En entrevue avec La Presse, Guy Laliberté s’exprime 
pour la première fois sur le processus de vente du Cirque du Soleil, l’an dernier, et sur son année bousculée par la pandémie.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

« Des requins, des requins et des requins. »

Avec son franc-parler habituel, c’est ainsi que Guy Laliberté décrit le processus de vente du Cirque du Soleil, l’an dernier.

En 2020, le Cirque s’est protégé de ses créanciers et a été mis en vente au plus offrant. Au final, ce sont les créanciers du Cirque, un consortium mené par la firme privée d’investissement Catalyst Capital, qui en sont devenus les nouveaux propriétaires.

Le cofondateur du Cirque du Soleil a discuté avec plusieurs partenaires potentiels. Il a notamment été approché par le groupe de Catalyst, mais a préféré ne pas se joindre aux créanciers.

« J’avais un prix [pour racheter] », dit Guy Laliberté en entrevue à La Presse. « Au-delà de tel prix », la transaction n’avait pas de sens, selon lui. « La dette [du Cirque] était tellement grosse, un moment donné, je ne peux pas acheter quelque chose [à un prix trop élevé]. Ce processus-là, c’est le plus gros shit show que j’ai vu de ma vie. J’ai constaté qu’il y avait très peu d’empathie pour les artistes. Il y avait des requins, des requins et des requins. Ce n’était pas ma tasse de thé. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Guy Laliberté

Dans le cadre de ce processus, Guy Laliberté voulait racheter l’entreprise qu’il a cofondée en 1984 – et qu’il a vendue au consortium mené par TPG pour 1,5 milliard US en 2015 (il avait gardé 10 % des actions, revendues à la Caisse de dépôt et placement du Québec en février 2020). Mais cette fois-ci, le duel final pour le contrôle du Cirque a eu lieu sans lui, entre deux requins de la finance : les firmes privées d’investissement TPG et Catalyst Capital.

Guy Laliberté se réjouit toutefois de la nomination de son « bon ami » Jim Murren, ex-PDG de MGM Resorts International, comme coprésident du conseil d’administration du Cirque. « C’est quelqu’un qui connaît la business, dit Guy Laliberté. Je suis content qu’ils aient gardé en place Daniel [Lamarre], à qui je parle régulièrement. »

Comme les autres entreprises de divertissement, le Cirque a beaucoup de défis devant lui avec cette pandémie de COVID-19 qui se prolonge. « Dès le départ, j’avais prédit que ce serait arrêté au minimum jusqu’à la fin de 2021, dit Guy Laliberté. Aujourd’hui, ça me semble être le meilleur des scénarios. Le trafic n’est pas là. À Vegas ou à Broadway, tu ne peux pas opérer un spectacle avec une personne aux quatre sièges. Il y a des spectacles qui vont ouvrir avant, mais le retour à la normale sera vers la fin de l’année 2021. »

« J’ai mangé ma claque »

Le 14 février 2020, tout juste avant le choc provoqué par la pandémie, Guy Laliberté réussit un coup de maître sur le plan financier : il vend son dernier bloc de 10 % du Cirque du Soleil à la Caisse de dépôt et placement pour 75 millions US.

Certes, Guy Laliberté a vendu son dernier bloc d’actions du Cirque au meilleur moment possible pour lui. Mais il a aussi vite perdu ses 75 millions US obtenus dans cette transaction.

Comme tous les acteurs dans l’univers du divertissement, Guy Laliberté a perdu beaucoup d’argent durant la pandémie. Des centaines de millions de dollars en investissements ont été perdus chez Lune Rouge, sa société d’investissement.

« J’ai mangé ma claque, comme les autres, dit Guy Laliberté sans détour. Ça a pris six mois pour redresser tout ça. J’ai pris des décisions d’affaires difficiles, soit d’accepter de perdre des centaines de millions [en investissements] pour sauver des centaines de millions. J’ai jeté aux poubelles un gros pourcentage de ce que j’avais investi. »

« Depuis quatre ans, je finançais toutes mes initiatives à 100 %. Ça faisait cinq ans que j’investissais, tout convergeait, j’étais au bout du rouleau [de ses investissements]. [À cause de la pandémie], il a fallu que j’arrête tout, mes propriétés intellectuelles, mes concepts », dit Guy Laliberté, dont la fortune personnelle est évaluée à 1,2 milliard US par Forbes (selon qui il serait la 1851e personne la plus riche au monde).

Plutôt que d’investir à 100 % dans ses projets, Lune Rouge a décidé de chercher des partenaires. « La pandémie a permis à beaucoup de monde d’aller sur l’essentiel. Beaucoup d’entreprises se sont ajustées. J’ai réalisé que je ne veux pas opérer [tous ses projets], je veux créer », dit Guy Laliberté.

En 2020, Lune Rouge n’a pas procédé à des mises à pied massives comme d’autres entreprises en divertissement. L’entreprise a toutefois mis à pied ou n’a pas renouvelé les contrats de ses employés affectés à la tournée du spectacle de la pyramide PY1 au Texas. En raison du ralentissement des projets, Lune Rouge a aussi mis à pied près d’une dizaine employés à son siège social montréalais.

À fond dans la réalité virtuelle

Guy Laliberté a officiellement annoncé mardi la création de sa nouvelle plateforme sociale de réalité mixte : Hanai World, qui offrira ses premiers évènements virtuels dès la fin de l’année 2021. Pour ces évènements, Lune Rouge utilisera la nouvelle plateforme de réalité mixte Microsoft Mesh, dévoilée elle aussi mardi. Guy Laliberté a participé en hologramme à la conférence de presse de Microsoft, tout comme le réalisateur James Cameron (Titanic, Avatar). Lune Rouge travaille à l’interne sur des projets de réalité mixte depuis quatre ans. Avec la réalité mixte, Hanai World veut créer une communauté sociale d’expériences de divertissement (avec la réalité virtuelle et la réalité mixte) dans le monde entier.

> Lisez l’article portant sur l’annonce