Le groupe Solotech, qui a été notamment responsable sonore et scénique des tournées des Rolling Stones, de Paul McCartney, de Lady Gaga et de Céline Dion, a été fortement ébranlé par la mise sur pause forcée de tout le secteur de l’événementiel à l’échelle mondiale. Le fournisseur de matériel sonore et scénique a toutefois profité de la crise pour mettre sur pied deux nouvelles divisions dans le domaine de la diffusion et du commerce en ligne. Son PDG, Martin Tremblay, nous explique le cheminement de l’entreprise et sa transformation.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Comme toutes les entreprises liées au monde du spectacle en direct et de la tournée, vous avez été forcés de stopper vos activités liées à l’événementiel depuis plus d’un an maintenant. Comment avez-vous absorbé le choc ?

Solotech est une entreprise très résiliente. On a pu s’en rendre compte… C’est certain que la fin des spectacles en direct nous a obligés à rapatrier toutes nos équipes qui étaient en tournée à travers le monde. Ç’a été la fin aussi de toutes nos activités événementielles, comme les congrès, les salons, les conférences où on assurait l’éclairage, le son, l’habillage des scènes.

Ces activités représentent 45 % de nos revenus, on s’est donc repliés sur notre plus grand secteur d’activité, qui est l’intégration de systèmes audiovisuels. On a continué à travailler dans les stades, les arénas, les hôpitaux, partout où on installe des équipements audiovisuels, cette activité a recommencé avec la construction au Québec, mais n’a jamais arrêté aux États-Unis où on est très actifs.

Nos revenus, qui étaient de 450 millions en 2019, sont tombés à 250 millions en 2020, mais on a réussi à stabiliser l’entreprise. Avant la pandémie, on avait 1500 employés dans le monde, dont 600, à Montréal. Aujourd’hui, on est revenus à 1200 employés, dont 530 à Montréal, où on recommence à embaucher.

Comment entrevoyez-vous la suite des choses ? Est-ce que vous vous attendez à une reprise des spectacles et des tournées pour bientôt ?

Oui, il va y avoir une reprise qui va dépendre des avis de la Santé publique. On voit déjà que ça recommence aux États-Unis, notamment à Nashville, où on vient de faire une acquisition importante, ou en Floride, où on est bien implantés aussi.

En Grande-Bretagne, les autorités ont annoncé que toute l’activité du spectacle pourrait reprendre le 21 juin prochain et, selon ce que nous disent nos partenaires de l’industrie, ça va reprendre deux fois plus fort qu’avant. Même si on a quatre bureaux en Angleterre, on doit envoyer de nos équipements du Québec pour répondre à la demande.

Vous venez de l’industrie des jeux vidéo, où vous avez mis sur pied le studio Ubisoft de Montréal et la division de jeux de Warner avant d’arriver chez Solotech en 2017. Quel était votre mandat exactement ?

Les actionnaires de Solotech – le fonds d’investissement Claridge, Investissement Québec et Desjardins Capital – qui ont racheté l’entreprise de leurs fondateurs en 2013 souhaitaient que l’on développe le marché américain. Mon mandat était d’internationaliser notre savoir-faire et nos opérations.

On a fait une première acquisition en 2018 et plusieurs autres par la suite, dont celle de Morris Light and Sound, il y a deux semaines aux États-Unis. On a maintenant 18 bureaux au Canada, aux États-Unis et en Angleterre et, en 2019, nos activités américaines représentaient 47 % de nos revenus, contre 38 % pour celles du Canada et 15 % pour le Royaume-Uni.

Est-ce que la crise va freiner vos plans d’expansion, ou prévoyez-vous toujours poursuivre le mouvement de consolidation que vous avez amorcé ?

En fait, la crise a généré de nouvelles activités. On a même créé deux nouvelles divisions qui s’ajoutent à celles de fournisseur d’équipements pour les spectacles et d’intégrateur de systèmes audiovisuels.

Il faut savoir que Solotech a plus de 350 millions d’équipements en stock et que l’on vend et installe ces équipements neufs ou usagés. Avec la crise, on a créé une nouvelle division de commerce en ligne qui a généré des ventes de près de 20 millions. On a professionnalisé cette activité et on va l’étendre à l’ensemble de nos 18 bureaux à travers le monde.

Dès le début de la pandémie, on a eu plusieurs clients qui avaient besoin d’aide pour réaliser des évènements en ligne. On a mis sur pied une division Média et technologies du divertissement qui permet à nos clients d’organiser des évènements en ligne dans des environnements que l’on peut créer de façon virtuelle.

On a des outils de production comme les panneaux DEL et des studios d’enregistrement que l’on a mis à disposition de nos clients, et on se rend compte que l’avenir sera dans l’organisation d’évènements hybrides, en partie présentiels et en partie virtuels.

On veut aussi desservir les grands diffuseurs en ligne comme Amazon, Netflix et les studios de films comme Mels, qui vont utiliser davantage les environnements virtuels dans leurs productions.

Nos activités de diffusion en ligne et celles de commerce en ligne vont s’ajouter à nos activités traditionnelles et les renforcer.

Comment voyez-vous Solotech d’ici cinq ans ?

Avec la reprise des spectacles et des activités événementielles, on anticipe que nos revenus devraient atteindre le cap du milliard d’ici trois à cinq ans. Nos activités de diffusion en ligne devraient alors totaliser 100 millions en revenus, celles du commerce en ligne, 200 millions et nos activités de tournées et d’intégration de systèmes devraient s’élever à 700 millions.

On souhaite poursuivre la consolidation de l’industrie aux États-Unis, mais aussi en Europe à partir de nos activités dans le Royaume-Uni. On affichait depuis trois ans un taux de croissance de 40 %. On veut reprendre ce rythme, et la diversification de nos activités nous permet d’envisager éventuellement une inscription à la Bourse.

On a été en mesure d’absorber le choc de la pandémie et de stabiliser l’entreprise grâce à nos activités d’intégration de systèmes et notre transformation technologique. Les technologies de l’information sont maintenant au cœur de nos opérations.