La pandémie est dure sur le moral et les finances de nombreux Québécois. Certains se sont toutefois vite retroussé les manches dans l’espoir de passer au travers et d’accueillir 2021 avec le moins de bleus possible. Aujourd’hui, Sandra Campanelli nous raconte son histoire.

Isabelle Massé Isabelle Massé
La Presse

Il y a le cocon familial et la grande famille de son studio de danse. Quand la pandémie a surgi dans nos vies, en mars 2020, Sandra Campanelli a pu se réfugier auprès de son conjoint et de ses enfants. Le choc fut cependant dur à encaisser : elle a dû s’éloigner du jour au lendemain des 200 clients « fidèles » et 30 employés de son école de danse Latin Groove, à Montréal, qu’elle gère depuis plus de deux décennies. « Mon école faisait de l’argent depuis 20 ans, affirme-t-elle. Je n’avais pas de dettes. Il n’y avait jamais d’inquiétudes. J’avais beaucoup de personnel, des clients nous donnaient un coup de main. C’était une communauté, pas seulement un endroit où on apprend à danser, mais un refuge émotionnel. »

En l’espace d’une journée, elle n’a plus eu de revenus. « Je suis directrice et professeure, raconte la femme de 48 ans. Je n’ai pas d’autres sources de revenus. »

Comme d’autres dirigeants de studios de danse, elle a proposé des cours sur Zoom. Même si ce n’est pas rentable.

On l’a fait pour garder les gens motivés, offrir des services et garder nos profs. Je ne veux pas les perdre. On a rouvert l’été. Les gens sont revenus. Mais on a refermé nos portes en octobre.

Sandra Campanelli, propriétaire de l’école de danse Latin Groove

Face à un coffre-fort à sec et à l’impression que le gouvernement appuie mal des entrepreneurs comme elle, Sandra Campanelli a vécu beaucoup de tristesse. Les cent pas dans le salon sont devenus une chorégraphie, pendant de durs moments de réflexion et d’incertitude. « J’ai pleuré beaucoup, admet-elle. Quand mes enfants m’approchaient, j’allais me cacher dans ma chambre. Une ou deux notes de piano à mes oreilles et les larmes arrivaient. »

Malgré tout, elle n’a pas cherché à se « réinventer », car danser, c’est sa vie. Elle a plutôt trouvé la force de s’attaquer à son budget, sachant que la Prestation canadienne d’urgence (PCU) ne serait pas éternelle. Avec son conjoint, elle a raturé des chiffres pour en griffonner d’autres et ainsi apprendre à vivre avec moins d’argent. Sa famille est devenue économe.

Je n’avais pas le choix d’agir vite. J’ai deux enfants, une entreprise. Je ne peux pas me laisser aller.

Sandra Campanelli, propriétaire de l’école de danse Latin Groove

Il y a eu des appels chez Hydro-Québec, Bell. Sa banque a accepté qu’elle retarde pendant quelques mois des paiements d’hypothèque. Elle a changé de compagnie d’assurances. « On a coupé, dit la Lavalloise. Il n’y a plus de magasinage. On mange très simplement. Les vêtements de l’an dernier de mon garçon vont à ma fille. Les petits plaisirs de la journée y sont passés, comme le moccaccino ou le muffin au Second Cup… »

Sandra Campanelli a vendu des sacs à main et des vêtements sur des sites comme Marketplace. La voiture, que la famille possède depuis huit ans, a résisté à la liquidation, car elle est payée. Et l’abonnement à Netflix, à moitié. « On est passés d’une connexion sur deux appareils à un », confie-t-elle.

Étonnamment, Sandra Campanelli a réussi à garder espoir durant les Fêtes, même si la grande famille de cette mi-Italienne, mi-Chilienne d’origine n’a pu se réunir à Noël cette année comme le veut la tradition. « Je connais des gens qui vivent seuls. Je me dis que ce n’est pas comparable. Ma petite famille est la plus belle chose au monde. Et la vie continue, lance-t-elle. On va se sentir meilleurs au bout de tout ça. Tous les petits plaisirs vont être amplifiés. »