaire estime que le gouvernement du Québec ne devait pas verser la somme supplémentaire de 6 millions demandée pour dédommager le promoteur local du Grand Prix en raison des retombées économiques « incertaines » cette année, sans les touristes et les spectateurs. Le Parti québécois n’a pas pris position, sauf pour préciser que l’enjeu est « très complexe ».