Plus de bouteilles de bière et de vin, une bonne quantité de savon, de produits désinfectants et de papier hygiénique, de la farine et des œufs pour confectionner pains et desserts maison, des filtres à café et même de la teinture pour les cheveux. Voilà ce que l’on retrouve dans le panier d’épicerie des consommateurs canadiens en temps de pandémie, selon une étude publiée lundi par Statistique Canada portant sur les ventes en épicerie pour la période couvrant le mois de mars jusqu’au 11 avril.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Dès le début de la crise, les supermarchés ont été pris d’assaut. Dans la semaine se terminant le 21 mars, alors que presque toutes les provinces avaient décrété l’état d’urgence, les ventes en épicerie ont augmenté de 40 % par rapport à la même période l’an dernier, révèle l’enquête intitulée Les consommateurs canadiens s’adaptent à la COVID-19 : un aperçu des ventes d’épiceries canadiennes jusqu’au 11 avril. Bien que les tablettes des magasins n’aient pas été dégarnies avec la même intensité par les consommateurs les semaines suivantes, les ventes sont tout de même demeurées élevées avec une hausse de 19 % au cours de la semaine se terminant le 11 avril.

Les produits vedettes comme les œufs, la farine, le désinfectant pour les mains, le vin et la bière, par exemple, qui avaient enregistré de fortes ventes en mars, sont demeurés populaires jusqu’à la mi-avril mais avec une moins grande augmentation. Ainsi, le papier hygiénique et le désinfectant — symboles de cette pandémie — ont connu respectivement des augmentations allant jusqu’à 288 % et 792 % en mars. La semaine du 11 avril, ces hausses étaient plutôt de l’ordre de 81 % pour le papier hygiénique et de 345 % pour le désinfectant.

Changements de comportement

Avec la fermeture des bars, des salles à manger des restaurants et de nombreux cafés, les consommateurs ont acheté davantage de produits leur permettant de siroter leur boisson matinale en télétravaillant et de faire l’apéro après une journée de boulot en confinement. À la fin de la troisième semaine de mars, les ventes d’alcool ont augmenté de 76 %. Les filtres à café ont également trouvé preneur avec une hausse de 80 %.

« Il y a une augmentation notable du désir de faire de la bouffe et du cocooning, affirme Jean-François Belleau, directeur des relations gouvernementales et publiques du Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), qui représente les grandes enseignes comme IGA, Metro, Loblaws, Walmart et Costco. On a assisté à un déplacement des dépenses du resto vers l’épicerie. »

Les amateurs de vin ou de café prendront-ils l’habitude de consommer leur boisson préférée à la maison plutôt qu’au restaurant, même après le déconfinement ? « C’est sûr que les choses vont changer dans les habitudes de restauration », croit François Meunier, vice-président, affaires publiques et gouvernementales, de l’Association Restauration Québec (ARQ). « Mais ce n’est pas juste la réouverture, le problème, ajoute-t-il. C’est sûr que si les tours à bureaux encouragent le télétravail, [ça va changer bien des choses]. Il y a des restos qui sont dépendants de l’activité économique environnante. »

« C’est impossible de savoir comment le consommateur réagira, ajoute Jean-François Belleau, qui assure que les supermarchés s’ajusteront. On est rendus des champions dans les ajustements. »