Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) ne s’opposera pas à un élargissement de la portée de la loi 101 aux entreprises de compétence fédérale et aux PME d’au moins 25 employés. Une forte majorité de ses membres se disent d’accord avec les deux propositions, selon les résultats d’une consultation que le conseil a menée.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

« Si le gouvernement Legault va de l’avant avec ces deux mesures, le CPQ ne s’objecterait pas », assure Karl Blackburn, président et chef de la direction de l’organisation patronale.

« Dans le cas des PME de 25 à 50 employés, c’est un “oui, mais” », s’empresse-t-il d’ajouter. Le patronat s’inquiète de la charge administrative qui vient avec un tel assujettissement. Il faut que le gouvernement tienne compte de cet aspect dans sa réforme pour que le CPQ donne son appui, croit-on comprendre.

La Presse a fait répéter à M. Blackburn deux fois la prise de position du CPQ, car le communiqué de lundi annonçant les résultats de sa consultation n’en faisait pas mention et le document complet annexé ne semblait pas appuyer la proposition de la façon dont il était rédigé.

« À notre avis, le fait d’imposer des certificats de francisation aux PME de moins de 50 employés ne changera rien aux réalités démographiques sur le terrain, tout en étant parfaitement inutile hors Montréal et un fardeau administratif de plus dont les PME n’ont certainement pas besoin », lit-on dans le document Le français comme langue de travail au Québec — Résultats de la consultation auprès des membres et positionnement.

Pour la paix linguistique

En donnant, quoique timidement, un appui au renforcement de la loi 101, le Conseil se rallie à la volonté de ses membres.

Ce ne sont pas moins de 68 % des employeurs sondés qui se disent favorables à ce que les entreprises de 25 employés et plus (plutôt que de 50 employés et plus actuellement) soient assujetties à la Charte de la langue française. Chez les membres du CPQ directement visés, les PME de 25 à 50 employés, c’est l’égalité entre ceux qui se disent en accord (50 %) et ceux qui se disent en désaccord avec la proposition (50 %).

On a été surpris du résultat. On croit que nos membres ont à cœur d’éviter un nouveau conflit linguistique, poursuit-il. La situation économique est déjà assez difficile, ils ne veulent pas s’embarquer dans un autre conflit linguistique.

Karl Blackburn, président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec

La majorité est encore plus forte sur un autre aspect de la réforme dont on entend parler fréquemment, soit l’assujettissement des entreprises de compétence fédérale aux dispositions de la Charte de la langue française. Une vaste majorité d’employeurs, 73 % (!), sont ouverts à cette idée. Une majorité se dégage même parmi ses membres qui travaillent dans les secteurs de compétence fédérale.

Là encore, le CPQ paraît nettement moins enthousiaste que ses membres. « Nous convenons que le message serait percutant, mais dans les faits, nous ne croyons pas que cette mesure soit déterminante pour renforcer le français au Québec, car elle ne modifiera pas fondamentalement la réalité montréalaise. »

Un examen de la liste des entreprises ayant déjà décroché leur certificat de francisation a fait comprendre au CPQ que bien des entreprises de compétence fédérale respectaient déjà les dispositions de la loi 101.

Environ 135 000 employés dans quelque 1760 entreprises privées de compétence fédérale au Québec ne sont actuellement visés ni par la Charte ni par la Loi sur les langues officielles, souligne le rapport.

Qualité du français

En revanche, le Conseil du patronat se montre parfaitement clair au sujet de l’importance de la qualité du français. « C’est un enjeu posant des problèmes aux entreprises [sur le plan] du recrutement de la main-d’œuvre et qui mérite une attention particulière de la part du gouvernement », soutient-il dans son communiqué.

Le CPQ rappelle qu’une majorité de Québécois sont soit analphabètes en français soit analphabètes fonctionnels. Selon cette définition, un anglophone unilingue est un analphabète tout comme le nouvel arrivant qui ne parle pas un mot de la langue de Dany Laferrière en entrant au pays.