Imaginez si tout ce qui se trouve derrière le comptoir de votre pharmacie était offert en vente libre, comment réagiriez-vous ? Évidemment, vous seriez choqué. De puissants narcotiques et des médicaments extrêmement dangereux pour la santé se trouveraient à la portée de tous. Pour votre santé financière, il y a aussi des produits qui peuvent être toxiques, mais ceux-ci sont maintenant offerts sans ordonnance.

Fabien major
Planificateur financier, associé principal de l’Équipe Major/Gestion de capital Assante CI

La finance aux effets indésirables fait maintenant son chemin auprès d’une clientèle de plus en plus jeune et vulnérable. Ce dont nous avons été témoins à la fin de janvier avec GameStop n’est que la pointe de l’iceberg.

Comme vous, j’ai trouvé plutôt réjouissant de voir de jeunes investisseurs intrépides se tenir debout face aux requins de la finance. Mais les lendemains de cette « émeute 2.0 » causent déjà des maux de tête et des trous dans les poches. Les derniers à avoir répondu à l’appel du forum WallStreetBets et qui ont acheté l’action de GameStop ont vu leur valeur fondre de 75 % et plus. C’était prévisible. L’entreprise a un bilan peu reluisant et aucun produit prometteur dans le pipeline. Tôt ou tard, les chiffres ramènent les marchés à l’ordre.

Comme ces jeunes, j’espère aussi un encadrement plus strict de la vente à découvert par les fonds spéculatifs. Mais je souhaite aussi une réforme complète de la distribution des valeurs mobilières par les courtiers en direct. La facilité de négociation de titres à haut risque, les tactiques publicitaires sournoises et la divulgation bâclée d’informations-clés y sont fort discutables.

Du marketing pernicieux

La pandémie a restreint nos mouvements et limité nos possibilités de dépenser. Cela a des effets désastreux pour les bars, restaurants, cinémas, hôtels… Des jeunes adultes ont davantage de temps libres et des surplus budgétaires. Pour tromper l’ennui, ils jouent sur les marchés boursiers. Ils sont des millions à avoir répondu massivement aux pièges tendus par les stratèges de marketing de fintechs comme RobinHood et ses clones.

Tout comme Instagram ou TikTok, les interfaces de ces plateformes reposent dans le creux de la main, dans l’écran d’un téléphone. Les couleurs, le graphisme, le vocabulaire, etc. ont tout de l’univers des jeux vidéo accrocheurs. Finis, Halo, Pokemon Go ou Grand Theft Auto. Aujourd’hui, on joue sa PCU avant impôt avec de vrais dollars. Les nouveaux héros s’activent sur NASDAQ, NYSE, TSX et Coinbase. Dopamine assurée.

Sur Facebook, un jeune investisseur témoignait : « Depuis novembre, je gère seul mon CELI. J’ai fait plus d’argent qu’en deux ans avec un conseiller. » Je le crois. Aucun conseiller qui souhaite conserver ses permis de travail ne pourrait servir ce profil type. Ils sont des grenades dégoupillées ambulantes pour les cabinets de gestion de patrimoine. Les règles de conformité obligent à protéger les clients. Parfois contre eux-mêmes. Devant un client avec des capitaux limités, sans emploi stable et peu d’expérience des marchés, il serait impensable qu’un professionnel puisse acquiescer à sa demande d’investir dans les fonds et fonds négociés en Bourse spéculatifs, les cryptos ou les sociétés de technologies à haut risque.

Alors où vont-ils ? Chez les courtiers en direct les plus tapageurs, où ils pourront acheter sans trop d’embûches des actions spéculatives, options et fonds à effet de levier.

N’est-il pas temps de protéger adéquatement les investisseurs plus vulnérables des effets redoutables de la finance toxique en vente libre ?