(Ottawa) La pénurie de main-d’œuvre frappe tous les secteurs d’activité et n’épargne aucune région du Québec. Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) lance un cri d’alarme. Sondage à l’appui, il déplore que la moitié des entreprises qu’il représente aient refusé des contrats parce qu’elles sont incapables de trouver la main-d’œuvre requise.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Pour le président et chef de la direction du CPQ, Karl Blackburn, la situation est critique. Il implore les autorités gouvernementales à Québec et à Ottawa de redoubler d’efforts pour remédier à la situation.

« On savait que les chiffres étaient terribles, mais on comprend maintenant que c’est une catastrophe. Une entreprise sur deux a refusé des contrats à cause du manque de main-d’œuvre, et la situation empire », affirme M. Blackburn à La Presse.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Karl Blackburn, président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec

Au moment où les divers ordres de gouvernement fignolent des plans de relance qui seront mis à exécution dès que la pandémie de COVID-19 sera terminée, le CPQ a pris le pouls des entreprises qui sont membres de son organisation entre le 29 mars et le 5 avril afin de chiffrer les conséquences économiques de la pénurie de main-d’œuvre.

Les résultats du coup de sonde sont sans équivoque : une forte majorité (93,7 %) des 430 répondants au sondage considèrent avoir des difficultés à trouver de la main-d’œuvre. Et ce constat est observable dans tous les secteurs d’activité et frappe toutes les régions du Québec.

Ce sont aussi de bons emplois qui ne trouvent pas preneur. Dans la grande région de Montréal uniquement, 52 % des répondants affirment qu’il s’agit d’emplois essentiellement spécialisés et 37 % indiquent qu’ils ne peuvent pourvoir à la fois des postes spécialisés et non spécialisés.

Investissements retardés

Autre donnée inquiétante, 45 % des répondants dans l’ensemble du Québec affirment avoir retardé des projets d’investissements à cause de la rareté de la main-d’œuvre.

Quelle option les autorités doivent-elles privilégier pour s’attaquer à ce problème ? Dans l’ensemble de la province, la majeure partie des répondants (52 %) estiment qu’il faut privilégier le recours à l’immigration comme principale solution. Pas moins de 18 % croient qu’il faut soutenir davantage la formation au sein des entreprises, tandis que 17 % indiquent qu’il faut mettre l’accent sur l’innovation et la robotisation.

À la lumière de notre sondage, on se rend bien compte que l’immigration est incontournable pour combler les emplois vacants. À cet effet, pour aider concrètement les employeurs, il faut augmenter l’immigration de type économique et réduire les délais de traitement des dossiers.

Karl Blackburn, président et chef de la direction du CPQ

La Presse a rapporté il y a deux semaines qu’un travailleur qualifié qui fait une demande pour s’installer au Québec dans la catégorie immigrant économique doit s’armer de patience. Le traitement de sa demande par le ministère fédéral de l’Immigration prendra en moyenne 27 mois – quatre fois plus de temps qu’un travailleur qui fait la même demande en provenance des autres provinces (six mois).

À Ottawa, le bureau du ministre de l’Immigration, Marco Mendicino, a indiqué que cet écart s’explique essentiellement par les choix du gouvernement Legault en matière d’immigration.

Tel qu’il l’avait promis en campagne électorale, le gouvernement Legault a abaissé le nombre d’immigrants qui peuvent s’installer au Québec depuis son arrivée au pouvoir. Ainsi, le nombre d’immigrants admis est passé de 51 118 en 2018 à 40 546 en 2019. En 2020, il tablait sur un objectif de 44 500 immigrants. Mais la pandémie a chamboulé les plans. Seulement 25 195 nouveaux arrivants ont été admis. Cette année, on vise un niveau d’immigration permanent de 44 500 à 47 500 personnes. Sauf que l’abaissement des seuils a eu l’effet d’un goulot d’étranglement sur le traitement des demandes.

Rappelons que le Québec dispose de certains pouvoirs dans ce domaine depuis la signature de l’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration, au début des années 1990.

Reste que ces longs délais qui frappent les demandes en provenance du Québec irritent au plus haut point les gens d’affaires de la province. D’autant que la pénurie de main-d’œuvre est encore plus importante qu’avant la pandémie. Selon le Conseil du patronat du Québec, on dénombre au moins 150 000 postes vacants au Québec à l’heure actuelle.