Les nouvelles d’agences de publicité québécoises qui posent un pied en Asie s’accompagnent habituellement de leur achat, totalement ou en partie, par un réseau d’agences ou un fonds.

Publié le 20 janv. 2021
Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

Ce fut le cas pour Cossette en 2014 (quand ce qui s’appelait autrefois BlueFocus – entreprise chinoise – a acheté son propriétaire Vision7 International), Bos devenue DentsuBos en 2012 et Sid Lee (acquise par Kyu, propriété du japonais Hakuhodo DY Holdings) en 2015.

Camden a toutefois choisi une autre voie. En novembre dernier, elle s’installait par elle-même à Hong Kong, en pleine pandémie, là où présentement les quarantaines durent trois semaines. L’annonce officielle a eu lieu mardi. « Les meilleures agences du Québec sont assez bonnes pour intéresser des entreprises et se faire acheter », croit Mathieu Bédard, président et cofondateur (avec Marie-Michèle Jacques) de Camden. « Pourquoi ne serait-on pas assez bons pour le faire nous-mêmes ? Pourquoi ne pas nous-mêmes initier un réseau ? »

Pour concrétiser son implantation, Camden n’a donc jamais envisagé d’être acquise par un groupe. « Cette décision est la continuité de notre stratégie d’internationalisation, affirme Mathieu Bédard. Nous ne sommes pas à vendre et nous n’avons pas été approchés non plus. Notre volonté est vraiment de créer un réseau publicitaire canadien indépendant, de taille humaine, qui met au défi les grands groupes mondialisés. »

Ces cinq dernières années, Camden, établie à Montréal et qui compte 35 employés, a notamment ouvert des bureaux à Toronto (13 employés) et à Lyon (15 employés). « En 2015, après avoir changé de nom, on s’est fait un plan de croissance, raconte Mathieu Bédard. On grandit petit à petit. On sécurise nos investissements à chaque pas qu’on fait, car on est dans une industrie en changement et on veut rester agile. On a une connaissance ultra-locale du marché chaque fois, appuyée par un expert sur place. »

PHOTO FOURNIE PAR CAMDEN

Lucie Marceaux, directrice du bureau de Camden à Hong Kong

Dirigé par Lucie Marceaux, qui a autrefois travaillé pour des agences de publicité à Londres et à Hong Kong, le nouveau bureau est physiquement installé dans un espace de cotravail, à Quarry Bay. « À dix minutes du cœur historique de Hong Kong, raconte Mathieu Bédard. C’est comme être à L’Île-des-Sœurs par rapport au centre-ville de Montréal ! »

Celui qui estime que le développement international passe par l’Asie juge que Hong Kong, comme Singapour, est une porte d’entrée classique pour les entreprises occidentales. « À cause de l’anglais, dit-il. Et avec ses sept millions d’habitants, c’est le Québec dans une ville. »

La direction, qui lorgne les annonceurs de l’industrie du luxe notamment, évalue le coût de l’implantation là-bas à des centaines de milliers de dollars. Elle vise un chiffre d’affaires de 750 000 $ ces 12 prochains mois. « On a des mandats qui se confirment », affirme le président de Camden, qui compte notamment comme clients là-bas Decathlon et le fonds d’investissements Natixis. « Les racines prennent. On n’a pas la prétention de planifier de grandes campagnes sur des chaînes traditionnelles pour le moment. On va faire nos preuves avant. »