À l’heure où personne ne sait sur quel pied danser avec les mesures sanitaires futures, l’industrie du mariage, qui a subi de lourdes pertes en 2020, envisage 2022 avec appétit.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Les clients de la planificatrice de mariages Marilyn Mahotieres attendaient depuis 2019 le grand jour. « Le couple voulait se marier coûte que coûte ce samedi », raconte la présidente de la firme évènementielle Marilyn Signature, qui travaille dans l’industrie depuis plus de 15 ans.

Marilyn Mahotieres s’est creusé les méninges pour que l’évènement soit inoubliable en respectant le casse-tête des bulles familiales et de la distanciation physique. Après la célébration à l’église et un cocktail d’une quinzaine de minutes sur place, les invités – moins de 25, en incluant les mariés, le photographe, le célébrant et l’organisatrice – repartiront avec une boîte à manger tandis que les nouveaux époux iront célébrer à l’hôtel, seuls.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Marilyn Mohatieres, présidente de Marilyn Signature

C’est d’ailleurs le secteur des salles de réception qui est, selon elle et beaucoup d’acteurs du milieu, le plus touché. Il y a aussi un enjeu actuellement avec les contrats, car certaines salles disent ne pas pouvoir rembourser leurs clients qui, eux, ont besoin de leur argent.

Les anciens propriétaires du Beatnik Hôtel, à Bromont, qui avaient acheté l’endroit en 2016 pour le transformer en lieu rêvé et prisé pour ses mariages clés en main, ont dû se résoudre à la faillite l’an dernier à cause de la COVID-19. Les nouveaux propriétaires ont choisi de reporter en 2022 tous les mariages qui devaient avoir lieu aux étés 2020 et 2021. « On a pris cette décision, car c’était trop compliqué de gérer les restrictions sanitaires et le nombre de personnes permises qui change constamment », explique au téléphone Daphné Snyder, réceptionniste de l’hôtel.

Le Ritz-Carlton Montréal tient à sa réputation de réaliser tous les rêves des futurs mariés. Or pour l’été 2021, le luxueux hôtel avance lui aussi sans baguette magique ni boule de cristal. « Même si tout le monde croit que tout est possible au Ritz, la santé et le gouvernement sont plus forts. Tant que le premier ministre n’a pas précisé exactement ce qu’on peut faire, on ne peut pas aller de l’avant avec les contrats », soutient Katia Piccolino, directrice, ventes et marketing.

En 2019, le Ritz avait célébré une cinquantaine de mariages. En 2020, seulement cinq couples ont pu s’unir dans le luxueux hôtel, soit entre la fin d’août et la fin de septembre, alors que le gouvernement permettait des rassemblements de moins de 50 personnes.

À la cabane à sucre Constantin, à Saint-Eustache, on célèbre une centaine de mariages par année en temps normal.

En 2020, nous avons décidé de reporter les mariages, parce que, au début, personne n’était sur la même longueur d’onde avec les masques et certains craignaient qu’un oncle ou une tante ne veuille pas le porter. Maintenant, c’est plus précis, tout le monde en porte.

Michael Constantin, copropriétaire de la cabane à sucre Constantin

Le copropriétaire de la cabane à sucre familiale raconte qu’en voyant l’arrivée d’une troisième vague en Europe, certains clients ont choisi de reporter une fois de plus leur mariage à l’an prochain. « Les gens aimeraient faire leur discours sans masque, avoir des photos sans masque. D’autres ont de la famille aux États-Unis. Être 15 personnes au lieu de 150, ce n’est pas le même évènement, donc ils préfèrent reporter leur mariage en 2022. »

En attendant le retour des grandes célébrations, la famille Constantin a décidé de diversifier ses activités en ouvrant une microbrasserie et en vendant ses bières en bouteille dans son stand à Saint-Eustache.

Un mariage sur deux annulé

En 2020, 49 % des mariages (unions reconnues par la loi) n’ont pas eu lieu, ce qui représente des pertes de plus de 257 millions de dollars pour l’industrie du mariage, selon une étude réalisée par Hellosafe.ca à partir des données de l’Institut de la statistique du Québec.

Nombre de mariages célébrés au Québec

En 2019 : 22 250
En 2020 : 11 350
En 2021 : 15 500 (prévisions de Hellosafe.ca)
En 2022 : 32 600 (prévisions de Hellosafe.ca)

« Avec tous les reports, statistiquement, 2022 sera l’année de la résurrection pour cette industrie », soutient Alexandre Desoutter, porte-parole de Hellosafe.ca, site comparateur d’assurances et de produits financiers présent au Québec depuis un an. « L’an passé, on s’est dit que 2021 serait l’année du grand rattrapage, mais malheureusement, la COVID-19 continue. En revanche, 2022 sera bonne même si les pertes subies en 2020 et 2021 ne seront pas rattrapées. »

L’industrie québécoise du mariage pourrait engranger un chiffre d’affaires record de plus de 700 millions de dollars en 2022, indique le rapport de Hellosafe.ca.

« Des couples me disent que quand ce sera enfin possible de faire de grandes réceptions, ils ne se mettront pas de limite et vont inviter 200 ou 300 personnes », raconte l’organisatrice Isabelle Radford, propriétaire de Mariages intimes. En attendant ce moment, elle poursuit sa planification de micromariages pour l’été qui vient. « Ceux qui décident de se marier en 2021 font des mariages basés sur l’amour et le seul désir de devenir mari et femme, et non pour la grande fête », dit Mme Radford.

Microréception, robe délicate

L’année 2020 s’annonçait pourtant extraordinaire, raconte la propriétaire de Mariage Rive-Sud et de Boutique Bellissima. « À la fin de l’hiver, on était prêts, relate Claudette Borduas. J’avais engagé des employés pour défroisser les robes et faire les retouches. » Mais la COVID-19 en a décidé autrement. Les ventes ont cessé en mars. Les futures mariées qui avaient acheté leur robe avant la pandémie l’ont payée, mais attendent encore pour faire les ajustements.

En 2020, on a perdu plus de 50 % des ventes comparativement à 2019. Cette année aussi, les pertes sont énormes.

Claudette Borduas, propriétaire de Mariage Rive-Sud et de Boutique Bellissima

Alors qu’avant la pandémie, les femmes choisissaient des robes de rêve à 1500 $, celles qui se marient en temps de pandémie optent pour des modèles élégants mais plus simples à 400 $, observe celle qui travaille dans l’industrie depuis 25 ans.

À la boutique Oui, je le vœux, la propriétaire soutient que les fournisseurs se sont adaptés et offrent maintenant des robes plus légères et à des prix plus raisonnables. « Ce sont des modèles plus passe-partout que les mariées vont pouvoir mettre tant au palais de justice qu’ailleurs. La robe, c’est le point d’ancrage qui inspire la suite de l’organisation du mariage », affirme Chantal Parizeau, qui estime avoir vendu en 2020 75 % moins de robes qu’en 2019. Pour 2021, la boutique a des centaines de contrats en attente.

« Dans le domaine de la robe de mariée, on suit la tendance de la salle de réception, ajoute-t-elle. Les clientes sont dans l’inconnu actuellement et choisissent souvent de reporter leur mariage. »

De son côté, la Maison Birks observe que le trafic sur son site internet a augmenté, mais que les achats sont retardés. Ceux qui décident d’aller de l’avant cette année avec un micromariage choisissent cependant des bijoux plus chers, puisque la partie du budget consacrée à la salle de réception a été anéantie. « Nous avons vu le prix d’achat moyen augmenter, affirme Jean-Christophe Bédos, président et chef de la direction de Groupe Birks. Les gens investissent dans des pierres précieuses de couleur, clarté et carats plus élevés. »