L’homme d’affaires Pierre Karl Péladeau n’a pas abandonné l’idée de mettre la main sur Transat. Dans trois lettres transmises au ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, et obtenues par le Globe and Mail, il demande le rejet de la vente à Air Canada.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

M. Péladeau y affirme être prêt à débourser 6 $ par action, ou environ 223 millions de dollars, pour mettre la main sur Transat. L’offre d’Air Canada, approuvée par les actionnaires de Transat, est de 5 $ ou 0,2862 de ses propres actions pour chacune des actions de Transat. La deuxième option confère à l’offre une valeur de 6,53 $ par action, au prix où l’action d’Air Canada a clôturé à Toronto, vendredi soir dernier.

Le mariage entre les deux transporteurs aériens québécois est encore en attente de l’approbation des autorités européennes et du gouvernement canadien. Les lettres de M. Péladeau cherchent à convaincre M. Garneau de rejeter l’entente en arguant qu’elle réduirait la concurrence au détriment des consommateurs.

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Pierre Karl Péladeau

« Il est temps de faire connaître votre rejet de cette transaction et de nous permettre d’acquérir Transat, maintenant ainsi un choix essentiel au bénéfice des voyageurs canadiens », écrit M. Péladeau, selon le Globe and Mail, dans une lettre datée du 10 décembre.

L’offre de M. Péladeau n’est pas liée à Québecor. Elle est faite par Gestion MTRHP Inc., une firme d’investissement qui lui appartient.

Les lettres confirment que la mystérieuse offre rejetée par le conseil d’administration de Transat le 14 décembre dernier, la veille de l’assemblée des actionnaires devant se prononcer sur celle d’Air Canada, provenait de M. Péladeau. Ce dernier ne l’avait alors pas niée, mais affirmait être « juridiquement » dans l’impossibilité d’en parler. Transat avait fait savoir que l’acheteur potentiel et elle avaient signé une entente de confidentialité.

Selon M. Péladeau, ce refus démontre le « mépris » du conseil d’administration de Transat pour ses actionnaires et la saine concurrence dans l’industrie aérienne.

Deuxième actionnaire en importance de Transat avec 12 % des actions, le Fonds de solidarité FTQ a appuyé la transaction avec Air Canada, mais estime que la situation n’était « pas idéale » et qu’il « aurait dû y avoir plus de transparence », selon ce qu’a déclaré son porte-parole Patrick McQuilken au quotidien torontois.

À Ottawa, le bureau du ministre des Transports, Marc Garneau, s’est montré très prudent, refusant de commenter les démarches de Pierre-Karl Péladeau.

« Transports Canada suit le processus énoncé dans la Loi sur les transports au Canada en passant aux étapes suivantes du processus décisionnel. Le gouvernement du Canada prendra une décision fondée sur l’intérêt supérieur des Canadiens, et publiera cette décision lorsqu’il aura terminé son analyse», a indiqué Allison St-Jean, l’attachée de presse du ministre Garneau, dans un courriel à La Presse.

La semaine dernière, le ministre Garneau avait indiqué qu’il rendra sa décision dans ce dossier dans un proche avenir. Sa décision doit être entérinée par le cabinet.

- Avec Joël-Denis Bellavance à Ottawa