(Montréal) Les débardeurs ont refusé massivement, dimanche, l’offre patronale qualifiée de finale. Leur syndicat demande la reprise des négociations le plus rapidement possible. Ce dernier n’entend pas pour le moment envoyer un préavis de grève de 72 heures, étape obligatoire pour déclencher un arrêt de travail légal.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

L’offre patronale a été refusée à 99,71 %. Le vote secret s’est déroulé dimanche de 11 h à 15 h. Sur les 1100 membres, 1023 se sont exprimés : 1020 contre l’offre patronale, 2 pour et 1 abstention. Le taux de participation s’est élevé à plus de 91 %.

« En ce qui nous concerne, le syndicat et leurs négociateurs à la table de négos, ça ne peut plus être la base des discussions, l’offre finale patronale. Il va faire froid en enfer avant que les débardeurs se laissent berner par une offre patronale semblable », a dit Michel Murray, conseiller syndical, au moment du dévoilement des résultats en conférence de presse.

Selon le syndicat, l’offre incorporait 80 demandes patronales et ne répondait qu’à 4 demandes syndicales.

La partie patronale avait déposé une offre finale le 12 mars dernier, suspendant le processus de négociations jusqu’au dévoilement du résultat du vote sur l’offre patronale par les syndiqués.

Les deux parties avaient conclu une trêve de sept mois pendant laquelle les parties ne parlaient pas publiquement dans le but d’arriver à une entente négociée. Celle-ci s’est terminée dimanche.

À partir d’aujourd’hui, on va répondre coup pour coup dans les médias à tous les épouvantails à moineaux qui vont être soulevés par Québec inc., la Chambre de commerce, le Conseil du patronat, pour remettre les pendules à l’heure.

Michel Murray, conseiller du Syndicat des débardeurs

Le syndicat a déjà dans sa poche un mandat pour déclencher la grève. Celui-ci est valide pour 60 jours et arrive à échéance le 15 avril.

« La médiation se poursuit »

Le Syndicat des débardeurs, membre du Syndicat canadien de la fonction publique, réinvite la partie patronale à s’asseoir le plus rapidement possible à la table de négociations. « Notre volonté, c’est d’avoir une entente négociée avec la partie patronale. On n’a envoyé aucun préavis de grève », a insisté M. Murray.

Le syndicat se promettait de contacter les médiateurs nommés par le fédéral en fin d’après-midi dimanche pour leur faire part du résultat du vote et de la volonté des débardeurs de reprendre les négociations. « La médiation se poursuit », a assuré M. Murray.

Le principal enjeu porte sur l’horaire de travail. Les débardeurs se plaignent de devoir travailler 19 jours sur 21. En conférence de presse, le conseiller Murray a dit que des débardeurs étaient prêts à gagner moins en échange d’une meilleure conciliation travail-vie personnelle.

Le salaire moyen est de 126 000 $, sans compter les avantages sociaux, selon l’Association des employeurs maritimes (AEM), qui représente la partie patronale.

« Nous aurions préféré un vote positif, mais nous prenons acte de la volonté du syndicat de poursuivre les négociations, a fait savoir l’AEM en fin de journée. Nous examinons nos options et notre priorité demeure un règlement dans les plus brefs délais. »

Réactions

« Momentanément, le pire a été évité dimanche », a commenté Marc Cadieux, président de l’Association du camionnage du Québec. Selon l’administration portuaire, 2500 conteneurs entrent au port ou en sortent par camion chaque jour. M. Cadieux appelle la ministre canadienne du Travail Filomena Tassi à mettre en place les mesures nécessaires pour en arriver à une résolution de la situation qui perdure depuis deux ans.

« Le gouvernement fédéral a un leadership à jouer pour s’assurer de dénouer l’impasse au port de Montréal », a renchéri Jasmin Guénette, vice-président aux Affaires nationales de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, représentant les PME. Selon un récent sondage auprès de ses membres, la moitié des entrepreneurs du Québec sont inquiets et appréhendent des conséquences négatives en cas de grève au port de Montréal.

De son côté, le Conseil du patronat se réjouit de la volonté du syndicat de poursuivre les négociations, mais déplore le rejet massif de l’offre patronale. « C’est la bonne nouvelle d’une journée qui n’en contient pas beaucoup », a dit son président et chef de la direction, Karl Blackburn, dans un entretien. Il craint que l’incertitude ne convainque les armateurs de détourner des livraisons vers d’autres destinations, ce qui entraînerait des pertes pour l’économie montréalaise.

Le syndicat a d’ailleurs observé la semaine dernière le détournement d’un premier navire vers Halifax.