La Caisse de dépôt et placement du Québec vient d’investir massivement dans Canada Goose au premier trimestre de l’année, période marquée par une forte volatilité liée à la COVID-19.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Le plus gros gestionnaire institutionnel de la province a acheté au cours du premier trimestre 4,1 millions d’actions du spécialiste torontois des vêtements d’extérieur. Un investissement qui représentait près de 120 millions à la clôture jeudi.

Cette opération fait de la Caisse de dépôt l’un des quatre plus importants actionnaires institutionnels du manufacturier de duvet haut de gamme.

La participation de 7 % dans Canada Goose est révélée par la Caisse dans un document enregistré dans les derniers jours auprès de la Securities and Exchange Commission.

Il n’a pas été possible d’obtenir d’explications entourant cet investissement dans l’entreprise qui exploite une usine à Boisbriand, car la Caisse de dépôt a pour politique de ne pas commenter publiquement les décisions de gestion active de ses placements boursiers.

La Caisse ne détenait aucune action de Canada Goose en début d’année.

À première vue, cet investissement important dans un fabricant de produits de consommation discrétionnaire peut sembler contre-intuitif alors que la pandémie provoque une crise économique mondiale.

Il est toutefois permis de croire que les responsables des placements à la Caisse ont vu l’occasion d’investir dans une entreprise ayant une marque « forte » et un potentiel de croissance intéressant à l’échelle internationale. Le rapport risque/rendement est un autre élément qui a assurément été pris en considération.

Le prix de l’action

L’action de Canada Goose vaut aujourd’hui 29 $, alors qu’elle s’échangeait à plus de 92 $ il y a à peine un an et demi.

Si le titre a reculé jusqu’à 18 $ il y a deux mois, la Caisse n’a pas commencé à acheter ses actions à ce prix.

Selon des documents consultés par La Presse, la Caisse a fait l’acquisition de la majorité de ses actions au début du premier trimestre, alors que l’action de Canada Goose valait encore une quarantaine de dollars.

Le prix initial de l’action de Canada Goose avait été fixé à 17 $ en mars 2017 lors de son entrée en Bourse, qui s’était réalisée simultanément à Toronto et à New York.

Lors de la présentation de ses résultats trimestriels, en février dernier, la direction de Canada Goose avait été forcée de réviser ses prévisions de revenus pour l’exercice en raison du coronavirus. À ce moment, la COVID-19 frappait durement la Chine, marché sur lequel l’entreprise misait beaucoup pour assurer sa croissance.

L’avis des analystes

La semaine dernière, Bank of America Merrill Lynch a recommandé de larguer le titre de Canada Goose. L’analyste Robert Ohmes a souligné percevoir notamment des signes de maturité dans le marché nord-américain tout en notant le contexte actuel « difficile » dans le secteur du commerce de détail.

Par contre, 10 des 14 analystes qui suivent officiellement les activités quotidiennes de Canada Goose suggèrent toujours l’achat du titre.

Dans son plus récent rapport, publié en février, Mark Petrie, de la CIBC, s’inquiétait de l’incertitude ambiante. « Mais je demeure positif face à la force croissante de la marque et de la plateforme de Canada Goose. Le titre offre une valeur attrayante pour un investisseur patient capable de tolérer la volatilité », a-t-il dit.

La direction de Canada Goose a confirmé cette semaine la mise à pied de 125 employés, l’équivalent de 2,5 % de son effectif de 5000 personnes.

Les stratégies des grands

Les grands investisseurs institutionnels québécois ont multiplié les transactions au cours du premier trimestre de l’année, une période marquée à la fin du mois de mars par une forte volatilité liée à la COVID-19. Voici quelques gestes significatifs.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

La Caisse a de nouveau bonifié son placement dans Gildan.

Caisse de dépôt

Cheffe des marchés boursiers : Helen Beck
Siège social : Montréal
Fait saillant : Début d’une participation significative dans Canada Goose
Autres gestes significatifs au premier trimestre de 2020 Achat de 1,2 million d’actions de Gildan
Achat de 4 millions d’actions de Brookfield Asset Management
Vente de 1,7 million d’actions de Snap

La Caisse a de nouveau bonifié son placement dans Gildan. Après avoir acheté 4 millions d’actions du fabricant montréalais de chaussettes et de t-shirts au quatrième trimestre de 2019, elle a ajouté 1,2 million d’actions additionnelles durant les trois premiers mois de l’année. Les documents déposés montrent aussi que la Caisse a vendu en début d’année la quasi-totalité des 1,7 million d’actions de Snap achetées dans la dernière ligne droite de 2019. Le plus important investisseur institutionnel du Québec a par ailleurs bonifié de près de 25 % son investissement dans le conglomérat américain Berkshire Hathaway au premier trimestre. Berkshire Hathaway est maintenant un des plus importants placements boursiers au sein du portefeuille de la Caisse.

PHOTO STEPHANIE KEITH, ARCHIVES REUTERS

Investissements PSP a diminué sa participation dans AT&T.

Investissements PSP

Chef des placements : Eduard van Gelderen
Siège social : Ottawa (bureau principal à Montréal)
Fait saillant : élimination du placement dans Avantor
Autres gestes significatifs au premier trimestre de 2020 Vente de 1,1 million d’actions de la Banque Royale
Vente de 3,6 millions d’actions de la Banque TD
Vente de 1,1 million d’actions de Lyft

L’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public (PSP) – l’un des grands gestionnaires de fonds pour des caisses de retraite au pays – révèle avoir largué Avantor avec la vente de 15,5 millions d’actions. Cet investissement avait été abaissé de près de 40 % au trimestre précédent. L’investissement dans ce fournisseur d’équipement et de produits chimiques dans le secteur des sciences de la vie était auparavant la plus importante participation boursière de PSP. Les participations dans AT&T (- 65 %), The Gap (- 98 %) et Flextronics (- 100 %) ont aussi été diminuées de façon importante.

PHOTO ANNE GAUTHIER, ARCHIVES LA PRESSE

Fiera Capital a vendu 3,6 millions d’actions de l’assureur Manuvie au premier trimestre, l’équivalent de 90 % de la participation détenue en portefeuille.

Fiera Capital

Chef des placements, division canadienne : Nicolas Papageorgiou
Siège social : Montréal
Fait saillant : réduction substantielle du placement dans Manuvie
Autres gestes significatifs au premier trimestre de 2020 Vente de 2,3 millions d’actions de la Banque Scotia
Vente de 1 million d’actions de Suncor
Vente de 1 million d’actions de Magna

Le gestionnaire d’actifs montréalais a vendu 3,6 millions d’actions de l’assureur Manuvie au premier trimestre, l’équivalent de 90 % de la participation détenue en portefeuille. Fiera a aussi réduit de 90 % sa position dans Imperial Oil (Esso) en vendant 1,6 million d’actions de cette société pétrolière. La participation dans Manuvie avait déjà reculé de près de 20 % au trimestre précédent. Pour le deuxième trimestre de suite, la participation dans la Scotia est abaissée de façon significative.

PHOTO LUCAS JACKSON, ARCHIVES REUTERS

La firme qui porte le nom de Stephen Jarislowsky et qui est aujourd’hui une filiale de la Banque Scotia a acheté ses premières actions de Shopify au premier trimestre.

Jarislowsky Fraser

Co-chefs des actions : Charles Nadim et Kelly Patrick
Siège social : Montréal
Fait saillant : début d’une position importante dans Shopify
Autres gestes significatifs au premier trimestre de 2020 Vente de 3,8 millions d’actions de la Banque Royale
Ajout de 2,2 millions d’actions de Manuvie
Ajout de 2,1 millions d’actions de CAE

La firme qui porte le nom de Stephen Jarislowsky et qui est aujourd’hui une filiale de la Banque Scotia a acheté ses premières actions de Shopify au premier trimestre. Si les 470 000 actions de l’entreprise d’Ottawa avaient une valeur de près de 200 millions US au début du mois d’avril, elles valent aujourd’hui plus d’un demi-milliard US (si elles sont toujours en portefeuille). Manuvie continue par ailleurs de prendre de l’importance dans le portefeuille, tout comme Gildan et Restaurant Brands International (la société mère de Tim Hortons) en fin d’année.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Pour le deuxième trimestre de suite, Letko Brosseau a notamment doublé sa participation dans Nutrien.

Letko Brosseau

Responsables des placements : Peter Letko et Daniel Brosseau
Siège social : Montréal
Fait saillant : nouvelle bonification de la position dans Nutrien
Autres gestes significatifs au premier trimestre de 2020 Vente de 1,8 million d’actions de Manuvie
Vente de 3 millions d’actions de la Financière Sun Life
Achat de 2,2 millions d’actions de Teck Resources

Pour le deuxième trimestre de suite, le gestionnaire d’actifs montréalais vient de doubler sa participation dans Nutrien (autrefois connue sous le nom de Potash Corp). Après l’achat de 1,5 million d’actions du producteur canadien de potasse au quatrième trimestre, un bloc de 2,8 millions d’actions a été ajouté au premier trimestre. Les documents déposés auprès de la Securities and Exchange Commission indiquent aussi que Letko Brosseau a par ailleurs vendu 2,4 millions d’actions de Cenovus et 1,1 million d’actions de la CIBC durant les trois premiers mois de l’année.

PHOTO KEVIN MOHATT, ARCHIVES REUTERS

Une participation a été amorcée par Hexavest dans le géant américain du commerce électronique Amazon au premier trimestre avec l’acquisition d’un bloc de 103 000 actions, pour environ 200 millions US.

Hexavest

Chef des placements : Vital Proulx
Siège social : Montréal
Fait saillant : début d’une participation dans Amazon
Autres gestes significatifs au premier trimestre de 2020
Vente de 3,3 millions d’actions de Canadian Natural Resources
Vente de 2,5 millions d’actions de Teck Resources
Vente de 3,3 millions d’actions de Bank of America

Une participation a été amorcée par le gestionnaire d’actifs montréalais dans le géant américain du commerce électronique Amazon au premier trimestre avec l’acquisition d’un bloc de 103 000 actions, pour environ 200 millions US. D’importantes participations ont aussi été amorcées en début d’année dans plusieurs grandes entreprises comme Facebook, Oracle, Alphabet (Google), Costco, Target, Coca-Cola et CGI.