On veut savoir qui décroche. Quand ils décrochent. Pourquoi ils décrochent. Et comment les raccrocher. D’autant plus en cette période de pandémie.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

Piqués au vif par ma chronique « Savoir pourquoi nos enfants échouent », des lecteurs m’ont fait part d’initiatives qui montrent des avancées remarquables au Québec. Ces projets utilisent des données comme outils d’aide à la gestion et à la prise de décisions, entre autres.

Sachant l’importance de l’éducation pour l’économie, je vous présente ce jeudi le portrait régional du décrochage et, vendredi, deux cas intéressants dans des centres de services scolaires.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

À Montréal, le taux de diplomation au secondaire dépasse maintenant 80 %.

Outremont, l’un des pires !

Saviez-vous qu’Outremont, secteur riche entre tous, a un taux de décrochage parmi les plus élevés au Québec ? Autant que l’arrondissement du Sud-Ouest à Montréal ? Plus étonnant encore, le pire à Outremont vient des écoles privées !

C’est ce que permet de découvrir CartoJeunes, une application développée par ECOBES, un centre de recherche voué aux sciences sociales du cégep de Jonquière, au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Ainsi, le taux de diplomation au secondaire après sept ans n’atteint que 57 % en 2019 chez les garçons qui résident à Outremont, contre 56 % dans l’arrondissement du Sud-Ouest. En ajoutant les filles, les taux grimpent à 67 % et 63 %, respectivement.

Ce faible taux à Outremont s’explique par la forte présence de membres de la communauté juive hassidique, où les garçons sont orientés vers l’enseignement talmudique.

CartoJeunes présente une carte du Québec avec le taux de diplomation par MRC, par ville, par arrondissement. Cette lecture de la diplomation est plus détaillée que les données brutes du ministère de l’Éducation, ce qui permet de mieux saisir certaines caractéristiques des décrocheurs.

La plus récente cohorte analysée est celle qui est entrée au secondaire en 2012, ce qui nous permet de connaître leur diplomation en 2019. Les données pour 2020, attendues à l’automne, seront fort instructives dans ce contexte d’enseignement difficile en raison de la COVID-19.

Les 10 villes au sommet

L’outil de CartoJeunes permet de déterminer les villes où les élèves sont les plus persévérants et celles où il y a le plus de décrocheurs, pour diverses raisons socio-économiques (éducation des parents, revenus, initiatives locales, etc.). Certains résultats sont attendus, d’autres moins.

Ainsi, ce sont les élèves qui résident à Saint-Bruno-de-Montarville, sur la Rive-Sud de Montréal, qui sont proportionnellement les plus nombreux à obtenir leur diplôme (94,5 %). La Rive-Sud de Montréal compte quatre villes parmi les dix premières au Québec et l’ouest de l’île de Montréal, trois.

Mon analyse porte sur le taux de diplomation et de qualification au secondaire après sept ans pour les villes et arrondissements qui comptaient plus de 250 enfants inscrits en 1re secondaire en 2012. Il y a 93 villes ou arrondissements qui répondent à ce critère.

Le décrochage, à l’inverse, est élevé à Granby ou à Limoilou (Québec), comme on s’y serait attendu. Cette faible proportion de diplômés, garçons et filles confondus, est aussi importante dans des villes comme Val-d’Or (69 %), Sept-Îles (71 %) ou Gatineau (73 %).

Autre observation : chez les garçons, la diplomation après sept ans est très faible dans des endroits comme Charlemagne (54 %), Rawdon (57 %) ou Saint-Lin–Laurentides (53 %).

La moyenne au Québec est de près de 80 % (75 % pour les garçons et 84 % pour les filles) (1).

Bien des Québécois pensent que la persévérance scolaire s’est détériorée ces dernières années. Or, ils ont tout faux, si l’on se fie aux données de CartoJeunes Pro (exception faite des années pandémiques 2020 et 2021, bien entendu).

L’application permet de suivre l’évolution de la diplomation et de la qualification depuis 14 ans, ce qui nous permet de constater des bonds impressionnants un peu partout, mais notamment dans les Laurentides, à Laval, en Outaouais et à Montréal.

Dans les Laurentides, par exemple, le taux de diplomation est passé de 63 % en 2005 à 82 % en 2019, un bond de 19 points. Montréal dépasse maintenant 80 %, une hausse de 12 points depuis 14 ans.

« Ce qu’on perçoit, c’est que dans les régions où la mobilisation est forte, la persévérance scolaire s’améliore », constate Michaël Gaudreault, enseignant-chercheur et coordonnateur de CartoJeunes.

L’application CartoJeunes offre aussi les données détaillées sur la proportion d’élèves qui accèdent à la formation professionnelle après cinq, six ou sept ans, comme celle à la formation générale des adultes ou encore au cégep. D’autres cartes détaillent les conditions de vie des familles de chaque secteur (âge, éducation, chômage, etc.) ou encore leur parcours au cégep.

Pour en savoir plus :

http://cartojeunes.ca/

1. La moyenne québécoise de diplomation est sous-estimée de 2 % environ, notamment en raison des mouvements interprovinciaux non captés dans la base de données par secteur. Les moyennes locales sont aussi légèrement sous-estimées, compte tenu de ce phénomène.