(Québec) La fronde contre les gestionnaires actuels du Mont-Sainte-Anne prend une tournure politique à Québec. Après l’implication récente de l’ex-olympien Alex Harvey, voilà que le groupe citoyen Les Amis du Mont-Sainte-Anne s’adresse au gouvernement.

Publié le 15 févr. 2021
Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

L’organisme à but non lucratif Les Amis du Mont-Sainte-Anne vient de s’inscrire au Registre des lobbyistes. Son but ? Convaincre Québec « d’étudier différentes options concernant la gestion future du mont Sainte-Anne », soit un possible rachat de la station de ski par la Société des établissements de plein air du Québec ou l’aide de l’État à un groupe d’éventuels repreneurs.

Le gouvernement de François Legault est prêt à écouter le groupe citoyen. Le bureau du premier ministre a confirmé à La Presse que Geneviève Guilbault avait hérité de ce dossier délicat dans la région de la Capitale-Nationale.

« Pour toutes sortes de raisons, la personne responsable n’a pas fait de déclaration publique, et il faut respecter ça », affirme en entrevue le président des Amis du Mont-Sainte-Anne, Yvon Charest. « Mais on discute avec le gouvernement. »

PHOTO MATHIEU BÉLANGER, ARCHIVES LA PRESSE

Yvon Charest, président des Amis du Mont-Sainte-Anne

L’ancien président d’Industrielle Alliance a formé cet organisme avec des résidants et plusieurs acteurs influents du monde des affaires – dont Michel Gendreau, de Garaga, et Louis Têtu, de Coveo.

L’organisme en a contre la gestion du propriétaire actuel, Resorts of the Canadian Rockies (RCR). Il accuse RCR de ne pas investir suffisamment dans ce « joyau » qu’est le mont Sainte-Anne et de laisser les infrastructures se dégrader.

L’hiver dernier, deux accidents avec les télécabines ont fait une vingtaine de blessés. La Cour supérieure a d’ailleurs approuvé mercredi une action collective intentée par les skieurs blessés.

Cette remontée mécanique est toujours hors d’usage. Les skieurs doivent donc emprunter deux remontées mécaniques pour se rendre au sommet.

Les Amis rapportent aussi les insatisfactions des fondeurs, des cyclistes et des randonneurs qui fréquentent également la montagne.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Alex Harvey

Le Mont-Sainte-Anne, c’est une station exceptionnelle. Mais on dirait qu’il manque de vision à long terme, qu’il n’y a pas de plan d’investissement.

Alex Harvey

« Une fois que la journée de ski est finie, il n’y a pas grand-chose pour retenir les gens en bas de la montagne, il n’y a pas réellement de village », ajoute le résidant de Saint-Ferréol-les-Neiges.

Alex Harvey dit constater que plusieurs de ses amis adeptes de ski alpin ont décidé cette année d’abandonner leur abonnement annuel au Mont-Sainte-Anne pour aller plutôt skier au Massif de Petite-Rivière-Saint-François.

Solution politique ?

Les Amis du Mont-Sainte-Anne préparent un plan de développement de la montagne qui sera prêt d’ici le 31 mars. Ils entendent le présenter à RCR le plus tôt possible.

« Disons que ça prend 100 millions. On va leur dire :“Êtes-vous enclins à investir cette somme-là ?” S’ils ne le sont pas, on va se lancer à la recherche d’autres investisseurs », explique Yvon Charest.

Pour lui, il ne fait aucun doute que des investissements sont nécessaires. Les remontées se font vieilles, à part celle de 2013. « La gondole a 32 ans, dit-il. Les experts nous disent que c’est peu probable qu’on revoie la gondole en activité. »

Selon lui, RCR est à un « tournant ».

Ils doivent décider s’ils investissent pour un autre 25 ans. Ou ils disent qu’étant donné leur réputation actuelle, qu’étant donné l’insatisfaction de tout le monde, ils sont peut-être mieux de passer à autre chose.

Yvon Charest, président des Amis du Mont-Sainte-Anne

RCR n’a pas voulu offrir d’entrevue mercredi. « Nous respectons les actions entreprises par les Amis du Mont-Sainte-Anne. Chaque parti[e] est libre de mener à terme les démarches qu’[elle] entend », a expliqué par courriel Lisa Marie Lacasse, chef de service aux communications.

Dans le cas où RCR n’aurait pas l’intention de réinvestir, les Amis du Mont-Sainte-Anne estiment qu’ils auront besoin de Québec et de l’aide de Geneviève Guilbault, ministre responsable de la Capitale-Nationale.

L’État est toujours propriétaire des droits tréfonciers de la montagne. RCR dispose d’ententes avec Québec pour la propriété superficiaire des immeubles.

L’une de ces ententes, celle pour les immeubles utilisés pour le ski de fond et le vélo de montagne, arrive à échéance en 2029. L’entente pour le ski alpin, elle, vient à échéance en 2093.