(Londres) Le gouvernement britannique a décroché un accord avec l’administration américaine de Joe Biden pour suspendre les droits de douane sur des produits britanniques comme le whisky écossais imposés sous Donald Trump autour d’un vieux litige opposant Airbus à Boeing.

Sylvain PEUCHMAURD
Agence France-Presse

Selon les termes de cet accord, les États-Unis suspendent pour quatre mois toutes les surtaxes douanières sur les importations directes de produits britanniques, dans le plus long conflit en cours devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en cours depuis 16 ans.

Il s’agit d’une démarche destinée à « négocier une résolution équilibrée aux différends » et « commencer à sérieusement répondre aux défis posés par de nouveaux arrivants sur le marché de l’aviation civile issus d’économies non marchandes, comme la Chine », selon une déclaration commune publiée par Washington.

L’accord suspend notamment les droits de douane de 25 % imposés par Washington sur le whisky écossais- secteur qui représente 50 000 emplois -,  ceux sur le cachemire et d’autres produits et prévoit une « désescalade » dans ce différend, a souligné sur Twitter la ministre britannique du Commerce extérieur Liz Truss.

Le premier ministre Boris Johnson a salué « une nouvelle fantastique ». « Des distilleries de whisky écossais aux fabricants de (fromage) Stilton, la décision américaine de suspendre des droits de douane sur certaines exportations britanniques aujourd’hui profitera aux entreprises dans tout le Royaume-Uni », a-t-il tweeté.

Le constructeur européen Airbus, qui fabrique au Royaume-Uni les ailes de ses avions, a affirmé son soutien à « toutes les actions nécessaires pour créer les conditions d’une concurrence équitable » et à une « solution négociée ».

Airbus et son concurrent américain Boeing, et à travers eux l’Union européenne - dont le Royaume-Uni faisait alors partie - et les États-Unis, s’affrontent depuis octobre 2004 devant l’OMC sur les aides publiques versées aux deux groupes, jugées illégales.

Les États-Unis ont été autorisés en octobre 2019 à imposer des taxes sur près de 7,5 milliards de dollars (6,8 milliards d’euros) de biens et services européens importés chaque année, la sanction la plus lourde jamais imposée par l’OMC.

Washington impose depuis certains produits importés de l’Union européenne à hauteur de 25 %, 15 % pour les avions Airbus.

Espoirs d’accord commercial

Cette annonce concrétise ainsi le souhait exprimé par Londres de trouver un accord dans cette affaire, après l’échec du gouvernement britannique de s’entendre avec l’administration Trump.

Le Royaume-Uni a déjà fait un geste en décembre en annonçant l’abandon des droits de douane imposés sur des produits américains dans le cadre du litige opposant Airbus et Boeing, espérant obtenir une réciprocité.

Cette décision devait s’appliquer à partir du 1er janvier, une fois le pays sorti du marché unique européen et de l’union douanière.  

Le Royaume-Uni s’était alors désolidarisé de l’Union européenne dans ce dossier, puisque les droits de douane américains s’imposent sur les produits européens.

Boris Johnson a vanté les mérites du Brexit, cette affaire montrant selon lui « ce que le Royaume-Uni peut faire » grâce à son indépendance d’un point de vue commercial. « J’ai hâte de renforcer la relation britannico-américaine » pour « reconstruire mieux ensemble », a-t-il déclaré dans un communiqué.

En 2018, avant que ces surtaxes ne soient imposées, les États-Unis importaient environ 550 millions de livres sterling de produits frappés par ces mesures.

Après le Brexit, le pays espère conclure un vaste accord commercial avec les États-Unis et, après avoir un temps envisagé conclure en 2020, Londres se montre désormais plus prudent.

Le nouveau président Joe Biden avait lui refroidi les attentes du Royaume-Uni début décembre en indiquant au New York Times ne pas vouloir conclure de nouvel accord commercial avec qui que ce soit à court terme, afin de donner la priorité à l’économie américaine.

Londres veut profiter du Brexit pour négocier des accords commerciaux à travers le monde.

Il a obtenu à l’arraché avant Noël un accord avec l’UE, de loin son principal partenaire commercial.  

Auparavant, le Royaume-Uni avait déjà annoncé un traité commercial avec le Japon et reproduit avec de nombreux partenaires sur une base bilatérale les accords dont il bénéficiait en tant qu’État membre de l’UE.