La pandémie est un fléau qui en accentue un autre. Celui de la fraude financière. Les stratégies se multiplient et prennent des formes de plus en plus étonnantes. Malheureusement, l’imagination des fins finauds est très payante.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Fraude par courriel, par virement bancaire ou par téléphone, vol d’identité, fraude de loterie, fraude sentimentale… Les arnaqueurs ne manquent pas d’idées pour vous soutirer de l’argent ou obtenir vos renseignements personnels.

Plus récemment, on a même répertorié des « offres frauduleuses de traitement contre la COVID-19 » et des « fraudes financières liées à la COVID-19 ».

La plus surprenante de toutes : des offres de « faux vaccins contre la COVID-19 offerts par une personne non liée à une autorité sanitaire ». Ce n’est pas anecdotique. La vague d’offres suspectes est assez préoccupante pour que la Gendarmerie royale du Canada soit sur le coup, comme l’ont écrit mes collègues Mélanie Marquis et Tristan Péloquin.

Cette liste des escroqueries financières les plus courantes provient d’un sondage sur la question réalisé pour les Comptables professionnels agréés du Canada (CPA) par Nielsen, en janvier. On y apprend que parmi les 2014 répondants, le tiers a déjà été victime d’une fraude dans sa vie. Et 73 % ont déjà reçu des messages à visée frauduleuse.

À moins de ne pas utiliser d’adresse courriel, comment est-il possible de ne pas avoir encore été exposé à ce fléau ? Quoi qu’il en soit, le sondage comporte au moins une bonne nouvelle. Plus de 60 % des Canadiens disent en faire plus aujourd’hui qu’il y a cinq ans pour parer aux ruses des escrocs.

Le consommateur a tout intérêt à devenir plus rusé.

Car avec la COVID-19, nous sommes beaucoup plus nombreux à travailler de la maison et à acheter en ligne. Or, les connexions Wi-Fi ne sont pas toujours bien sécurisées et nos nouvelles habitudes numériques nous exposent davantage. « Les facteurs de risque se sont multipliés de façon exponentielle avec la pandémie », constate Benoît Vachon, comptable professionnel agréé et personne-ressource de CPA Canada pour le programme de littératie financière.

« On est beaucoup plus à la merci des fraudeurs et des pirates », plaide-t-il. Jusqu’ici, 9797 Canadiens ont été victimes d’une fraude liée à la COVID-19. Chacun a perdu en moyenne 715 $, selon le Centre antifraude du Canada.

En 2020, tous types de fraudes confondus, 40 612 Canadiens se sont fait dérober 106,4 millions de dollars au total. Croyez-le ou non, cela fait une moyenne de 2620 $ par victime.

Seulement en janvier de cette année, 3313 personnes ont perdu 10,1 millions de dollars, soit 3048 $ chacune.

Épuisant, mais nécessaire

Benoît Vachon croit que la pandémie risque de continuer à faire gonfler ces statistiques déjà alarmantes, si bien que le Mois de la prévention de la fraude qui a lieu actuellement est plus important que jamais, insiste-t-il.

Le sondage des CPA comporte une autre mauvaise nouvelle pour les voyous : les consommateurs développent d’excellentes habitudes. Par exemple, 82 % des répondants disent examiner l’historique de leurs opérations bancaires et leur relevé de carte de crédit tous les mois. Non seulement cet exercice permet de prendre conscience de l’argent dépensé, mais combien de fois vous a-t-il permis de détecter un curieux montant ?

Aussi, près d’une personne sur quatre a mis en place des alertes par texto ou courriel pour être prévenue lors d’opérations bancaires et d’achats par carte de crédit.

Le problème, c’est qu’il y a des limites à ce que peut faire le commun des mortels. Bien souvent, il se retrouve victime collatérale de la négligence ou de la malchance d’entreprises et organismes. Le vol d’identité chez Desjardins, qui a touché 4,2 millions de personnes, ça vous dit quelque chose ? Même le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur s’est fait dérober une clé USB contenant le NAS, le nom et la date de naissance de dizaines de milliers de professeurs québécois.

Même quand on fait preuve d’une extrême prudence, on n’est jamais complètement à l’abri. On peut se retrouver un matin avec toutes sortes de problèmes qui prennent souvent des mois à régler alors que les coupables ont le beau jeu. C’est frustrant. Mais ce n’est pas une raison pour faillir à ses responsabilités. D’autant que le vol d’identité touche bien peu de gens (4 %) par rapport aux autres types de fraudes.

Sur son site, l’Autorité des marchés financiers donne une foule de conseils pour se protéger. Ce n’est pas une lecture très agréable pour occuper un samedi soir, c’est clair. Néanmoins, ces rappels sont nécessaires si l’on se fie aux résultats d’une enquête réalisée par RBC à la mi-février. Pas moins de 30 % des Québécois utilisent le même mot de passe pour leurs services bancaires en ligne ou mobiles que pour leurs autres comptes en ligne ; 24 % ont ouvert une session de services bancaires en ligne ou mobiles en utilisant un réseau Wi-Fi public ; 23 % ont viré des fonds par courriel en utilisant une question de sécurité facile à deviner.

C’est épuisant de toujours se méfier. Malheureusement, il n’y a pas de vaccin contre les fraudeurs.